Un puits de carbone plutôt qu’une source d’émission

Un puits de carbone plutôt qu’une source d’émission

La théorie du réchauffement climatique n’est plus à démontrer. «Il y a une tendance claire vers une augmentation historiquement rapide de la température à l’échelle du globe», explique Louis Gourlez.

En cause? Les émissions de gaz à effet de serre majoritairement dues aux activités humaines, comme le transport, l’industrie, l’agriculture…

Trois grands gaz responsables

Trois grands gaz à effets de serre sont principalement responsables du réchauffement et des changements qui en découlent: le CO2, le protoxyde d’azote et le méthane. L’augmentation de leur concentration dans l‘atmosphère a augmenté de façon vertigineuse depuis le début du 20e siècle.

En agriculture, on retrouve le protoxyde d’azote essentiellement lors de la fertilisation mais également lors de la digestion des animaux. Le méthane est relargué en grosse partie par le bétail mais également par le fumier. Quant au dioxyde de carbone, les flux sont dus à la photosynthèse et à la respiration des animaux.

Des mesures à Dorinne

Dans un premier temps, l’équipe de chercheurs s’est intéressée aux entrées et aux sorties du CO2 (et au carbone de manière plus générale) et au méthane échangé par la pâture afin d’en réaliser un bilan carbone. «Si reliquat il y a, il doit se trouver dans le sol», estime le scientifique. Des études sur le protoxyde d’azote sont toujours en cours.

Une station de météo et des capteurs ont donc été installés dans une prairie permanente appartenant à Adrien Paquet, éleveur Blanc-bleu à Dorinne. Ces flux sont donc étudiés depuis 2010 et peuvent être suivis en temps réel.

Le bilan implique de tenir compte de la photosynthèse, la respiration du sol, de la végétation et des vaches. «Nous voulons mesurer l’échange net de l’écosystème, raison pour laquelle nous prenons en compte la complémentation la ration lorsque les vaches sont en prairie, et la fertilisation organique du pré.»

«En ce qui concerne les pertes, il peut y avoir des pertes par lessivage dans le sol (relativement faibles), production de viande, fauchage.

En calculant la différence entre ces sommes on arrive à savoir si le bilan est en émission ou en absorption et comment le sol réagit par rapport à cela.

Une parcelle plus représentative de la Région Wallonne

Sur la Fig 1

. on s’aperçoit que l’évolution des charges en bétail est assez oscillante. Adrien Paquet l’adapte en fonction de l’herbe disponible sur la parcelle. En ce qui concerne la hauteur d’herbe, elle est relativement stable.

Notons que c’est une exploitation Blanc-bleu qui a été choisie de manière à ce que l’étude soit la plus représentative possible de ce qui se fait en Wallonie. La charge en bétail était en moyenne de 2.3 UGB/ha. Le rendement moyen en matière sèche avoisine les 8 t/ha.

Plus d’absorption

que d’émission...

Au vu de la Fig. 2 , on constate au niveau du flux net (NEE) que chaque année, la photosynthèse des végétaux est plus importante que la respiration combinée du bétail et de l’écosystème (FCH4-C). Ce dernier absorbe donc plus de carbone qu’il n’en émet. Si l’on tient compte des exports et des autres importations, on constate malgré tout que la prairie reste un puits de carbone et ce pour chaque année étudiée. Même lorsque les années étaient moins bonne, par hiver plus long et par végétation tardive… Selon les données des scientifiques, entre 0,5 et 1,5 tonnes de carbone ont été stockées par ha et par an. Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à écrire qu’un hectare de prairie absorbe le carbone émis par une voiture qui roule entre 15.000 et 45.000 km par an.

Un stockage pas éternel

Détail important: la prairie permanente n’a jamais été cultivée depuis qu’elle est exploitée (plus d’un

siècle, selon le chercheur).

«Nous nous attendons à ce qu’une prairie puisse stocker plus d’un siècle de carbone. Il ne serait pas étonnant qu’elle en accumule davantage.v Toutefois, elle ne va pas le faire éternellement, ce qui veut dire qui si on change l’affectation de cette terre, le carbone va être réémis d’une manière ou d’une autre.

Notons qu’une étude se déroule près de Gembloux sur une terre de culture conventionnelle, à rotation triennale. «Si les résultats ne sont pas encore définitifs, il semblerait que l’on soit davantage sur une perte de carbone du sol, d’autres études internationales semblent d’ailleurs confirmer cette tendance.»

N’y aurait-il donc pas intérêt à instaurer une succession de cycles alternant entre le passage de grandes cultures à des prairies? Pour le chercheur, c’est une des mesures qui pourrait être envisagée pour augmenter le stock de carbone dans le sol. Mais rappelons que tout cela est encore à l’état d’études.

A entendre ces pistes, l’auditoire se demande quel serait le bilan d’une terre de culture conduite en non-labour? L’agriculture de conservation de l’agriculture de conservation, qui consiste, notamment, à couvrir le plus souvent possible les sols.Adrien Paquet: «Les Cipan que nous avons dû installés représentent certes un coût pour l’éleveur, mais également un coût très positif d’un point de vue environnemental. Couvrir le plus souvent les sols, c’est ce que la prairie fait ni plus, ni moins!

Si le scientifique acquiesce, il n’affirmerait pas pouvoir étendre le bilan de l’étude à une prairie fauchée. «Le bilan serait probablement différent», estime-t-il.

Et le méthane?

Dans l’équation, le méthane ne représente qu’une petite part du bilan carbone. Toutefois, en termes de pouvoir de réchauffement, une unité de méthane est 25 fois plus puissante qu’une unité de dioxyde de carbone.

Si un animal émet 160 g de méthane par jour, comme l’ont mesuré les chercheurs, on estime qu’avec une charge de 2,3 UGB/ha, une prairie d’un hectare est source de 134 kg de CH4 par an. Une donnée

qui, transformée en équivalent CO2, représente une émission de 3,3 t/ha.an.

En ce qui concerne le carbone, la même surface de prairie en absorbe 500 à 1.500 kg par an. En équivalent CO2, c’est une absorption comprise entre 1,8 et 5,4 t/ha.an. La prairie permet donc de compenser une partie importante des émissions de méthane. Elle a donc un rôle important à jouer dans le bilan gaz à effets de serre. Pour le chercheur, il est toutefois difficile d’être plus précis étant donné la forte variabilité que l’on peut connaître d’une année à l’autre et d’une prairie à l’autre.

Il est à remarquer que ce bilan ne se concentre que sur ce qui passe en prairie. Il ne tient pas compte des échanges de CH4 et de N2O au niveau de l’étable, des cultures qui servent à alimenter le bétail, du tracteur...

Et pour améliorer le bilan?

Afin de savoir si une pratique de pât urage permettait de stocker davantage de carbone dans le sol, le pâturage continu a été comparé au pâturage tournant.

«Malheureusement, on n’a pas observé de différence significative entre les deux traitements à charge en bétail égale», indique le scientifique.

Notons que l’équipe de chercheurs s’est intéressée cette année à la conséquence d’un renouvellement d’une prairie permanente. Le pré ayant servi au pâturage tournant a donc été désherbée, le sol travaillé avant d’être semé... L’étude est toujours en cours. Il est donc encore trop tôt encore pour en avoir les résultats.

P-Y L.

Le direct

Le direct