Ferme expérimentale de Bel Orient: une vision d’avenir de l’élevage laitier où production et sol sont intimement liés

Ferme expérimentale de Bel Orient: une vision d’avenir de l’élevage laitier où production et sol sont intimement liés

C’est à Rohan, à une heure de Rennes que l’ETI Group, et ses 3 filiales Agri Tech, Vital Concept et Alphatech, ont eu l’opportunité d’acquérir une ferme bien proportionnée de 150 vaches laitières pour 155 hectares de terres. Leur ambition ? Démontrer par leur pratique le lien fort qui unit l’élevage au sol. C’est au sens de leur président, Patrice Etienne, une notion indissociable de l’agriculture d’avenir.

Une exploitation d’abord à vocation expérimentale…

Cela fait des années que le projet est en réflexion, mais une fois l’acquisition réalisée, il n’a fallu qu’un an pour faire sortir d’un champ de blé de sept hectares une exploitation innovante à vocation expérimentale.

Salle de traite, stabulations, fabrique d’aliments, grange pour le séchage de foin, séparateur de phase pour le lisier… de quoi permettre à la ferme de répondre aux défis de demain en atteignant une autonomie presque totale.

… basée sur la production fourragère

Si la surface totale est répartie sur deux communes, 70 ha sont irrigables en période sèche grâce à un parcellaire regroupé.

Avec 80 ha de ray-grass hybride, et 20 de luzerne, ce sont les deux tiers de la surface qui sont destinés au fourrage pour une production globale d’environ 1.200 tonnes de matière sèche par an, récoltées sur 4 à 5 fauches. Les 55 ha restant sont dédiées aux cultures d’orge (20), de blé (10) et de maïs (25).

La stratégie ? Assurer l’autonomie alimentaire du cheptel. « Mais pas totalement puisqu’il nous faudra encore aller acheter un peu de protéine à l’extérieur pour sortir les litres de lait que nous pouvons produire », explique le président du groupe.

Et de poursuivre : « Dans les systèmes laitiers les plus courants, la ration de la vache laitière repose sur le maïs ensi lage. Or ce qui nous intéresse, c’est la part importante de protéines contenue dans le foin qui va nous permettre de constituer une ration fourragère proche de l’équilibre. Celle-ci sera complémentée d’un point de vue énergétique avec du maïs grain et de l’orge pour avoir une ration stable toute l’année.

Notons que Bel Orient entre dans une logique de conservation des sols pour optimiser son potentiel agronomique : allongement de la rotation des cultures pour moins de salissement et moins de parasites, intégration de cultures légumineuses, couverture des sols toute l’année, suppression du labour ; adoption d’une agriculture de précision en s’appuyant sur l’analyse du potentiel agronomique de chaque parcelle… Une notion importante puisque « l’activité biologique d’un sol est le carrefour de toutes les plus belles innovations », assure Patrice Etienne.

… et la production laitière

D’emblée, les bâtiments impressionnent. Longs, sans mur, sans bardage, sans logette, sans table d’alimentation traditionnelle…

En termes de conception, le bâtiment a été construit dans une logique de bien-être des animaux en vue d’augmenter leur longévité mais aussi leur niveau de production. Étant gérée par trois salariés, de nombreux équipements ont été choisis pour permettre de diminuer leur temps de travail.

Bien ventilées, les structures doivent permettre un accès aisé à l’aire de couchage. « On travaille pour le moment avec une litière à base de miscanthus haché qu’on ne renouvellera que tous les six mois. », explique un salarié. Toutefois, elle sera remélangée chaque matin avec une herse rotative pour enfouir les bouses de la veille. La bonne ventilation du bâtiment permet un séchage rapide des déjections dans le miscanthus.

Au niveau du couchage, pour chaque lot d’à peu près 80 vaches, il est prévu 10m² par individu. « La norme est plutôt de 6 m² pour une aire paillée et de 2,5 m² en système logettes », insiste-t-il. Les espaces de vie ont donc été dimensionnés par rapport aux besoins des animaux.

La zone d’exercice est à l’air libre et est recouverte d’un tapis caoutchouc rainuré qui sera nettoyé 4 fois par jour à l’aide d’un système d’hydrocurage.

Vient ensuite la partie alimentation. De grands nourrisseurs contiennent entre 2,3 à 2,6 t d’aliments. Chaque vidange est rechargée une fois par semaine.

L’autre installation est un distributeur d’aliments composés conçus dans la fabrique d’aliments qui se trouve à quelques dizaines de mètres de là. On retrouve trois dac par lot de vaches. Chaque dac est relié à deux silos d’aliments solides et un d’aliments liquides.

La litière en miscanthus haché n’est changée que tous les 6 mois. On profite de la traite pour retourner l’aire paillée afin de permettre à l’humidité de s’évacuer.
La litière en miscanthus haché n’est changée que tous les 6 mois. On profite de la traite pour retourner l’aire paillée afin de permettre à l’humidité de s’évacuer. - P-Y L.

Jersiaise et Prim’ Holstein

Le cheptel laitier est réparti en deux lots : 75 Jersiaises et 75 Holstein. Si le choix pour la Jersiaise peut paraître surprenant, il s’explique facilement. C’est la 2e race laitière la plus représentée dans le monde. Si, en termes de volume, elle produit moins que sa voisine d’étable, les taux contenus dans son lait sont très intéressants. L’objectif est donc de voir comment chaque race va réagir aux différentes expérimentations faites sur le troupeau.

Les deux races sont en deux lots totalement séparés et la configuration de bâtiments est symétrique. Chaque étable a son espace dédié pour les taries et celles en lactations. Remarquons que seules les vaches en lactation ont accès à une parcelle d’un ha qui relève plus d’une aire d’exercice supplémentaire.

Du côté de la nurserie, les veaux sont isolés en niche jusqu’à 2 mois et seront regroupés niches collectives jusqu’à 6 mois. À partir de là, ils passent dans les grands lots d’animaux : 6-15 et 15- 24 mois.

Le bâtiment génisse est strictement identique à celui des vaches. De 6 mois jusqu’à la sortie de l’élevage, les animaux vivront donc dans les mêmes dispositions.

L’objectif de vêlage est de 24 mois pour les Holstein et de 22 mois pour les Jersiaises. Tous les animaux intègrent le bâtiment des laitières un mois avant le vêlage. Pour tout ce qui est mise bas, un choix ferme a été posé quant à un la volonté de ne pas faire de monitoring. Les « prêtes à vêler » ne changent pas de lots, elles mettent bas quand elles sont prêtes. Tant que les salariés sont sur la ferme les vêlages sont surveillés.

Pour le suivi des vaches, rien de plus simple. Elles sont équipées d’un collier et d’une boucle d’oreille électronique. Cette dernière leur permet non seulement d’accéder au Dac mais aussi à la salle de traite. Chaque compteur à lait peut ainsi identifier la production de chaque vache. Autre application utile : la déviation des animaux à surveiller dans le box d’isolement par le biais de la porte intelligente.

Le collier bleu, quant à lui, détecte l’activité de la vache. Chaleurs, suivi de reproduction, temps de repos, temps de rumination… toutes ces données sont rassemblées au niveau du logiciel d’élevage iCownect développé par Vital concept. Ces données seront ensuite analysées dans le cadre des expérimentations menées.

Derrière les niches à veaux, la structure pour les jeunes de plus de 6 mois est identique à celle des vaches en lactation. Elles ne changeront donc pas de système jusqu’à leur départ  de l’exploitation, et ce, toujours dans une optique de bien-être pour les animaux.
Derrière les niches à veaux, la structure pour les jeunes de plus de 6 mois est identique à celle des vaches en lactation. Elles ne changeront donc pas de système jusqu’à leur départ de l’exploitation, et ce, toujours dans une optique de bien-être pour les animaux. - P-Y L.

La salle de traite privilégiée au robot

Si l’ancienne exploitation de Bel orient était équipée de robots de traite, le choix a été de ne pas les garder. Les raisons ? « Nous voulons rester dans un système évolutif. Lors de la conception du bâtiment un espace a été laissé entre celui des laitières et celui des veaux pour éventuellement construire un troisième bâtiment, identique aux autres. Quelque 150 laitières supplémentaires pourraient donc compléter le cheptel et rejoindre deux fois par jour la salle de traite déjà en place. »

L’installation a également été privilégiée pour ses coûts de fonctionnement relativement réduits mais aussi pour ne pas devoir gérer les alertes qu’un robot pourrait générer à toute heure du jour et de la nuit. »

Si pour l’instant la structure est prévue pour être une 2x16 postes avec traite par l’arrière, elle permettra d’évoluer en 2 x 22. Comme en stabulation, les lots sont séparés, les quais ont donc été adaptés à la taille des animaux. Elle comporte également une deuxième ligne qui permet de dévier le lait impropre à la consommation.

Pour ce qui est de la qualité du lait, les chiffres sont bons puisque le cheptel est sous les 150.000 cellules depuis le démarrage du bâtiment.

La salle de traite a été privilégiée aux robots de traite pour des raisons économiques mais également organisationnelles.
La salle de traite a été privilégiée aux robots de traite pour des raisons économiques mais également organisationnelles. - P-Y L.

Pour une efficacité économique

Des outils de collecte et d’analyse de données vont être adaptés aux principaux enjeux de l’exploitation afin de mesurer l’efficience des pratiques.

Le prix de revient de l’alimentation des veaux, des génisses, des taries et des vaches en production seront minutieusement étudiés en intégrant le maximum de paramètres.

Car, outre les enjeux structurels de l’exploitation, Patrice Etienne souhaite notamment que Bel Orient devienne une plateforme de développement de produits et de solutions techniques incontournables pour les 3 activités du groupe.

P-Y L.

La station d’hydrocurage couplée à un séparateur de phase

Chaque jour, les tapis rainurés de l’aire d’exercice des bâtiments d’élevage sont nettoyés par le biais de chasses d’eau de 20 m³. L’eau et les excréments sont collectés dans une fosse centrale qui va acheminer le lisier au niveau du séparateur de phase.

Une fois séparées, la phase solide sera ensuite compostée avec la litière usagée tandis que la phase liquide sera redirigée vers une lagune. Une pompe permettra de réalimenter toutes les cuves de la station d’hydrocurage. Le circuit est bien entendu fermé.

Le gros avantage ? Il y a très peu de mécanique (ni robot, ni racleur), donc peu chance de tomber en panne ou de laisser une pellicule fine de lisier qui rendrait la surface glissante. La surface d’exercice reste ainsi très propre.

Une fabrique d’aliments pour une autonomie quasi totale

L’outil permet de fabriquer et d’adapter les aliments en fonction de l’appétence des animaux. Il confère à la ferme une autonomie toujours plus grande. À l’exception du soja et des aliments à destination des nouveaux nés, tous les aliments sont produits à Bel Orient.

En outre, l’atelier est entièrement automatisé. Le responsable « élevage » y passera une heure par semaine pour préparer ses commandes. Victor Etienne, gestionnaire de l’exploitation : « Pour le pôle alimentation global, sept heures par semaine sont nécessaires pour alimenter pratiquement trois cent animaux. Il nous permet un gain de temps considérable.

D’autant qu’il offre un meilleur contrôle pour un produit fini de meilleure qualité. La traçabilité s’en trouve améliorée. »

Jusqu’à 5.000 t d’aliments produits par an

Cette fabrique d’aliments est capable de produire 5.000 t à l’année. « Sur la première année d’exercice, on va produire 600t » estime Victor. « L’outil doit permettre à Bel Orient d’être réactive et de pouvoir expérimenter un maximum de formules. »

Il poursuit : « On lance des formulations par 500 kg. Si on constate une diminution d’appétence trois jours après, on peut ajouter un additif ou ajuster la formule et au bout de trois jours on vérifie de nouveau les données. »

Au total, 6 aliments sont produits à Bel Orient : pour les veaux, pour les vaches gestantes, pour les vaches en lactation… Ils vont être envoyés aux 13 silos des 13 dac par un système de pression et dépression d’air.

« Un quatorzième silo va nous permettre de produire en petite quantité un aliment pour les veaux mais aussi faire des essais à exporter en dehors de l’exploitation, pour des clients par exemple. On peut aussi mener des essais ailleurs mais avec une fabrication à Bel Orient », Souligne

Se réapproprier son alimentation

Si la fabrique d’aliments peut sembler innovante, dans le secteur porcin elle ne l’est pas du tout ! La fabrication à la ferme existe depuis longtemps. C’est un bon moyen de se réapproprier son alimentation

« En termes économiques, la structure sera facilement rentabilisée. Si l’on tient compte des marges effectuées sur les aliments du commerce, c’est un des pôles les plus faciles à amortir. » poursuit Victor.

À bel orient pour le tonnage avec lequel ils travaillent, l’outil sera rentabilisé au bout de 10 ans.

C’est aussi un outil qui est adaptable. « Si on venait un jour à agrandir le troupeau, la structure nous permettrait d’être toujours en phase avec les besoins de l’élevage. »

P-Y L.

Du foin séché en grange à volonté pour une ration unique et stable

La première originalité de l’alimentation des vaches ? La distribution de foin toute l’année pour revenir à la base, à savoir de l’herbe pour les vaches. Leur bien-être passe aussi par leur confort digestif. Et une fois séché, le foin reste stable. Les vaches recevront donc un aliment identique à tout moment de l’année et de bonne qualité. il n’y aura donc pas de problème de digestibilité lié à la transition alimentaire.

Autre aspect intéressant : l’optimisation du temps de travail. « Comme la qualité du fourrage ne variera pas, on peut se permettre de ne le distribuer qu’une fois par semaine », explique Victor Etienne, le gestionnaire de la ferme.

« Pour ce faire, on a construit des râteliers, des grands blocs en acier galvanisé que l’on va pouvoir remplir de 2,3 à 2.6 t de matière sèche. »

Un bol mélangeur va non seulement mélanger la ration mais la hacher et alimenter les nourrisseurs. Six heures par semaine sont nécessaires pour réaliser ces opérations. « Alors que dans une ferme laitière traditionnelle, l’éleveur devra consacrer entre 2 et 3h par jour à la préparation et la distribution des rations. »

Une alimentation basée sur le fourrage séché a un réel impact sur la qualité du lait. Si pour l’instant, le lait est collecté par Sodiaal, le gestionnaire pense adhérer à l’appellation Lait de foin pour apporter une valeur ajoutée à la production.

P-Y L.