Alléluia, les sols ressuscitent!

Alléluia, les sols ressuscitent!

Il n’y a rien de plus fort que l’idée, dit-on souvent. À force d’entendre que nos sols sont morts, même les agriculteurs finissent par le croire. Les hasards de la vie m’ont permis de faire de nombreuses analyses de l’activité biologique des sols. Je dis bien « mesurer et comparer » au contraire de ceux qui procèdent par allégation.

Et la bonne nouvelle ? Nos sols en agriculture raisonnée n’ont rien à voir avec la mer d’Aral ou la mer de plastiques d’Almeria dont se gargarisent les détracteurs de l’agriculture. Ils se sont même améliorés depuis les années 80, lors du pic de l’intensification.

C’est le résultat qui compte dit-on aussi. Il suffit pour s’en convaincre de relever un petit détail du Livre Blanc de cette année : c’est le détail qui ressuscite la confiance ! Lors de la présentation des essais de réponse à l’azote en froment, j’avais sursauté en voyant que le témoin sans azote faisait 80,3 qx/ha. Dans ma petite mémoire, un témoin sans azote, cela fait au mieux 50 qx/ha.

Certes, ce sont de petites parcelles. Il faut déduire les effets de bordure, mettons 20 % en moins. Pour des terres normales, sans renforcement spécifique des matières organiques, c’est quand même pas mal. Le même type d’essai fournit le même type de résultat au CARAH de 60 à 80 qx/ha en 2017 comme en 2018. Ce sont là aussi de bons sols limoneux conduits correctement en agriculture raisonnée.

Petit calcul : comme il faut compter 3 kg d’azote pour produire 100 kg de grains, on peut en déduire que la céréale valorise « naturellement » près de 200 unités d’azote. Elles ne sont pas tombées du ciel. Désolé pour les esprits chagrins, ce n’est pas le facteur variétal qui joue puisque l’azote minéral en sus est toujours valorisé par un supplément de rendement. Ce n’est pas non plus l’arrière engrais qui en est la cause, puisque les teneurs étaient normales en fin d’hiver. C’est clairement significatif de la bio-fertilité des sols.

Du coup, cela m’a empêché de dormir et j’ai contacté Bernard Bodson, responsable du Livre Blanc en cette matière, pour savoir s’il n’existait pas une statistique sur l’évolution des témoins sans azote sur le long terme ? Celui-ci m’a renvoyé la réponse à la question. Je vous la transmets : oui les sols sont plus fertiles, donc plus vivants que jamais puisqu’il faut de la matière organique et des micro-organismes pour fournir cet azote en cours de saison. Sur 30 ans, toutes conditions étant égales, on est passé de 60 quintaux à 68 quintaux de moyenne pluriannuelle pour le témoin sans apport d’azote minéral, soit une amélioration de la bio-fertilité de 13 %.

Évidemment, quand on est céréalier, cela s’explique. On est plus attentif qu’avant à la structure : pneus basse pression, machine plus large, travail du sol au bon moment. Les PPP ont une moindre écotoxicité, ce qui réduit leur impact négatif sur la vie microbienne. Les erreurs par excès de fertilisation minérale ne sont plus de mise. On fait davantage d’engrais verts. Les rendements augmentant, les résidus de culture augmentent également.

Et pourtant, les médias continuent de nous abreuver de « fake news » : « On brûle les pailles car les fongicides empêchent leur dégradation », ai-je lu récemment. Personnellement, je ne me souviens pas d’avoir vu brûler des pailles chez nous.

« On a toujours recours à davantage d’engrais pour maintenir les rendements des années 80. Les sols sont sous perfusion. » écrit-on encore. Quelle ignorance! Les chiffres prouvent le contraire : les apports d’azote n’ont pas augmenté. Les engrais PK ont diminué de 75 % par rapport au pic d’intensification. Et les rendements continuent de progresser. Dans les mêmes conditions, avec toujours le même apport d’azote (185 kg/ha), on est passé de 90 à 110 qx/ha soit 23 %.

D’où viennent ces « fakes news » ravageurs pour l’image de l’agriculture ? À qui profite le crime ?

Cela me rappelle, il y a quelques années, un type dont le show consistait à faire creuser des fosses à la grue dans les champs. Il descendait dans le trou et haranguait son monde en critiquant tout sur le mode « tous vendus ». Il en a bluffé plus d’un dont je fus. En creusant son sujet : l’activité biologique des sols, j’ai compris, non pas l’erreur, mais la malversation. Même l’Académie d’Agriculture de France s’est posé la question. Une étude a démontré comment un homme, sans aucune preuve scientifique, a pu colporter des conneries qui, reprises en boucle par les médias, ont fini par s’imposer comme un fait acquis.

En tous cas, ses trous ne seront jamais assez nombreux ni assez profonds pour y mettre tout le mal qu’il a causé à l’agriculture en termes d’image.

En y repensant, je retrouve son bouquin, sa bible en 2 versions : celle de 1991 et une autre, rééditée en 2002. Et là, le détail qui tue : dans la préface, il stipule que sa nouvelle édition résulte de la mise à jour de 10 années de travail au contact des agriculteurs. Je feuillette la suite et, oh, surprise, pas un mot, pas une virgule n’a changé. Me revient alors ce bon mot de ma grand-mère : « Qui ment un jour, ment toujours ».

Alors oui, mes chers amis, réjouissons-nous, alléluia, nos sols sont plus vivants qu’il y a trente ans. Reste aux cloches à colporter la bonne nouvelle aux gens de bonne volonté…

JMP

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