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Agribashing: «Ils se nourrissent de nos peurs!»

Lors de l’assemblée annuelle de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA), Gil Rivière-Wekstein, fondateur et rédacteur du site « Agriculture & Environnement » dénonçait le marketing de la peur et le fait que l’agriculture en était souvent une cible

privilégiée.

Temps de lecture : 5 min

Au fil des ans et de ses rencontres professionnelles et privées, Gil Rivière-Wekstein fait un constat : la population et l’agriculture sont en plein divorce. Il décide alors de comprendre ce qui se passe dans la tête des gens et pourquoi nous en sommes arrivés là. Ses recherches le mènent, entre autres, à écrire le livre « Panique dans l’assiette : ils se nourrissent de nos peurs » dans lequel il développe notamment le concept d’agribashing. Mais l’agribashing existe-t-il vraiment ?

Les agriculteurs sont appréciés, et pourtant !

De manière générale, les gens aiment l’agriculture. Selon un sondage Odoxa (entreprise française qui réalise des sondages d’opinions, de santé publique, de climat…) 89 % des Européens ont une bonne image des agriculteurs. « C’est quelque chose d’assez constant, qui revient régulièrement dans les enquêtes et est indépendant de la couleur politique. Les agriculteurs sont les plus aimés- avec les pompiers- et ça fait du bien à la profession ! Ils sont vus comme utiles, courageux, passionnés, sympathiques, proches des gens, bien avant d’être perçus comme pollueurs ou passéistes », explique le journaliste.

Néanmoins, 80 % des personnes interrogées se disent préoccupées quant aux effets de leur alimentation sur leur santé. L’agriculteur qui a longtemps été considéré comme réducteur de risques en assurant à la population de manger à sa faim est aujourd’hui perçu comme créateur de risques. « On retient seulement qu’il utilise des pesticides qui peuvent se retrouver dans la nourriture consommée ».

Des peurs alimentaires légitimes…

Les peurs alimentaires sont légitimes et ont toujours existé. « Nous avons tout d’abord peur de la pénurie. Certains d’entre nous ont vécu des périodes de manque, c’est inscrit dans notre inconscient et même dans nos gènes puisque certains stockent plus que d’autres », rigole Gil Rivière-Wekstein.

L’homme craint également les intoxications alimentaires : « On parle bien de celles causées par mère nature. Dans les années ‘60, en France, les intoxications alimentaires étaient responsables de 4.000 à 5.0000 décès par an. Aujourd’hui, ça se limite à 200-230 décès par an mais ça reste quand même presque un décès par jour, ce n’est pas anodin ».

Enfin, ce que renferment les aliments nous inquiète aussi. « Il s’agit du « syndrome de la boîte de conserve ». Jusqu’à une certaine époque on utilisait tous nos sens pour tester les aliments. On pouvait regarder, sentir, toucher et enfin goûter. Aujourd’hui, quand on se retrouve devant une boîte de conserve ou un carton, on doit juste faire confiance. Comme le signale Claude Fischer « les aliments sont devenus mystérieux, mal identifiés et suspects. Ce sont des objets comestibles non identifiés ». Pour se sécuriser, on trouve ça bien de supprimer ce qui nous semble inutile et on se retrouve avec des aliments sans sucre, sans gluten, sans sel, sans arôme artificiel, sans OGM, sans colorant… et surtout cent fois plus cher ! »

… mais aussi illégitimes, dues aux médias

De ces peurs légitimes, le consommateur a basculé vers des peurs illégitimes (peur des pesticides, des OGM, des colorants…). « Ces peurs ont un caractère extrêmement militant et sont relayées par des personnalités absolument pas expertes du sujet qui souhaitent protéger une population qui est en réalité parfaitement protégée ».

Ces craintes sont notamment dues au bombardement médiatique subi par le citoyen. « Chaque année, environ 80 émissions anxiogènes sont diffusées dans les médias. Nous vivons dans des pays avec des systèmes agricoles les plus respectueux de l’environnement et qui produisent une alimentation qui n’a jamais été aussi saine dans l’histoire de l’humanité. Pourtant, tous les trois jours les médias font marcher la fabrique de la peur. Manger tue… Mais ne pas manger aussi ! ».

L’agribashing, une guerre économique

Cette analyse a permis à Gil Rivière-Wekstein de développer la notion d’agribashing « Ce n’est pas le fait de critiquer mais de remettre systématiquement en cause avec des arguments mensongers un modèle agricole. En allant plus loin, je dirais même que cet agribashing est presque une guerre économique aux acteurs multiples ».

Pour lui, les premiers acteurs de cette guerre sont certains pouvoirs politiques, ONG, acteurs économiques et opportunistes qui vont jusqu’à remettre en cause le modèle en place, surfent sur des vagues pour se mettre en valeur et récupérer des voix, et utilisent les peurs alimentaires pour faire fonctionner leur business. « En France, on a vu des grandes campagnes publicitaires de dénigrement des matières premières « non bio » qui reviennent finalement à mettre ses concurrents sur le banc des accusés. On pourrait presque que comparer cela à une marque de voiture qui dénigrerait l’autre en véhiculant des images remettant en cause sa sécurité. Certaines de ces campagnes sont mêmes « gratuites » et passent par les ONG. Les résultats et la communication sont souvent renversés et la machine médiatique s’emballe ».

Ne plus rien laisser passer en reprenant en main la communication

Pour le journaliste, il est possible de prendre la parole via les réseaux sociaux « Les paysans sont des influenceurs comme les autres. Depuis 4 ans, les agriculteurs se sont emparés des réseaux sociaux afin de faire entendre leur voix. Il existe une communauté de gens qui occupe le terroir qui utilise ce canal. Celui-ci à l’avantage d’être décentralisé, on ne peut empêcher les gens de parler et on peut alimenter des personnes qui possèdent un public plus important. Les réseaux sociaux sont un lieu d’influence qui touche directement le public mais alimentent aussi les médias. Ils peuvent servir à retransmettre une information mais aussi a riposter contre un élu ou un média ».

« Utiliser les réseaux sociaux, c’est une manière de lutter contre cette guerre économique. Les agriculteurs doivent retrouver de la sérénité pour pouvoir travailler correctement et ont besoin d’hommes politiques qui prennent des décisions sur base de la réalité et pas seulement sur base de « on a entendu dans les médias », conclut-il.

D. Jaunard

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