À la naissance d’un veau: privilégier une séparation rapide ou l’allaitement?

De nombreuses conséquences supposées liées à la séparation précoce de la mère  et de son jeune sont en fait dues à d'autres facteurs.
De nombreuses conséquences supposées liées à la séparation précoce de la mère et de son jeune sont en fait dues à d'autres facteurs. - Matthieu Frijlink

Des chercheurs de Vancouver (Canada) et de Reading (Royaume-Uni) ont mis en commun les connaissances tirées de dizaines de publications scientifiques pour trouver une réponse à cette question.

Pourquoi une séparation précoce ?

La séparation du veau de sa mère peu après la naissance réduirait le risque de transmission des agents pathogènes de la vache au veau. Après tout, les veaux nouveau-nés ont une immunité limitée et sont donc sensibles aux maladies. À ce niveau, l’alimentation artificielle permet de mieux contrôler la qualité, la quantité et le moment de l’administration du colostrum et donc d’augmenter l’immunité passive de l’animal.

Les partisans de la séparation précoce citent également l’avantage économique (plus de lait commercialisable), une traite plus efficace et des arguments éthiques.

Le lien entre une mère et son petit n’a pas le temps de s’établir dans le cas de la séparation précoce. Celle-ci est donc source d’un stress moindre pour les animaux. Bien entendu, les connaissances disponibles, la main-d’œuvre, la gestion, le logement et d’autres conditions préalables déterminent également le choix de la méthode d’élevage.

L’immunité des veaux surtout liée à la qualité du colostrum

Diverses études ont montré que le contact entre la vache et le veau réduit l’apparition de la diarrhée chez le jeune. Si l’ingestion de grandes quantités de lait en peu de temps (lorsque l’alimentation est artificielle) peut entraîner des déjections plus fluides voire même des diarrhées, sans qu’il ne soit question d’une éventuelle infection ; une consommation plus échelonnée de lait frais chez les veaux allaités provoque moins de diarrhées nutritionnelles.

En outre, l’infection du veau par Cryptosporidium parvum n’a pas pu être liée au contact prolongé entre le veau et la vache. L’allaitement semble même avoir un effet positif. Toutefois, les observations contradictoires et les variations dans la configuration des tests ne permettent pas de faire des déclarations fermes à ce sujet.

Bien que ladite séparation soit l’une des mesures incluses dans de nombreux programmes de lutte contre la paratuberculose, il semble que les bases scientifiques soient ici peu étayées. Dans les 14 études réalisées sur ce thème, les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve d’un lien entre le contact vache-veau et l’apparition de la MAP (Mycobacterium avium ssp paratuberculosis). L’infection par ces bactéries se produit principalement par voie féco-orale dans un environnement contaminé. Si la séparation réduit le risque de contamination directe par le biais du colostrum ou du lait, d’autres voies d’infection existent. Une bonne hygiène de l’aire de vêlage et une gestion adaptée des animaux autour du vêlage restent les points d’attention les plus importants.

Ce n’est pas le moment de la séparation, mais bien la source, la qualité, la quantité et le moment de la distribution du colostrum qui déterminent l’immunité des nouveaux nés. La mortalité de ceux-ci est également liée à la distribution du colostrum. Dans les races laitières, de nombreux veaux laissés à leur mère ne parviennent pas à téter seuls dans les 6 heures qui suivent la naissance, et donc à absorber le colostrum quand ils en ont le plus besoin.

Par ailleurs, les bactéries se développent rapidement dans le colostrum à température ambiante quand on alimente le veau manuellement. Lors de la collecte, du stockage et de l’alimentation du colostrum, il est donc nécessaire de travailler rapidement et proprement ! Il est donc préférable pour un éleveur laitier de surveiller étroitement chaque vêlage et d’intervenir si nécessaire pour assurer une consommation optimale d’un colostrum de qualité. Et ce, quel que soit le mode d’élevage !

Allaitement et mammites

De nombreuses études confirment que l’allaitement maternel réduit le risque de mammite. L’effet positif est en partie dû à l’élimination du lait restant dans la mamelle par le veau de lait. En outre, la salive du veau contient également des lysozymes qui inhibent la croissance des bactéries.

En revanche, après une période d’allaitement de 8 semaines, des dégâts aux trayons ont été constatés. Ce problème est d’autant plus prononcé que les vaches allaitent leurs veaux pendant de longues périodes. Pour éviter cela, une courte période d’allaitement est mieux adaptée. En outre, le risque de mammite est réduit au maximum par l’allaitement en début de la lactation.

De meilleurs comportements sociaux

Si le veau reste avec sa mère pendant plus de 24 heures, une réaction de stress aiguë augmente à la fois chez le veau et chez la vache lors de la séparation. Les animaux meuglent et se cherchent activement.

D’un autre côté, un contact plus long entre la vache et le veau entraîne un meilleur comportement social chez les jeunes et leur permet de mieux faire face à de nouvelles situations. L’élevage des veaux en groupe a également un effet positif similaire sur le comportement social. L’allaitement réduit également les comportements buccaux anormaux tels que le roulement de la langue et la succion d’autres veaux ou d’objets.

Des transitions importantes pour la productivité

Pendant la période d’allaitement, les laitières produisent moins de lait commercialisable. Après tout, les veaux en boivent une petite partie. Toutefois, la quantité totale de lait produite sur une longue période n’est pas inférieure dans le cas de l’allaitement. La quantité de lait commercialisable, plus faible, doit donc être comparée à celle qui serait utilisée dans d’autres méthodes d’élevage. Les différences de prix entre le lait frais et ses substituts doivent également être prises en compte dans cette réflexion.

Grâce à une consommation de lait plus importante, les veaux de lait grandissent plus vite. Toutefois, la consommation d’aliments solides chez ces veaux est plus faible que chez les veaux nourris au seau dont la consommation de lait est limitée. Même après la période d’allaitement, l’effet positif de la croissance plus élevée se poursuit pendant des semaines ou des mois. Le sevrage brutal et la séparation des veaux allaités et de leur mère entraînent une baisse de croissance. En effectuant les différentes transitions, comme la séparation et le sevrage séparément, cette baisse peut être (partiellement) évitée.

Tout dépend de son système d’élevage

Par conséquent, il existe un certain nombre d’arguments en faveur d’un maintien plus long de l’union entre le veau et la vache. Toutefois, les chercheurs n’ont pas été en mesure de décider exactement de la durée de cette période et du système qui permettrait de la réglementer au mieux. Il est également frappant de constater que bon nombre des prétendues conséquences de la séparation de la vache et du veau, qu’elle soit précoce ou non, peuvent en fait être attribuées à d’autres facteurs.