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Tracteurs chenillés: un maximum de traction et un minimum de compaction

Encore rares dans notre paysage agricole, les tracteurs équipés de chenilles existent sous diverses configurations : à 2 ou 4 chenilles ou encore half-track (combinaison de chenilles et roues). Leurs constructeurs poursuivent néanmoins tous le même objectif : fournir un maximum de traction tout en réduisant la compaction des sols.

Temps de lecture : 9 min

Après avoir abordé l’intérêt d’équiper les moissonneuses-batteuses et ensileuses de chenilles (lire Le Sillon Belge du 27 août dernier), concentrons-nous cette semaine sur les tracteurs dotés de tels équipements, toujours en présence d’Hans Vanderhaeghen et Vincent Cipers, respectivement spécialiste machines de récolte et tracteurs auprès d’Ag-Tec, importateur Claas pour le marché belge.

Une offre plus étoffée : 2 chenilles, 4 chenilles ou half-track

Du côté des tracteurs, par rapport aux machines de récolte, l’offre sur le marché est plus étoffée puisque différentes configurations sont disponibles depuis le chenillard pur et dur reposant sur deux chenilles jusqu’aux tracteurs à quatre chenilles, en passant par des véhicules half-track, dont le pont arrière est posé sur deux chenilles et le pont avant sur deux roues. Dans tous les cas, l’objectif poursuivi par les constructeurs est double : fournir un maximum de traction tout en réduisant la compaction.

Le tracteur reposant sur deux chenilles y parvient efficacement, la surface de contact avec le sol étant de loin supérieure à celle procurée par un tracteur conventionnel. Toutefois, il est primordial de s’attarder sur l’équilibre des masses du tracteur en association avec l’outil qui lui est attelé. Effectivement, la chenille doit rester parfaitement parallèle au sol pour que ce double objectif soit atteint. Si cet équilibre des masses n’est pas respecté, le tracteur penchera vers l’avant ou vers l’arrière, ce qui aura pour conséquence de faire s’appuyer les chenilles davantage sur leur pointe ou sur leur talon et de concentrer une pression plus élevée sur ces points.

Dans pareil cas, il peut en résulter un niveau de compaction beaucoup plus défavorable, parfois même supérieur à celui généré par un tracteur équipé de pneus adéquats. Il faut aussi être conscient que cet équilibre peut varier en fonction des conditions : il peut être respecté lors du travail mais ne plus l’être en fourrière lorsque l’outil est relevé et exerce un report de charge sur l’arrière du tracteur.

Confort et motricité accrus, mais attention aux virages

Au niveau de la conduite, le confort que procurent les chenillards au champ est supérieur : leur portance efface littéralement la majorité des inégalités de surface. Sur route, cet aspect est à nuancer : certaines chenilles peuvent provoquer vibrations et cahots.

Le volant de ces engins n’est pas à confier à un novice. Vu le mode de direction de ces tracteurs, il est impératif d’aborder les courbes progressivement et en douceur au risque sinon de mettre le véhicule et l’équipement traîné derrière lui en portefeuille ou encore de balayer tout sur son passage avec le porte-à-faux d’un outil porté.

Du point de vue de la motricité, les chenillards affichent incontestablement des performances supérieures, surtout pour les travaux lourds, grâce à leur portance et leur capacité à transmettre l’effort de traction au sol. Les conditions très humides peuvent néanmoins être leur point faible : si les crampons ne se nettoient pas bien (nettoyage moins évident que sur un pneu qui est en permanence courbé) et si de la boue s’immisce, sans pouvoir s’en évacuer, entre la chenille et la roue motrice, les chenilles glisseront, parfois jusqu’à empêcher le tracteur d’avancer. L’absence de blocage de différentiel constitue à cet égard un handicap supplémentaire de taille.

Les chenilles Terra Trac du tracteur Claas Axion ont été conçues pour cet usage spécifique, avec une roue motrice de grand diamètre favorisant la transmission de la puissance. Cette roue motrice et le galet disposent de rayons pour des facultés d’autonettoyage supérieures.
Les chenilles Terra Trac du tracteur Claas Axion ont été conçues pour cet usage spécifique, avec une roue motrice de grand diamètre favorisant la transmission de la puissance. Cette roue motrice et le galet disposent de rayons pour des facultés d’autonettoyage supérieures.

La transmission de l’effort de traction peut également être moindre dans les courbes, surtout lorsque celles-ci sont prononcées. Le mode de direction du tracteur imposant une vitesse de rotation différenciée des deux chenilles, l’effort de traction passe davantage, voire complètement, par l’une des deux chenilles. La surface utile d’appui au sol pour transmettre cet effort s’en trouve fortement réduite. Parallèlement, le ripage causé par les demi-tours en fourrière peut être important ; raison pour laquelle des virages larges doivent être préférés.

Un autre inconvénient de ces tracteurs se déplaçant sur deux chenilles est leur manque de stabilité lorsqu’ils évoluent sur des terrains fortement accidentés, voire chaotiques, comme peuvent parfois l’être les entrées de parcelles. Dans ces circonstances, les chenilles ont tendance à se mettre en bascule et rendre de la sorte le convoi instable. Il faut toutefois souligner que des efforts conséquents ont été entrepris sur ces tracteurs, notamment au niveau de la suspension du train de chenilles, pour atténuer parfois significativement ce phénomène.

Les tracteurs à quatre chenilles et half-track se montrent quant à eux plus stables et leur conduite se rapproche de celle d’un tracteur conventionnel.

Des impératifs différents sur un tracteur

Claas a décroché en 2017 une médaille d’argent au salon Agritechnica pour l’Axion 900 Terra Trac. « Deux modèles sont disponibles à la vente en 2020 : l’Axion 930 Terra Trac de 355 ch et l’Axion 960 Terra Trac de 445 ch », précise M. Cipers. Il s’agit d’un tracteur en tous points comparable à l’Axion à roues si ce n’est des adaptations à l’arrière du véhicule : les traditionnelles trompettes d’essieu sont remplacées par des supports de chenilles spécifiques que Claas a baptisés « saxophones » par similitude de forme avec cet autre instrument de musique.

Selon les données du constructeur, cette version Terra Trac dispose de 15 % de motricité supplémentaires et d’une surface de contact au sol augmentée de 35 % (un peu moins de 4 m²) par rapport à un tracteur à roues, ce qui permettrait une réduction du tassement d’environ 50 %.

« Ces trains de chenilles, baptisés Terra Trac comme sur les moissonneuses-batteuses et ensileuses, reposent sur les mêmes principes de base. Cependant, ils s’en distinguent aussi fortement car les impératifs ne sont pas identiques. » Par exemple, les dimensions et le design du galet et de la roue motrice sont complètement différents. « Sur tracteur, leur diamètre est plus grand ; ceci dans le but de conférer une plus grande capacité de transmission de la force motrice. Cela concourt également à permettre au tracteur de franchir facilement les obstacles ou de s’en dégager avec aisance. La transmission a été renforcée. »

Les chenilles de l’Axion Terra Trac peuvent osciller de 8° vers l’avant et 15° vers l’arrière, de manière à ce qu’elles restent en permanence parallèles au sol ; ceci pour une motricité optimale et une pression d’appui uniforme.
Les chenilles de l’Axion Terra Trac peuvent osciller de 8° vers l’avant et 15° vers l’arrière, de manière à ce qu’elles restent en permanence parallèles au sol ; ceci pour une motricité optimale et une pression d’appui uniforme.

Au niveau du design, le galet et la roue motrice sont des roues à rayons, ce qui leur donne des facultés d’auto-nettoyage supplémentaires. Dans le même esprit, la garniture de ces roues n’est pas d’un seul tenant mais constituée de différents blocs, toujours pour permettre une évacuation efficace et rapide de la terre ou de la boue qui pourrait s’y accumuler et, de la sorte, continuer à transmettre la force de traction.

« La tension des chenilles se règle automatiquement grâce à son contrôle actif par un système électronique, pour un maximum de stabilité. Il est à noter que la suspension hydropneumatique de ces chenilles est particulièrement aboutie : la roue motrice, le galet et les rouleaux de maintien sont suspendus individuellement. Cela procure un contact optimal de la chenille avec le sol à tout instant, une meilleure stabilité dans les courbes et autorise une vitesse maximale de 40 km/h. De plus, combinée à la cabine suspendue en quatre points et à la suspension du pont avant, elle confère au tracteur semi-chenillé un confort identique sur route et supérieur aux champs par rapport à une version sur pneumatiques », ajoute M. Cipers.

Claas commercialise trois largeurs de chenilles ; quelle que soit la variante choisie, la largeur du tracteur reste inférieure à 3 m, ce qui n’est pas le cas d’un tracteur équivalent doté de pneus larges ou jumelés.

Maintenir les chenilles parallèles au sol

Les chenilles du Claas Axion Terra Trac sont reliées au tracteur par un support leur permettant d’osciller d’un angle de 8º vers l’avant et 15º vers l’arrière. « Cela a un effet positif sur la pression d’appui qui reste homogène : ce mouvement pendulaire permet de maintenir la chenille toujours parallèle au sol. La pression d’appui n’est donc pas impactée s’il se produit une modification de l’équilibre des masses du tracteur, même lors de travaux avec des outils lourds. De même, cet angle d’oscillation offre une grande liberté aux chenilles pour aborder les irrégularités du sol les plus marquées », commente-t-il.

Le système de suspension des chenilles de l’Axion permet d’adapter la hauteur du tracteur sur une plage de 12 cm. La ligne de traction peut de cette façon être parfaitement ajustée, sans aucun effort, en fonction de l’outil utilisé et les capacités des chenilles utilisées à leur plein potentiel.

En plus du système d’oscillation de la chenille, ses différents éléments sont suspendus individuellement. Le suivi du sol est ainsi assuré en continu.
En plus du système d’oscillation de la chenille, ses différents éléments sont suspendus individuellement. Le suivi du sol est ainsi assuré en continu.

Les tracteurs half-tracks ont pour réputation de causer moins de dégâts par ripage lors des demi-tours que les engins à deux chenilles. Leur comportement en virage peut différer de celui des tracteurs à roues conventionnels : les chenilles ont tendance à pousser le tracteur en ligne droite alors que les roues avant sont braquées. Il en résulte un rayon de braquage plus élevé. M. Cipers intervient : « L’Axion Terra Trac est doté d’une direction assistée intelligente : le système est capable, en fonction de l’angle de braquage des roues avant, de moduler la vitesse d’entraînement de chaque chenille dans les courbes de manière à obtenir la trajectoire souhaitée et éviter le ripage. Le conducteur a le choix entre trois modes de direction ».

Quelle place sur le marché belge ?

En guise d’épilogue, nos deux spécialistes nous donnent leur avis quant à la place de ces engins chenillés sur le marché belge. « Je suis convaincu de l’intérêt d’une moissonneuse-batteuse à chenilles pour les différentes raisons déjà évoquées » (lire notre édition du 27/08 dernier), nous dit M. Vanderhaeghen. « Cela fait une dizaine d’années maintenant que nos plus grands modèles, à savoir les moissonneuses de type Lexion Hybride, se vendent majoritairement en version Terra Trac. Le pourcentage d’équipement se rapproche nettement des 100 % lorsqu’on parle des Lexion Hybride achetées en vue de la récolte du maïs-grain. »

En règle générale, plus la machine est grande, plus l’investissement dans un système Terra Trac devient profitable car le prix relativement fixe du système de chenilles pèsera moins dans le coût total, en quote-part, que sur une machine plus petite. « Le client belge semble prioritairement valoriser la motricité en conditions difficiles, le gabarit routier favorable et le grand confort d’utilisation. Les avantages liés à la moindre compaction du sol sont également pris en compte ; cependant, nous constatons que certains collègues à l’étranger y sont encore nettement plus attentifs que nous. C’est particulièrement le cas pour les grandes exploitations qui achètent leur propre machine, tout en étant également propriétaires des champs et en effectuant elles-mêmes tout le travail du sol. Comme ils maîtrisent toute la chaîne de A à Z, ils remarquent encore d’autant plus vite quelle valeur ils tirent d’une faible compaction du sol par rapport aux coûts d’investissement des chenilles. »

Quant aux tracteurs, M. Cipers précise : « Le recours aux chenilles se fait surtout sentir ces dernières années avec l’augmentation de puissance des tracteurs. Au-delà de 400 ch, on atteint les limites des pneus en matière de capacité de transmission de la force de traction au sol. Les chenilles ont une belle carte à jouer à ce niveau. Évidemment, ce sont des puissances qui ne sont pas très répandues en Belgique. Les ventes de ces tracteurs devraient donc rester relativement rares dans notre pays, et seront surtout le fait de cultivateurs jouissant d’un parcellaire important et très attentifs à l’état de leurs sols, ou encore d’utilisateurs avec des applications spécifiques comme la stabilisation des sols dans le domaine des travaux publics ».

Pour ces cas particuliers, le choix entre pneus et chenilles en caoutchouc est loin d’être une sinécure. Cette opposition existe depuis longtemps et l’évolution technologique appliquée aux trains de chenilles bat en brèche bien des certitudes, en leur procurant davantage de souplesse, de confort et de performances. Dans le camp d’en face, les manufacturiers de pneus fourbissent leurs armes, également à grands coups d’innovations, à l’image des pneus VF, des pneus connectés ou encore des pneus hybrides. Un combat entre deux prétendants qui risque de susciter des débats encore longtemps et qu’il n’est pas simple d’arbitrer…

N.H.

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