Les fabriques d’ignorance

Les fabriques d’ignorance

Le cas d’école concerne évidemment les grands cigarettiers. Durant les années 1950-60, ceux-ci ont orchestré une stratégie de désinformation réellement performante, afin de minimiser les effets désastreux du tabac. Ils ont commandité de pseudo-études scientifiques très « sérieuses », lesquelles ont diffusé un épais écran de fumée, où les vérités se perdaient et s’étouffaient. Quand j’étais gamin, le fait de fumer était signe de virilité, personnifiée par l’image du cow-boy Marlboro. Les mères donnaient des cigarettes à leurs adolescents, comme des bonbons ou des chips. Il a fallu attendre les années 1980 pour mettre au jour cette immense tromperie ! En attendant, les morts se sont accumulés par milliers, par millions, avant que soient révélés au grand jour les dangers calamiteux du tabac…

Aux yeux des hommes de pouvoir, -politiciens, tyrans, industriels et autres magnats de la finance –, preuve était faite qu’une tactique de désinformation peut être payante au-delà de toute espérance ! Il suffit de la répéter, chacun dans son domaine, pour obtenir les effets désirés. L’industrie du plastique s’est ainsi payé les services d’une fabrique d’ignorance pour minimiser les dangers des perturbateurs endocriniens présents dans les contenants plastifiés -biberons, barquettes, films- alimentaires, ces bisphénols et autres joyeusetés qui font demoiseller sans permission les fillettes de huit ans et changent les coqs en poules, au risque certain de développer des cancers hormonaux. Pour cacher un mouton noir, il suffit de salir tout le troupeau, et plus personne n’identifie clairement lequel est mauvais ou non. Les fabriques d’ignorance sont championnes pour noyer le poison ! Leurs experts « scientifiques » sont d’excellents comédiens dont le charme joue à plein sur les plateaux de télévision, dans les vidéos sur Internet. Autre exemple : nul ne sait vraiment qui est responsable du déclin rapide des colonies d’abeilles. Les fabricants de néonicotinoïdes, affolés d’être cloués au pilori, ont toute de suite contre-attaqué par une impressionnante série d’études « indépendantes », lesquelles ont incriminé de multiples autres facteurs pathogènes : virus, varroas, frelon asiatique, réchauffement climatique… Les abeilles n’ont pas eu leur mot à dire, et continuent de mourir, faute d’avoir identifié les vraies raisons de leur disparition. Évidemment, le criminel le plus commode à désigner n’est autre que l’agriculture intensive, dans son sens large. Employer un sens le plus large et le plus flou possible est du meilleur effet, car on s’y perd…

Ben voyons ! Haro sur les baudets cultivateurs ! L’agriculteur constitue un coupable idéal : il ne se défend pas, et personne ne le défend vraiment. Ainsi, très tôt, dès les années 1950, les margariniers ont commandité des études « médicales » pour ruiner la réputation de notre beurre, histoire de jeter l’opprobre sur ce concurrent prestigieux, lequel est devenu rapidement et durablement un aliment dangereux pour la santé, aux yeux des consommateurs ! Les industries agro-alimentaires avaient trouvé une bonne méthode pour promouvoir leurs produits douteux. Les aliments d’origine animale ont tous, l’un après l’autre, été passés à la moulinette des fabriques d’ignorance. Après le beurre, ses frères et sœurs laitiers -fromages, lait, yaourts- ont subi une contre-publicité implacable, au profit des produits végétariens industriels : lait de soja, laits de ceci ou de cela. Dernière attaquée en date, la viande est aujourd’hui responsable de mille maux : elle est très mauvaise pour la santé, et de surcroît, son empreinte écologique est des plus déplorables.

C’est sûr, si on les écoutait, on serait tout de suite persuadé que nos vaches sont les grandes coupables du réchauffement climatique… Les vrais responsables sont immensément riches, donc quasi intouchables, car ils peuvent se payer les meilleures fabriques d’ignorance ! Les grands trusts pétroliers et gaziers, les compagnies d’extraction de charbon ou de gaz de schiste peuvent compter sur des manipulateurs de première force pour les défendre. Il suffit de jeter le doute sur la véracité des alertes lancées par les climatologues, puis de diriger la vindicte populaire sur des baudets de choix. Toutes sortes de théories contradictoires sont élaborées, basées sur des recherches scientifiques ciblées, dans le but de diluer au maximum les responsabilités.

Les climato-sceptiques et leurs diables en rient encore ! Pendant ce temps, les catastrophes déroulent sans fin leur sinistre cortège : sécheresses, canicules, inondations, ouragans meurtriers… Les écosystèmes souffrent ; les ressources naturelles s’épuisent. Avant, la situation était grave, mais pas désespérée ; en 2020, la situation est désespérée, mais ce n’est pas grave, tempèrent les fabriques d’ignorance, lesquelles font tourner le monde en bourrique, une bourrique enrhumée et malade du coronavirus. Même la Covid-19 fait l’objet de manipulations, d’enfumages systématiques ! Faut-il se faire vacciner ou non ? Le doute est généreusement semé par toutes sortes d’influenceurs malveillants. Démoniaques, les fabriques d’ignorance nous feraient nous méfier du bon dieu…

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