Carottes, racines de chicons, chicorées, laitues…: les sclérotinioses méritent une grande attention

Les plantes sensibles sont très rapidement pourries, elles donnent l'impression de fondre. Nous distinguons bien des sclérotes en cours de formation (amas blancs) et des sclérotes formés (noirs) sur ces racines de chicons. Cette année, nous voyons le développement de sclérotes sur les débris de racines restés sur le champ de production.
Les plantes sensibles sont très rapidement pourries, elles donnent l'impression de fondre. Nous distinguons bien des sclérotes en cours de formation (amas blancs) et des sclérotes formés (noirs) sur ces racines de chicons. Cette année, nous voyons le développement de sclérotes sur les débris de racines restés sur le champ de production. - F.

La présence de sclérotinioses dans les parcelles maraîchères n’est pas un fait anodin. Il impose d’entreprendre des observations dans les cultures sensibles comme les carottes, racines de chicons, chicorées, laitues…

L’œil sur deux espèces de Sclerotinia

Les espèces du genre Sclérotinia produisent des sclérotes de couleur noire et de formes variables selon les espèces.

Sclerotinia sclerotiorum

Il s’agit d’une espèce de champignon polyphage qui peut s’attaquer à une large gamme de légumes différents, à des grandes cultures comme le colza, la pomme de terre, le tournesol, le pois et à des plantes sauvages. Il développe son mycélium en surface de sol.

Les attaques se concentrent donc surtout au collet, aux feuilles basses et aux tiges des plantes d’où le champignon s’étend dans la plante et vers ses voisines. Le mycélium blanc est facilement repérable. Quand le sol est travaillé grossièrement, à grosses mottes, quand le sol est caverneux, le mycélium du champignon peut se développer plus profondément. Avec les crevasses dues à la sécheresse, c’est le cas également cette année.

Ce champignon peut produire un mycélium au départ des sclérotes ou encore produire des apothécies sur lesquelles sont produits des asques contenant les ascospores (plutôt lorsque la température est proche de 8 à 16ºC). De très nombreuses ascospores peuvent être disséminées dans l’air et contaminer les plantes de l’abri ou de la parcelle. Ces ascospores germeront en présence d’un film d’eau sur les feuilles de la plante hôte (rosée, pluie, arrosage). Les conditions météo des 3 derniers mois ont été favorables à cette dissémination.

Sclerotinia minor

Comparativement, ce champignon s’attaque à moins d’hôtes différents, mais plusieurs légumes cultivés chez nous sont concernés. Le niveau des attaques est étroitement corrélé avec le nombre de sclérotes initialement présents dans le sol. Les contaminations se font souvent par le mycélium issu des sclérotes se trouvant à proximité des feuilles basses des plantes sensibles (laitues, frisées, etc.). Ces sclérotes doivent avoir séché durant un certain temps avant de pouvoir germer.

Sclerotinia minor est également favorisé par les rotations courtes, par exemple en laitues sous abris. Les vieilles feuilles sénescentes (feuilles de la base, feuilles abîmées suite à des attaques de Bremia) sont les points de départ privilégiés de la maladie.

Les topinambours ne sont pratiquement l'objet que de très peu de maladies. Mais en sols infectés, le Sclerotina parvient à provoquer de forts dégâts aux bases de tiges.
Les topinambours ne sont pratiquement l'objet que de très peu de maladies. Mais en sols infectés, le Sclerotina parvient à provoquer de forts dégâts aux bases de tiges. - F.

Les dégâts

Notre climat convient parfaitement aux deux espèces de Sclerotinia : la température y est souvent un peu inférieure à 20ºC, les précipitations et l’humidité sont importantes. Nous avons été plutôt épargnés en été, l’automne est redevenu très favorable à ces champignons.

Parmi nos légumes, la plupart sont concernés, à l’exception des Alliums. Mais les dégâts sont les plus importants en laitues, en chicorées frisées, scaroles, chicon et en haricots. Tous peuvent être contaminés directement au départ du sol, les haricots peuvent aussi être contaminés lors de la floraison, via les pétales.

Les dégâts peuvent être considérables, et s’étendre très rapidement lorsque la température est optimale (serres en automne ou printemps, couches de chicons…). De plus, la pourriture peut s’étendre durant le stockage des légumes pour autant que la température dépasse 4ºC.

L’automne 2020

Les conditions météorologiques de l’automne ont été très favorables à ce développement. L’arrivée de la pluie a relancé la minéralisation de l’azote des matières organiques. La douceur du temps a été favorable au développement des champignons concernés.

Les cultures ont souffert de sécheresse en été, les racines de cultures comme les carottes ou les racines de chicons sont de calibre inférieur et les pertes au champ lors de la récolte sont importantes. Ce sont des matières que les Sclerotinia décomposent et sur lesquelles ils prolifèrent.

Le mycelium se densifie et se colore de noir pour former les sclérotes qui permettent la survie du champignon pendant de nombreuses années dans le sol.
Le mycelium se densifie et se colore de noir pour former les sclérotes qui permettent la survie du champignon pendant de nombreuses années dans le sol. - F.

La lutte : principes généraux

Les sclérotes et le mycélium présents dans les débris de culture assurent la transmission de la maladie d’une culture à l’autre. Les sclérotes présents dans le sol peuvent être attaqués naturellement par des moisissures communes (Trichoderma, Gliocladium…) ou parasités spécifiquement par plusieurs organismes (Coniothyrium minitans, Sporidesmium sclerotivorum, Teratosperma oligocladum).

Des centres de recherches ont pu déterminer que des fongicides anti Sclerotinia apportés dans le sol avaient un effet inhibiteur sur ces moisissures auxiliaires. Cela a joué sur la relative diminution d’efficacité de fongicides constatée au cours des décennies précédentes. Des fongicides du sol qui furent utilisés contre Sclérotinia ont montré leurs limites pratiques.

Notons que seules les interventions préventives sont réellement efficaces. Quand une plante est contaminée, nous ne pouvons pas la guérir.

Les mesures préventives

Les mesures prophylactiques font intervenir des principes agronomiques généraux et l’hygiène d’exploitation. Les céréales ne sont pas sensibles à Sclerotinia et permettent de couper la rotation maraîchère.

En théorie, nous devrions essayer de cultiver au maximum trois cultures sensibles à Sclerotinia par dizaine d’année, mais c’est pratiquement impossible dans les petites fermes maraîchères. Si des dégâts importants de sclerotinioses sont déplorés dans une parcelle, nous devons tenter de ne pas y cultiver de cultures sensibles durant quatre années.

La fumure azotée raisonnée permet d’éviter une luxuriance excessive de la végétation, elle-même favorable au maintien d’une importante humidité au sol. La minéralisation des matières organiques avec libération d’azote a repris avec l’arrivée des pluies, à la faveur des températures douces.

Si nous devions déplorer l’apparition d’un foyer de quelques plantes atteintes, il est vivement conseillé de les enlever avec beaucoup de soins et de précautions, de les évacuer à l’extérieur de la zone de production, et d’assurer leur destruction ou désinfection. Cette précaution vaut en particulier pour les débris végétaux portant déjà des sclérotes. Ceci est possible tant que le nombre de foyers reste limité.

Le sclérotinia est bien connu en culture de colza en raison des dégâts – pourriture des feuilles et des tiges – que le champignon est susceptible de provoquer si la protection des plantes n’est pas assurée au début de la floraison.
Le sclérotinia est bien connu en culture de colza en raison des dégâts – pourriture des feuilles et des tiges – que le champignon est susceptible de provoquer si la protection des plantes n’est pas assurée au début de la floraison. - M. de N.

La lutte biologique...

La lutte biologique par application de micro-organismes antagonistes microbiens concerne Corrithyrium minitans, aussi bien vis-à-vis de Sclerotinia minor que Sclerotinia sclerotiorum. Il s’agit d’un parasitisme.

C. minitans émet des suçoirs qui pénètrent dans l’organisme cible. L’inoculum primaire de l’agent pathogène diminue en densité. L’efficacité globale dépend de la densité en sclérotes de départ. Si elle est très élevée, le traitement devra être renouvelé pour la culture suivante.

La lutte biologique avec le Contans (Coniothyrium minitans) à raison de 2 à 4 kg de produit commercial par ha pour traiter le sol à une profondeur de 5 à 10 cm donne de bons résultats. Nous pouvons déjà appliquer préventivement le produit dès la destruction des résidus de la culture précédente. En cas de très fortes attaques, un seul traitement ne sera pas suffisant, il faudra intervenir sur plusieurs cultures successives. Il est homologué en toutes cultures.

Plusieurs produits sont développés au départ de Bacillus amyloliquefaciens et sont homologués contre Sclerotinia en différentes cultures de plein air ou sous abris : entre autres Amylo-X WG, Serenade Aso, Serifel…

... et la lutte chimique

La lutte chimique est envisageable également en culture conventionnelle, en mettant en œuvre des produits suivant leur homologation et les cultures concernées. Tous les fongicides ne sont pas utilisables sur toutes les cultures. La lutte chimique peut compléter les mesures prophylactiques, pas les remplacer.

Plusieurs produits associant boscalid et pyraclostrobine ou cyprodinil et fludioxonil ainsi que méthyl-thiophanate et des produits basés sur fludioxonil ou fluopyram ou encore des produits incluant difeconazole, azoxystrobine ou isofetamide un autre produit équivalent homologué peuvent s’employer sur de nombreuses cultures différentes, avec des différences entre les produits, à vérifier au cas par cas, vu l’évolution rapide des homologations sur www.fytoweb.be.

F.

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