Réforme de la PAC: la crise sanitaire ne doit pas nous faire oublier ce qu’il y a dans nos assiettes

Réforme de la PAC: la crise sanitaire ne doit pas nous faire oublier ce qu’il y a dans nos assiettes

Quatre principes majeurs

Vaste chantier que cette réforme de la PAC qui se veut tendre vers une version simplifiée pour demain mais qui pour l’heure garde l’allure de discussions complexes entre la Commission, le Conseil et le Parlement européen qui se sont éternisées. Son entrée en vigueur, initialement prévue en 2021, a en effet été repoussée en 2023.

La future PAC se dessine donc lentement mais sûrement en aiguisant une série de principes. Ainsi, la Commission européenne entend proposer aux pays membres, un cadre européen commun avec des objectifs et des indicateurs à atteindre. De leur côté, les États membres auront alors la responsabilité d’identifier leurs propres besoins, de quantifier leurs objectifs et de mettre en œuvre des interventions ciblées pour les atteindre. Le transfert d’une grande partie des choix d’application de la PAC aux États membres présente l’avantage d’une application adaptée au contexte local. Il s’agit du premier grand principe de cette réforme et il ne faut pas rater cette occasion.

Le deuxième grand principe est celui des éco-régimes, à savoir qu’une partie des aides (20 à 30 % des paiements directs totaux) accordées aux agriculteurs seront liées obligatoirement à des programmes environnementaux. Dans la même veine, troisième principe, le Parlement européen voudrait également qu’au moins 35 % du budget du développement rural des pays concernés soit consacré à des mesures liées à l’environnement et au climat.

Dans un objectif de protéger les plus petites exploitations, avec un quatrième principe, il est prévu de réduire progressivement les paiements directs annuels aux agriculteurs au-dessus de 60 000 euros, pour les plafonner à 100 000 euros.

Des curseurs au vert

Si le trio Commission, Conseil et Parlement doit encore se mettre d’accord, les grands principes de cette réforme sont arrêtés avec une touche de vert bien prononcée qui s’inscrit malgré tout avec la contrainte d’une réduction des budgets suite au départ de la Grande-Bretagne et surtout à l’objectif de répondre aux exigences du Green deal (Pacte Vert) de la Commission. Et cet engagement de la Commission européenne à tenir ses objectifs dans le cadre du Green deal est sans aucun doute la pierre angulaire de cette politique, qui représente 34.5 % du budget de l’UE. D’où donc son importance et ses objectifs ambitieux puisqu’ils visent à atteindre 30 % de terres agricoles en bio et une réduction de l’usage des pesticides de 50 % d’ici 2030.

Définir ce qu’il y aura demain dans notre assiette passe par de telles réformes. Mais il est évident que vu le défi, tout ne peut pas reposer sur les épaules des agriculteurs européens. L’ensemble de la société devra s’impliquer et le consommateur aura un rôle essentiel à jouer. Et ce n’est d’ailleurs pas sans raison que la Commission parle d’une stratégie « de la ferme à la fourchette ».

Une accélération durable en Wallonie

Même si l’agriculture n’est responsable que de 10 % des émissions de gaz à effets de serres (GES) en Wallonie, le sud du pays n’a pas attendu cette nouvelle mouture de la PAC pour s’interroger et se tourner vers une agriculture plus durable.

Et il est évident que sous l’impulsion de l’UE, les changements en cours vont nécessiter une accélération dans ce processus notamment avec le nouveau système des éco-régimes, lequel encourage les bonnes pratiques agricoles visant la lutte contre le réchauffement climatique et le maintien de la biodiversité.

Nos agriculteurs devront continuer à adapter leur structure et leurs activités afin de participer, à leur échelle, à l’effort collectif qui consiste à relever ce défi environnemental, défi auquel notre société est confrontée dans son ensemble.

Pour assurer une transition dans la chaîne agroalimentaire, une coopération étroite entre toutes les parties prenantes est essentielle. Car les organismes de crédit, l’enseignement, les groupements d’intérêt, les organisations sociales, etc. jouent également un rôle essentiel dans cette transition. Tout comme les pouvoirs publics ont un rôle majeur via un soutien financier et une reconnaissance forte de l’importance d’un tissu agricole fort, garant d’une indépendance alimentaire. Et à notre niveau, nous consommateurs, notre responsabilité passe par une consommation plus locale et une lutte contre le gaspillage alimentaire.

Le chemin de la PAC de demain est donc balisé dans les grandes lignes, mais à nous de la rendre plus verte et donc plus efficiente, tout en apportant à nos agriculteurs le soutien, les connaissances et le savoir-faire nécessaires pour adapter leur gestion opérationnelle et la rendre plus respectueuse encore de l’environnement.

Bernard Keppenne

, Chief Economist à la CBC

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