Le loup et (ou) l’agneau

Le loup et (ou) l’agneau

Déjà, quelques-uns parmi ses semblables ont subi la loi du plus fort, du côté des Hautes Fagnes, et les bergers punis visitent leurs prairies avec la peur au ventre, craignant d’y découvrir de nouveaux carnages. De leur côté, les défenseurs de la nature sauvage se félicitent de l’arrivée du loup dans nos régions, animal désormais protégé et médiatisé. Les bergers, éleveurs et autres culs-terreux n’ont qu’à bien clôturer leurs parcelles ! Ce sont eux les coupables, de tenter ainsi le pauvre loup en lui mettant sous le nez d’appétissantes petites proies…

Finalement, le Grand Méchant Loup n’est pas si méchant que cela, puisque les écologistes se réjouissent de le voir à nouveau hanter nos régions. Déjà Jean de La Fontaine ironisait à son sujet en lui donnant le rôle de l’innocente victime vilipendée : « Et je sais que de moi, tu médis l’an passé ! (…) Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. (…) C’est donc quelqu’un des tiens, car vous ne m’épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens. On me l’a dit, il faut que je me venge ! Là-dessus, au fond des forêts, le loup l’emporte et puis le mange. ». Gloups ! Le loup avait disparu de Wallonie depuis 1897 ; le camp des agneaux vivait en paix depuis plus de cent ans. Mais aujourd’hui, un « plan loup » encadre son retour, afin d’assurer sa détection, sa protection, tout en menant des actions de sensibilisation. Pauvre petite bête tant choyée…

En ce qui me concerne, désolé, mais je préfère l’agneau au loup, et je comprends tout à fait la tristesse et la colère des moutonniers qui découvrent leurs peluches de laine massacrées. Il n’y a rien de plus mignon qu’un agneau, plus inoffensif qu’un mouton. Sauf les béliers en rut, évidemment… Un loup, par contre, ne semble en rien inoffensif ! Ceux des parcs animaliers ne paient pas de mine, évidemment, efflanqués et dépenaillés. J’en ai vu un de près, chez notre vétérinaire, un loup « d’élevage » bien nourri, vaguement domestiqué par son maître très fier de le posséder. Mon berger allemand paraissait bien gringalet à côté de lui. 50 kg de muscles, de fourrure, tout en pattes avec une impressionnante gueule triangulaire et des yeux fous.

Ceci dit, nos chiens descendent des loups, et certaines races ne valent guère mieux, quand il s’agit d’occire un autre animal. Un berger malinois fera autant de dégât qu’un loup, dans un troupeau de moutons. Les Jack Russel et les chows-chows sont des tueurs de chats, de vrais « serial killers », tandis que lesdits chats chassent les souris et les oiseaux, sans aucun état d’âme. Nous-mêmes tuons beaucoup d’animaux pour nous nourrir, en y mettant davantage de formes il est vrai.

En fait, ce que nous reprochons au loup est d’être semblable à nous, quelque part ; c’est un super-prédateur, un concurrent que nous avons éliminé dans le passé car il décimait nos troupeaux. C’est pourquoi, pardonnez mon peu d’intelligence, je ne comprends pas pourquoi les défenseurs de la nature cherchent aujourd’hui à le réintroduire sans tenir compte des multiples inconvénients que son retour va susciter. Le loup a toute sa place dans de grands espaces sauvages, où l’homme est quasi absent. Mais en Wallonie ! Notre région est constituée d’une mosaïque de petites forêts, de prairies, de champs cultivés, de zones habitées, industrielles, économiques ; un patchwork quadrillé de nombreux chemins, routes et autoroutes. Le loup va forcément se sentir à l’étroit, avec peu de proies à se mettre sous la dent, quand il ne rencontrera pas un chasseur peu disposé à partager son territoire.

Tôt ou tard, il lui faudra manger ce qu’il trouve, c’est-à-dire des animaux d’élevage : des moutons, veaux, volailles, cochons, couvées. S’il pouvait s’attaquer aux sangliers, ce serait sympa de sa part. Mais un loup n’est pas fou au point de se risquer d’affronter une laie qui défend ses petits ou un mâle aux défenses acérées. Dès lors, les moutons feront les frais de la présence du super-prédateur dans notre région, cela ne fait pas un pli.

Bien sûr, il est question d’indemnisations en cas d’attaque, d’aides pour clôturer les prairies. Les éleveurs d’ovins exercent pour la plupart cette activité à temps partiel, comme une passion. Ils tissent de vrais liens affectifs avec leurs animaux, c’est pourquoi la perte d’un agneau est ressentie très douloureusement, surtout de cette façon sanguinaire. Ils n’ont que faire des indemnités financières et des conseils des amoureux des loups. Mais pourquoi donc encourager le retour de ces prédateurs d’un autre âge, d’une époque révolue ? En quoi leur présence va-t-elle régler les problèmes environnementaux, si ce n’est faire plaisir à Natagora, WWF, et autres associations ?

Nifnif, Noufnouf, Nafnaf, Mère-Grand, le Petit Chaperon Rouge et l’agneau de la fable n’ont qu’à bien se tenir : le Grand Méchant Loup revient par la grande porte !

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