L’activité biologique: un fleuron de l’«ultracrépidarianisme»

L’activité biologique: un fleuron de l’«ultracrépidarianisme»

Les linguistes d’aujourd’hui, peut-être aussi pédants que les précieuses ridicules du temps de Molière, ont désigné ce mot comme la grande révélation linguistique de l’année écoulée. Wikipédia confirme : il s’agit du comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence crédible ou démontrée.

Là, c’est nettement plus clair. En agriculture, on connaît depuis longtemps : « À chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». On sait aussi combien, depuis quelques années, certains bobos excellent dans l’art de critiquer l’agriculture, avec souvent une virulence inversement proportionnelle à leur niveau de connaissance. Cela porte aussi un nom, nouvelle tendance : « Agri-bashing ».

Une autre tendance, plus vicieuse encore, est de répéter en boucle que nos sols seraient morts, la faute aux agriculteurs. Je suis impressionné par le nombre de fois où les médias relayent cette affirmation, en voyant à quel point ni les journalistes, ni les accusateurs ne connaissent le sujet.

J’eus la chance, il y a juste vingt ans, de suivre deux essais de fertilisation en pommes de terre à quelques kilomètres de distance dans le Brabant Wallon : même variété, même type de sol à tous points de vue et même résultat d’analyse ultra-complète de tous les éléments minéraux sur 3 horizons. Or, dans un essai, la fertilisation fut très rentable et dans l’autre pratiquement inutile. Que s’était-il passé ? Nous avions aussi mesuré l’activité biologique de ces deux sols (par respirométrie, une technique qui dose le CO2 que libèrent les micro-organismes du sol, proportionnellement à leur nombre et à leur forme) et là, bingo, le plus fertile était effectivement biologiquement nettement plus actif. Pourquoi ? Essentiellement parce que la plantation s’était faite plus tard, quand le sol était complètement ressuyé et réchauffé. Meilleure structure, température, aération, régulation hydrique, pénétration racinaire, etc. et meilleure activité biologique, avec effectivement un impact nutritionnel remarquable.

La démonstration (ou la confirmation) était faite pour moi du rôle de l’activité microbienne en agriculture mais cela signifie aussi qu’un sol en agriculture conventionnelle a un vrai potentiel biologique quand la structure est satisfaisante. Il se trouve que j’ai eu la chance d’accompagner de nombreuses expérimentations traitant du sujet et toutes vont dans le même sens : une aération suffisante, une humidité satisfaisante, une température optimale, un pH correct et la vie microbienne du sol peut s’éclater sans problème.

Les ménagères confirmeront : si on veut faire l’inverse, c’est-à-dire conserver des aliments sans fermentation bactérienne, il faut soit mettre sous vide d’air, soit déshydrater pour retirer l’humidité, soit les tenir au froid, soit acidifier (ex : la choucroute qui est un ensilage).

Vu l’intérêt actuel pour le stockage du carbone du sol dans le contexte de lutte contre le réchauffement climatique, j’ai accompagné récemment un essai du Carah pour une entreprise productrice d’engrais dans la région (…). Il s’agissait de mesurer l’impact éventuel de divers fertilisants (azote, potasse) sur l’activité biologique des sols.

Je vous le dis confidentiellement : un petit ressac dans les jours qui suivent et puis, re-bingo, les sols repartent en pleine forme. Au fond, le débat correspond un peu à celui des vaccinations Covid : entre quelques possibles effets secondaires immédiats et le risque d’aller engorger les soins intensifs, voire d’en mourir, il n’y a pas photo.

Autre observation que tous les agriculteurs peuvent vérifier personnellement et facilement dans le Livre Blanc : le niveau de rendement dans les essais des témoins sans azote. En céréales, ils peuvent atteindre aujourd’hui 6 à 8 tonnes de grains par hectare, en bio comme en conventionnel. Comme il faut en moyenne 3 kg d’azote pour fabriquer un quintal de blé, cela signifie que l’offre des sols en azote, directement liée à l’activité biologique, fournit, selon les parcelles et surtout la météo, entre 180 et 240 unités d’azote. Réduisons de 20 % car il y a les effets de bordure, mais le résultat est là : nos sols n’ont jamais été aussi vivants qu’aujourd’hui.

Il est vrai qu’on fait plus attention au respect des structures qu’avant et que les phytos (PPP comme on dit de nos jours) sont sans commune mesure, au niveau écotoxicité avec ceux d’il y a cinquante ans.

Bref, en un mot comme en cent, prétendre qu’en agriculture raisonnée, nos sols en seraient morts, nécessite aussi un nouveau mot à la mode : le « Fake-News ».

JMP