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Se lancer en maraîchage

Les chiffres statistiques nous indiquent un manque de production de légumes frais en Wallonie. Ne nous imaginons pas qu’il suffise de s’installer pour réussir. De nouvelles fermes maraîchères s’installent chaque année, d’autres cessent leurs activités.

Temps de lecture : 6 min

Dans le SB du 23 décembre 2021, nous avions abordé la gestion quotidienne de la main-d’œuvre. Voyons quelles autres difficultés sont à surmonter pour s’installer en maraîchage, quels atouts peuvent être valorisés. Le SB du 13 janvier nous présentait un exemple de structure à fonctionnement coopératif ; il ressort à nouveau de ce reportage que le poste de la main-d’œuvre est le plus important.

Rationaliser… … le temps de travail

La charge de travail dépend de l’organisation de l’entreprise, bien sûr. Nous observons des besoins de l’ordre de 2.500 heures par ha et par an pour une organisation individuelle. Avec 10 % de la surface sous serre maraîchère et vente directe ou par paniers, les besoins en surface d’une famille de maraîchers peuvent approcher les 1,5 ha à 2ha – c’est un ordre de grandeur. N’oublions pas que les besoins en travail sont plus importants d’avril à novembre. La période hivernale peut être mise à profit pour l’entretien des structures et des machines, pour les formations et pour organiser la communication auprès de la clientèle.

Les pointes de travail saisonnières sont importantes et sont liées aux plantations, aux désherbages surtout, et aux récoltes. Nous avons intérêt à en tenir compte en privilégiant les investissements permettant de réduire ces besoins saisonniers.

… l’organisation et les machines

De bons semoirs et de bonnes planteuses permettant une implantation précise et à bon écartement permettent de gagner du temps et de réduire les surfaces nécessaires. Le semoir doit être suffisamment lourd pour assurer une bonne implantation des semences et un bon plombage de la ligne de semis.

Pour les plants à repiquer, il ne faut pas nécessairement produire tous ses plants soi-même. Pas mal d’espèces demandent des apports importants en chaleur, les machines de production des mottes sont coûteuses si elles ne servent que peu d’heures par an.

Avec la météo de chez nous, plusieurs machines doivent être disponibles très rapidement pour maîtriser au mieux l’enherbement  : bineuses précises, herses de plusieurs types pour les cultures implantées et aussi pour les faux-semis. En période de pluies répétées, nous n’avons parfois qu’une journée convenable pour réussir un désherbage mécanique. Rater cette opportunité peut amener un travail considérable de rattrapage. La combinaison avec le désherbage thermique est souhaitable. Si les services d’entrepreneurs sont accessibles rapidement, c’est probablement la meilleure solution pour disposer de machines performantes. Dans le cas contraire, l’achat en commun ou seul sont d’autres solutions. N’attendons pas d’être débordés pour faire nos choix.

Disposer de récolteuses spécialisées pour une large gamme de cultures est impossible. Nous devons choisir à la fois les cultures que nous produisons et les machines nécessaires pour réduire les besoins en main-d’œuvre.

L’achat en commun de matériel et la rationalisation de la production en se limitant à quelques espèces maraîchères sont deux manières de mieux gérer sa ferme maraîchère et d’optimaliser les charges financières et de ressources humaines.

Une planteuse ne sert qua quelques jours par an. De plus, son fonctionnement  nécessite l'intervention de plusieurs opérateurs. L'achat et l'emploi  en commun avec d'autres producteurs peut se justifier.
Une planteuse ne sert qua quelques jours par an. De plus, son fonctionnement nécessite l'intervention de plusieurs opérateurs. L'achat et l'emploi en commun avec d'autres producteurs peut se justifier.

Les premiers pas

En souhaitant s’installer, le candidat maraîcher ne part pas de rien. Il a ses atouts, ses bagages de connaissances. La démarche vers l’installation peut se faire progressivement en profession accessoire d’abord ou en passant d’emblée en fonction principale. Mais l’équilibre économique n’arrive pas nécessairement dès le début de l’activité, il se fera attendre quelques années, le plus souvent entre 5 et 10 ans.

Les atouts à mettre en évidence comprennent les liquidités, la disponibilité de terrains convenables, l’accessibilité pour la clientèle, les partenariats avec des structures complémentaires, la compétence, les connaissances.

Il peut être tentant de commencer très petitement. En soi, cela peut paraître raisonnable, mais une certaine taille est nécessaire pour faire vivre une famille. Nous avons aussi besoin de surfaces libres, en sus des surfaces maraîchères, pour assurer une certaine rotation.

Parmi les atouts du candidat maraîcher, l’aptitude à entretenir et réparer son matériel est importante comme en agriculture en général. Les machines sont coûteuses, en les entretenant bien, nous pouvons augmenter leur durée de vie et leur valeur de revente. Les protéger des intempéries fait partie de l’entretien.

La capacité de gestion n’est pas innée. Des formations sont organisées régulièrement par les services officiels et les organisations agricoles. Elles sont par ailleurs requises pour espérer l’accès à certaines aides publiques.

Gérer, c’est prévoir. La gestion de la production implique la planification des travaux de A à Z, avec les quantités de légumes souhaités pour chaque période de production, le calendrier des semis, les surfaces requises pour chaque légume, un plan permettant la rationalisation de l’accès aux différentes parcelles.

La gestion financière permet la planification des dépenses et investissements. Elle concerne des matières un peu différentes mais elle est très comparable à la gestion financière des fermes d’élevage et de grandes cultures. À nouveau, des formations performantes sont dispensées chez nous.

Le plan des parcelles et le registre de production sont nécessaires pour permettre la traçabilité. Les informations sont disponibles sur plusieurs sites officiels, dont celui de l’Afsca. N’hésitons pas à questionner également les Unités Locales de Contrôle de la même agence.

Il est difficile de produire une très large gamme de légumes différents. Des choix sont  nécessaires pour permettre l'emploi de machines pour soulager le besoin en main-d'œuvre.
Il est difficile de produire une très large gamme de légumes différents. Des choix sont nécessaires pour permettre l'emploi de machines pour soulager le besoin en main-d'œuvre.

Le site production

Nous n’avons pas toujours le choix du site de production. Bien que le nombre de fermes soit en diminution alarmante, la terre reste rare et son accès malaisé.

La conséquence est qu’il faudra souvent patienter qu’une opportunité apparaisse, que ce soit en faire-valoir direct (achat) ou indirect (location).

La localisation est importante pour être proche de son habitation et proche des marchés. Chez nous, les distances sont souvent assez réduites.

La qualité des sols est importante. Elle peut être améliorée pour sa composition chimique et le drainage. Ces améliorations sont coûteuses et peuvent être amorties sur la durée d’occupation. La composition physique, la planéité et l’orientation sont plus difficilement modifiées.

Nous devons tenir compte des possibilités d’approvisionnement en eau et en énergie pour assurer les irrigations et le chauffage en cas d’élevage des plantules sur place.

Nous sommes parfois amenés à étudier les possibilités d’emploi en maraîchage d’une parcelle abandonnée depuis plusieurs années. Avant d’aller plus loin dans les démarches, nous devons connaître les raisons de cet abandon. Toutes les situations sont possibles, depuis un manque de fertilité ou une susceptibilité aux inondations ou la sécheresse jusqu’à une pollution historique du site. Il y a heureusement des cas plus simples avec une possibilité réelle de cultures maraîchères après avoir pu maîtriser l’enherbement. Le travail de décompaction et de désherbage peut prendre une année.

La présentation des fruits de la récolte est importante pour dynamiser les ventes.
La présentation des fruits de la récolte est importante pour dynamiser les ventes.

Mais encore…

Le portail de l’agriculture wallonne du SPW (agriculture.wallonie.be/de-

venir-agriculteur-le-parcours-d-instal-

lation) nous renseigne sur le parcours d’installation en agriculture ou en horticulture. Les demandes de permis, l’inscription à la Banque Carrefour des Entreprises et à une caisse d’assurance sociale y sont expliquées. D’autres démarches suivent l’installation, comme la demande d’un numéro de partenaire et les formalités administratives.

Le régime de TVA peut être choisi via les informations disponibles au Service Public Fédéral des Finances (finances.belgium.be/fr/entreprises/

tva/assujettissement-tva/regime-

agricole) et également avec l’aide d’un comptable.

F.

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