Voici venu le temps des «azotosceptiques»

Voici venu le temps des «azotosceptiques»

Il y a dix ans, on pointait du doigt les « climatosceptiques ». J’avais lu le livre de Claude Allègre : « L’imposture climatique » et dans la foulée, la réponse d’un journaliste de Libération : « L’imposteur, c’est lui ». Il y avait de quoi sortir perplexe de la confrontation littéraire mais il me semblait que le poids des arguments penchait davantage du côté de Claude Allègre. Professeur d’université, éminent géologue, ministre de l’Éducation nationale, c’était du lourd. Au fil des années, je me suis dit que, voyant les subsides glisser du camp des géologues, chercheurs de gisements fossiles, aux climatologues, prophètes du futur, il est possible qu’Allègre se soit laissé inconsciemment emporter par la défense de sa profession. Jean-Marc Jancovici a fini par porter l’estocade dans ma petite tête.

Alors, oui, la température de la planète augmente par la faute des gaz à effet de serre (GES), directement corrélés à l’activité économique, autant dire au niveau de vie. L’Homo sapiens en est responsable et fonctionne sur le modèle : « Ce n’est pas moi, c’est mon voisin ». Le politique promet l’envers et son contraire : la croissance économique aux uns, le Zéro Carbone aux autres. Le mot-clé pour contourner la difficulté s’intitule « transition énergétique ». Le carbone est l’autre mot-clé pour relier le tout : l’énergétique, le médiatique, la chimie organique et sert d’unité de référence puisqu’on raisonne les GES en équivalents CO2 qui retournent dans l’atmosphère.

Le GIEC est chargé de décortiquer le problème et de proposer des solutions. J’ai entendu sa représentante, dans 28 minutes sur Arte, indiquer qu’il faudrait planter 300 millions d’hectares de bois. Gloups ! Je sais qu’en Europe, en 25 ans, il y a 13 millions d’hectares de forêts en plus, et que dans le même temps, on a déforesté 11 millions d’hectares ailleurs dans le monde. La déforestation représenterait annuellement 10 % des GES. Moins de betteraves chez nous, plus de canne à sucre ailleurs, cherchez l’erreur. Pareil pour les biocarburants subsidiés chez nous avec de l’huile de palme importé en place du colza qu’on produisait. Un détail qui pèse un demi-million d’hectares en France.

Il est clair que produire moins chez nous pour mieux déforester ailleurs est une aberration. L’heure est venue de réhabiliter l’azote pour ce qu’il est vraiment : un élément essentiel à la vie. Sans azote, pas d’ADN, pas de protéines, pas de croissance. C’est le rapport carbone/azote qui pilote la vie dans les sols. Certes, il y a 50 ans, en agriculture, il y eut des erreurs, des dérives, du gaspillage. Les doses n’ont pas augmenté alors les rendements ont doublé. Les pionniers du bio s’en sont méfiés comme de la peste. Ils l’ont mis à l’index mais les abus d’hier ne justifient peut-être plus les dogmes d’aujourd’hui.

Reconnaître cette réalité rendrait parjure l’écologiste honnête qui nous lit car pour lui, l’azote minéral, c’est de « l’azote chimique de synthèse », une expression qui lui glace le sang. En fait, c’est de l’azote présent à hauteur de 78 % dans l’air qu’il respire chaque jour. Il se trouve que l’industrie le met sous forme solide ou liquide pour le rendre plus facile d’utilisation. C’est une réaction endothermique qui consomme de l’énergie : 6 kg d’équivalent CO2 par unité d’azote fabriqué, soit 1.110 kg de CO2 d’énergie investie pour fabriquer 185 unités d’azote. C’est donc négatif si on s’arrête là.

Pourtant, en termes de bilan, le raisonnement est totalement différent et très simple : en prenant les chiffres du Livre Blanc à Gembloux, les témoins sans azote font en moyenne 6 t de grains par hectare tandis que les blés recevant la dose recommandée font 10 t. En termes de biomasse, avec la paille et les racines, on multiplie par 2, ce qui fait 12 t de matières sèches pour le témoin, 20 t avec azote. On sait qu’une tonne de matière sèche fixe 1,5 t de CO2. Le calcul est vite fait : le témoin pompe 18 t de CO2, le traité azote 30 t. Du semis à la récolte, on considère que l’énergie consommée est de 0,7 t de CO2/ha dans les deux cas. Finalement, le témoin siphonne 18-0,7 soit +/- 17 t de CO2 alors que le traité azote siphonne 30 – 0,7 -1,1 (pour l’azote) soit +/- 28 t de CO2. Le grand gagnant environnemental est le champ fertilisé avec un différentiel de 10 t de CO2 fixé en mieux. CQFD.

L’agriculture a répondu aux attentes de la population pour ses besoins alimentaires, même si la reconnaissance du ventre n’est pas toujours au rendez-vous. Peut-elle espérer une quelconque reconnaissance pour le travail accompli au niveau du réchauffement climatique ? Faudra-t-il pointer les « azotosceptiques » pour non-assistance à planète en danger ? Le GIEC peut-il aider à reconnaître les mérites de l’agriculture dans ce sens ? Sans doute faudra-t-il du temps pour dédogmatiser ce qui relève de la dose plutôt que de l’élément.

JMP

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