Observatoire 2022 de la CBC : «un signal d’alarme pour le monde politique wallon»

Dans la ferme de Philippe Mélotte, à gauche, Bernard Keppenne a détaillé les résultats de  la grande enquête, menée par la banque CBC auprès de 300 agriculteurs représentatifs  de la population agricole wallonne.
Dans la ferme de Philippe Mélotte, à gauche, Bernard Keppenne a détaillé les résultats de la grande enquête, menée par la banque CBC auprès de 300 agriculteurs représentatifs de la population agricole wallonne. - M-F V.

L es résultats de cette grande enquête, menée au mois de mai dernier par le bureau Ipsos auprès de 300 agriculteurs représentatifs de la population agricole wallonne, ont été présentés par Bernard Keppenne, Chief Economist chez CBC, au cœur de la Ferme Mélotte à Lathuy (Brabant wallon).

Le secteur agricole au révélateur des nouvelles technologies

En 2019, le sondage avait porté sur l’importance des outils numériques et du digital, une dimension qui n’était pas encore spécialement bien intégrée dans le monde agricole. La question a dès lors été reposée en 2022.

Il en ressort que 6 agriculteurs sur 10 utilisent ces outils dans le cadre de leurs activités professionnelles, principalement au bureau (60 %) et sur le terrain via des GPS ou des pluviomètres connectés (29 %).

Comme en 2019, ce sont les opérations financières et bancaires, des formalités administratives et la recherche d’informations qui sont les principales motivations du recours au numérique.

« Sachant qu’ils auront de plus en plus besoin d’utiliser les nouvelles technologies dans leur secteur, c’est interpellant d’apprendre que 30 % d’agriculteurs n’y ont pas encore recours » a indiqué B. Keppenne qui met ce chiffre en corrélation avec la moyenne d’âge relativement élevée de la population agricole wallonne.

Quant à la question de savoir quels sont les freins à l’utilisation des outils numériques et des nouvelles technologies, c’est le coût (54 %), suivi de la complexité (48 %) et du temps (39 %) qui arrivent en tête.

Digital et environnemental, ticket gagnant

L’Observatoire révèle toutefois que les agriculteurs qui utilisent les nouvelles technologies y voient un impact positif en termes de durabilité de leur exploitation, sur ses trois piliers, environnemental (43 %), économique (32 %) et social (10 %).

« Il y a une véritable prise de conscience du monde agricole en terme environnemental » a relevé M. Keppenne, ajoutant que « notre Observatoire révèle un certain optimiste du secteur par rapport à cet enjeu. Seule une minorité d’agriculteurs wallons estiment que leur exploitation n’a pas d’avenir ou qu’elle ne pourra pas s’adapter ».

Si l’aspect environnemental est plébiscité, l’impact positif en termes économiques est avant tout au niveau de la réduction des coûts (55 %), de la mesure du prix de revient (47 %) et de la diversification des canaux de distribution (37 %). En termes de durabilité sociale, il s’agit avant tout d’optimiser les équipements pour faciliter le travail (74 %), mieux communiquer sur leur métier (71 %) et échanger de bonnes pratiques (63 %).

7 agriculteurs sur 10 qui utilisent des outils numériques pensent que les nouvelles technologies vont donc les aider à diminuer leur empreinte écologique. Cet impact positif se jouera au niveau d’une diminution d’utilisation des intrants (62 %), l’optimisation des équipements pour le bien-être animal (55 %) et la diminution de leur dépendance énergétique (54 %).

D’ailleurs, 1 agriculteur sur 4 qui utilise des outils numériques, a prévu des investissements technologiques dans les deux prochaines années (23 %), une tendance en hausse de 8 % par rapport à 2019.

Enfin, dans la même logique, 1 agriculteur sur 2 aimerait pouvoir estimer l’empreinte environnementale de son exploitation.

« Nous pouvons donc nous en réjouir et encourager au maximum le recours au digital » a constaté Bernard Keppenne puisque la majorité des agriculteurs pense que leur exploitation est capable de s’adapter aux défis énergétiques, climatiques et environnementaux actuels et à venir.

Crise sanitaire et … « douche froide »

L’Observatoire s’est penché sur les conséquences de la crise sanitaire. Si seuls 8 % des agriculteurs ont modifié leur modèle de production, 12 % des sondés ont changé leur mode de commercialisation en accroissant les ventes à la ferme pour 36 % d’entre eux, ou encore via des coopératives et sur les marchés.

Des changements dans leur manière de fonctionner qui ont poussé 4 agriculteurs sur 10 à se lancer dans des investissements financiers qui se sont avérés rentables pour 63 % d’entre eux.

« Il fallait oser prendre un risque » en a conclu B. Keppenne.

Ils sont un agriculteur sur deux à avoir par ailleurs ressenti un changement de comportement dans le chef des consommateurs qui se sont dirigés à 86 % vers les circuits courts en accordant moins d’importance au prix.

« Autre élément intéressant, les consommateurs ont plébiscité le bio » a poursuivi l’économiste de CBC.

Ces constats presque « idylliques » sont toutefois nuancés puisque trois quarts des agriculteurs ont constaté que ces comportements vertueux ne se sont malheureusement pas maintenus dans le temps.

« Une véritable douche froide et une déception à la hauteur des attentes des agriculteurs » a ponctué M. Keppenne.

Petite lueur d’espoir malgré tout, plus de la moitié des agriculteurs interrogés ont senti un changement positif dans le regard que posent les consommateurs sur le monde agricole. Là encore, cette tendance fut de courte durée.

« Voir disparaître les clients qui se pressaient aux points de vente à la ferme, cela a clairement laissé un sentiment d’amertume aux agriculteurs » a résumé M. Keppenne.

Questionnement autour de la viabilité des exploitations

Huit agriculteurs sur dix se sont déclarés « touchés » par les conséquences du conflit qui sévit aux portes de l’UE. L’agriculteur subit la hausse du prix des carburants, celle des intrants (de l’ordre de 30 % à 40 %) mais aussi leur pénurie.

« Selon le dernier rapport élaboré par le Groupe de réflexion de la Banque nationale de Belgique (BNB), l’agriculture est l’un des secteurs à avoir été frappé par la plus forte hausse des prix avec, qui plus, toute la difficulté de pouvoir la répercuter sur l’amont de la chaîne, même partiellement » a déroulé l’économiste de la CBC.

Pour une large majorité d’agriculteurs, cette hausse s’est répercutée sur leur activité en termes de diminution de rentabilité. Pire, pour 4 agriculteurs sur 10, cette crise remet en question la viabilité de leur exploitation.

Pour Bernard Keppenne, c’est tout simplement « un vrai signal d’alarme pour le monde politique wallon et une urgence à se réinventer pour les acteurs du secteur agricole ».

Marie-France Vienne

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