Foulard ou chiffon rouge pour les élevages hors-sol?

Foulard ou chiffon rouge pour les élevages hors-sol?

Autrement dit solidarité ou agressivité pour l’intensification de l’élevage ? L’agriculture en général, et l’élevage en particulier, se débat pour subsister. En face, certains consommateurs (donc des électeurs) se battent pour l’éliminer.

Il fut un temps où produire pas cher de la viande blanche était la panacée : du travail rémunérateur pour les petites fermes en Flandre, des assiettes bien remplies bien au-delà. Les temps ont changé, l’environnement s’est invité à la table du « bien vivre ensemble ». Ça fait débat, donc réglementation.

Puissent les experts (du bon sens) aboutir à des solutions raisonnables et viables pour tous. Il se trouve que j’étais justement dans une région « sensible » cette semaine caniculaire de mi-juillet où l’on invitait, dans la « Voix de la terre » du Sillon, à afficher un foulard rouge de solidarité aux éleveurs quand d’autres voient rouge dès qu’il y a un bâtiment d’élevage en campagne.

C’était dans le nord-brabant hollandais, des campagnes au niveau de la mer, à 100 km de la côte. Des petites fermes avec chacune un ou des bâtiments d’élevage hors-sol (porcs, volailles, vaches). Il faisait chaud mais je n’ai pratiquement pas senti d’effluves désagréables me taquiner les narines. J’étais pourtant à vélo dans ce pays où, justement, il y a plus de vélos que de voitures, où le réseau de « fietspad » est plus intensif que l’autoroutier.

L’atmosphère dans ces campagnes sentait le propre, le calme, la paix.

La ferme type, c’est bien entendu un grand bâtiment d’élevage, un ou des silos, parfois des panneaux photovoltaïques sur le toit, et devant, une jolie villa « quatre façades », avec souvent un toit de chaume de récente facture, un coin d’herbe pour des poneys, des daims ou quelques chèvres décoratives et toujours pas mal de fleurs.

Apparemment, l’équilibre règne entre des productions qui semblent rentables et un environnement fort agréable. En pédalant tranquillement, je repassais dans ma tête les clichés qui font débat chez nous. Les maisons quatre façades en campagne sont dans le collimateur des politiciens-citadins. C’est vrai qu’elles sont plus difficiles à isoler que celles en corons. Sur ce petit point, au niveau GES (gaz à effet de serre), petit avantage à la ville. Néanmoins, globalement, les campagnards produisent moins de GES que les citadins à qui il faut tout apporter par camion, et plus encore depuis l’e-commerce.

Question « viandes blanches », autre débat : les monogastriques produisent moins de méthane que les ruminants. Ok, vive les porcs et les volailles sauf que je n’imagine pas une seconde les politiciens (notamment bruxellois) interdire le mouton et obliger la population à manger du cochon. Entre nous, je ne sais pas combien d’années il faudra pour faire comprendre aux détracteurs des ruminants que le méthane ne reste pas éternellement dans l’atmosphère, contrairement au CO2. À nombre de vaches et de moutons équivalent, ce qui et relargué aujourd’hui ne fait que remplacer ce qui fut émis par les parents ou les grands-parents. Aucun impact climatique !

Autre observation : vu le niveau des eaux là-bas, il y a des canaux partout. S’il fallait laisser 6 m de tournière le long des ruisseaux, il n’y aurait plus de campagne, donc plus d’agriculteurs. Appliquer les nouveaux règlements de la Région wallonne en Hollande, ce serait condamner ce pays à devenir une vaste friche environnementale. Et si nos politiciens commençaient par boiser nos friches industrielles ?

Il est clair qu’il y eut des dérives dans l’intensification. Mais j’ai vu aussi là-bas des toits de hangar être aspergés par l’eau (qui ne manque pas) pour donner du confort aux vaches. C’est vrai qu’avec les robots de traite, ce n’est plus la vache qui va en prairie mais la prairie qui va à la vache. Pas sûr que ce soit négatif au niveau GES puisque tout est optimisé : fauche au meilleur moment, pas de refus et meilleure valorisation des effluents, mélangés à la paille en stabulation. Si pas, fournisseur d’énergie (électricité d’un côté, cendres PK de l’autre), comme cela peut se faire depuis 25 ans.

Dernier point : une plus grande concentration d’animaux qu’en liberté, si pas dans la forêt, au moins dans les alpages. Tout le monde ne peut pas avoir quelques poules au fond du jardin. Et puis, si, cet été, celles de Marc Assin ont été agressées par un renard, les miennes, à peu près en même temps, l’ont été par une fouine. Les citadins, de plus en plus nombreux à se concentrer dans les villes, devraient comprendre qu’un minimum de sécurité n’est pas nécessairement néfaste pour les animaux. Il faut savoir jusqu’où ne pas aller trop loin, dans un sens comme dans l’autre, à la ville comme à la campagne.

JMP

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