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S eaux S

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, puis celles-ci rejoignent les fleuves, direction la mer et l’océan. Ces jours derniers et faute de pluie – oups ! – les petits cours d’eau ne paient pas de mine, les fleuves non plus, les lacs et les étangs encore moins : au point de révéler au grand jour ce qu’ils avaient dans le ventre. Mais c’est sûr, nos oueds de cet été, asséchés façon désert africain, boiront bientôt avec avidité les précipitations qui s’annoncent et ne manqueront pas le rendez-vous de l’automne ! Les ruisseaux couleront comme avant et nos prairies humides refleuriront.

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Ici commence l’océan ! Une protection rapprochée s’impose… Le Code wallon de l’environnement promulgue des règles de base, rejointes par des directives de l’UE, des conseils, des aménagements, des contrôles… Un « S eaux S » est lancé tous azimuts, et les agriculteurs sont les premiers sollicités… comme d’habitude !

Ce matin encore, chaussé de souliers pantouflards, j’ai coupé au court à travers un marécage Natura 2000 asséché pour rejoindre une prairie où broutaient joyeusement nos génisses, tout étonnées de garder les sabots au sec et de déambuler entre les touffes de roseaux sans se mouiller les pattes. Une wateringue fut installée là voici des lustres, à grands frais paraît-il, sans avoir jamais été très entretenue par la suite. En 2022 – stop là camarade ! – il est interdit de drainer quoi que ce soit dans cette zone écologique prioritaire ; clôturer le ruisseau à un mètre de la crête de la berge est obligatoire. Il y pousse des orchidées, des fleurs rares, butinées par je ne sais quels papillons en voie de disparition.

Fort bien ! Ces êtres vivants ont le droit de (sur)vivre autant que nous, les humains. Cependant, et c’est un peu consternant, si les prairies alimentées par un ruisseau avaient autrefois une grande valeur, elles sont maintenant beaucoup moins intéressantes, car il est interdit aux animaux d’y avoir accès et de s’y abreuver. L’avantage d’hier est devenu une charge aujourd’hui. Sous l’Ancien Régime, au sortir des villages de Haute-Sûre, les parcelles bordées par des rivières avaient une valeur double ou triple des terres « sèches » situées sur les hauteurs, le plus souvent essartées et cultivées de loin en loin. L’inverse se vérifie aujourd’hui ! Les prairies humides sont beaucoup moins prisées, et les revenus qu’elles génèrent proviennent essentiellement des mesures agro-environnementales et climatiques et des aides Natura 2000. Autres temps, autres mœurs…

Ceci dit, nos cours d’eau méritent mille fois d’être protégés, il faut en convenir. Mais les plus grands dangers de souillure ne se situent-ils pas plutôt dans les zones fortement urbanisées et industrialisées ? Comme d’habitude, les pouvoirs dirigeants se sont dit que ces idiots de fermiers sont les plus grands coupables de la pollution aquatique, avec leurs vaches qui pataugent et se soulagent dans les rivières, les tracteurs qui labourent au plus près, pulvérisent des pesticides et épandent des engrais en veux-tu en voilà. C’est assez vexant pour notre profession. Pourquoi se croient-ils sans cesse obligés de nous infantiliser et nous culpabiliser ? Les éleveurs ont toujours clôturé les marécages et les bords de ruisseaux, sources de parasites et de maladies pour le bétail. Nous ne sommes pas complètement stupides…

Mais en faire toujours davantage, ce n’est jamais assez ! La nouvelle réforme de la politique agricole commune impose des bonnes conditions agricoles et environnementales et propose des éco-régimes, censés relever d’un ou plusieurs crans la protection rapprochée dont bénéficient nos petits cours d’eau. Parmi le catalogue de propositions, une mesure a retenu mon attention. Elle demande d’installer des cordons rivulaires, de planter des arbres le long des ruisseaux. En fait, j’applique déjà cette idée depuis vingt ans. Il suffit de planter des baguettes de saule blanc, et en deux ou trois ans, une belle végétation argentée se développe et prospère dans la zone humide. Leur rapidité de croissance est sidérante ! Les saules produisent des quantités de bois de chauffage en quelques années, à l’heure où le prix des combustibles s’envole vers des hauteurs stratosphériques. De plus, les rangées de saules constituent des haies fourragères appréciées par le bétail, surtout aux temps chauds ; brouter du feuillage vert change de mâchouiller tristement des herbes folles et du gazon poussiéreux !

Elle semble bien lointaine, l’époque où la politique agricole commune encourageait une productivité débridée, afin de nourrir une population affamée par les guerres du 20ème  siècle ! L’Europe peut aujourd’hui se payer le luxe d’octroyer des primes pour encourager des pratiques extensives, afin de protéger son environnement, de veiller sur ses cours d’eau avec la jalousie d’une mère poule qui craint pour la survie de ses poussins. La Wallonie a pris le relais à bras-le-corps, car ses sources, ses ruisseaux et ses rivières constituent sa plus grande richesse. Ce serait trop bête de gaspiller notre or bleu à nous, qui risque fort de devenir un jour impayable, à l’image du pétrole et du gaz naturel des cousins russes.

Lancer des « S eaux S » dans toutes les directions se justifie pleinement. Encore faudrait-il mieux cibler les véritables pollueurs des rivières et des fleuves ! Les agriculteurs, encadrés et fort surveillés, assumeront sans problème leur part de boulot, plutôt bon gré que mal gré. Quant aux autres…

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