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Un rendement brut autour de 40 t/ha pour les variétés de pommes de terre de conservation

Les rendements bruts finaux des principales variétés de conservation en Belgique sont inférieurs aux valeurs normales, les baisses variant de 14 % en Bintje à 24 % en Challenger. Innovator présente une diminution encore plus marquée. Combinés à une légère hausse des surfaces, ces rendements vont mener à une diminution de la production belge de l’ordre de 15 % par rapport à 2021. Les kilos manquent donc, par contre la qualité est bien présente, tant technologique (hormis le calibre) que sanitaire.

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L’année 2022 contribue à confirmer une réduction progressive des rendements en culture de pomme de terre en Belgique. Les chiffres historiques de Bintje le montrent : son rendement moyen sur la 1ière décennie du 21e siècle était de 51,3 t/ha ; il est de 44,0 t/ha sur la seconde décennie… Et les performances de Fontane indiquent les mêmes tendances puisque depuis 2017 les top-rendements n’ont plus été atteints…

Il apparaît donc clairement que, avec le changement climatique, nos variétés ne parviennent plus que rarement à exprimer leur potentiel, du moins en culture sans irrigation.

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Bintje : -14 %

Bintje clôture à un rendement moyen brut de 36,2 t/ha, avec une énorme variation entre 20 et 50 t/ha. La parcelle la plus basse (20 t/ha) se situe en Wallonie dans le centre du pays où le déficit hydrique est le plus marqué (source : IRM). La moyenne des 7 parcelles en Wallonie est d’à peine 32 t/ha, contre 40 t/ha en Flandre où 2 parcelles (sur 8 dépassent 45 t/ha. La moyenne pluriannuelle belge (5 ans) est de 40 t/ha, et la moyenne historique (20 ans) est de 47 t/ha.

Avec en moyenne 62 % de 50 mm+ (soit 24 t/ha), la proportion belge de gros calibre est restée inférieure à la normale par manque d’eau. 1 seule parcelle (sur 7) en Wallonie dépasse la norme de 60 %. Le PSE moyen s’établit à 414 g/5kg, variant confortablement entre 371 et 451 g/5 kg.

La tare pomme de terre est quasi absente. Par contre le rejet est apparu au retour des pluies sur une série de parcelles. Il a été évalué sur les parcelles en Flandre, avec 7 parcelles sur 8 montrant du rejet, le plus souvent entre 10 et 20 %, avec une moyenne de 11 % (proportion de tubercules primaires avec symptôme de rejet. Le principal symptôme observé étant la formation de germes et de tiges feuillées, ce qui peut compliquer le défanage et l’induration de la peau des tubercules.

L’indice friture observé reste néanmoins excellent (moyenne belge de 1,91).

La sensibilité aux coups bleus a été évaluée sur les lots de Flandre. L’indice moyen s’élève à 290 (sur une échelle de 0 à 400 où 0 = non sensible aux bleus et 400 = très sensible). C’est une valeur très élevée liée d’abord aux hauts PSE. La moyenne pluriannuelle est de 143 (pour un PSE moyen de 381 g/5 kg). Les échantillons cette année sont donc plus sensibles que la « normale ».

Innovator : -35 %

6 parcelles en Wallonie ont été prélevées fin août par la Fiwap et le Carah. Au retour des pluies début septembre l’essentiel du feuillage était largement sénescent.

Le rendement final atteint seulement 30 t/ha. C’est 35 % de moins que l’an dernier, et 29 % de moins que la moyenne sur 5 ans. La part de gros calibre atteint 74 % (soit 22,2 t/ha de 50 mm+), en retrait également par rapport aux années récentes (sauf 2019). Innovator a malheureusement une nouvelle fois montré sa faible résilience à la sécheresse. Vu le faible nombre de parcelles on prendra ces chiffres avec prudence, les échos de terrain relayant des résultats meilleurs que ces chiffres. Le PSE est correctement élevé (sans excès). La tare pomme de terre est quasi absente et la cuisson friture excellente (indice moyen de 1,34, variant de 1,00 à 2,05).

Le point sur les pommes de terre de consommation

La collaboration étroite Fiwap/Carah/PCA/Inagro/PIBO/Autorités flamandesa permis de suivre en culture 86 parcelles dans 6 variétés choisies selon leur représentation dans les surfaces belges de pomme de terre de consommation. Selon la variété, l’échantillonnage a eu lieu de 2 à 6 fois en cours de période de croissance. Au total, environ 350 prélèvements ont été réalisés.

Il y a 6 ans, la répartition variétale était plus large et les risques étaient ainsi mieux répartis.

Les chiffres définitifs de la production 2022 confirment des rendements finals moyens en hâtives, et inférieurs à la moyenne pluriannuelle en variétés de conservation.

Variétés hâtives Amora et Sinora

Les plantations ont pu démarrer vers le 20 mars pour être interrompues début avril et se terminer mi-avril. Les dates moyennes sont plutôt précoces : 31 mars pour Amora, et 7 avril pour Sinora.

Le début de saison a rapidement été sec et doux. La moitié des parcelles suivies ont été irriguées. Début juillet et mi-juillet les échantillonnages ont montré des rendements « normaux », avec 6t/ha de plus sur les parcelles irriguées par rapport aux parcelles sèches. Puis la sécheresse prolongée a mené au report continu des arrachages pour « laisser grossir ». Début août le rendement moyen en Amora s’élevait à 39 t/ha (comparable à la « normale », avec 13 t/ha de plus sous irrigation. Son PSE a grimpé continuellement pour terminer à 408 g/5 kg. Sinora a atteint 33 t/ha mi-juillet, puis la croissance a été freinée par la sécheresse pour terminer à 35 t/ha début août – inférieur à la normale (40 t/ha), avec un calibre correct de 79 % de 50 mm+

La culture et la récolte en bref pour les variétés de conservation

Après une période fraîche et humide début avril les plantations de variétés de conservation se sont déroulées de manière suivie principalement entre le 10 avril et début mai dans des conditions de structure de sol plutôt bonnes et progressivement de plus en plus sèches.

Ces conditions ont ralenti les levées, avant qu’une période très poussante (retour de pluies fin mai et températures douces) ne vienne accélérer la croissance. Les cultures ont ainsi pris de l’avance dans leur développement, avant que la sécheresse ne s’installe. La longue période sans pluie s’est prolongée jusque début septembre, avec des épisodes caniculaires exceptionnels (températures records ponctuellement en août).

Les différences de tolérance à la sécheresse/chaleur entre variétés se sont marquées : Innovator et Bintje sont entrées précocement en sénescence et ont été fortement affectées dans leur rendement, voire dans leur calibre (Bintje). Le feuillage de Challenger et Fontane (variétés plus tardives) a mieux résisté, et ces variétés ont été capables de reprendre une certaine croissance en septembre (surtout Fontane).

Les hautes températures ont entraîné, au retour de pluies en septembre, du rejet modéré en variétés sensibles (Bintje, Markies) mais sans conséquences à grande échelle pour la qualité.

L’arrêt prolongé de croissance en juillet et août n’a quasiment pas permis l’application d’hydrazide maléique, ce qui laisse présager une maîtrise plus difficile de la germination en stockage. D’autant que les sommes de températures élevées en culture se traduisent généralement par un repos végétatif plus court.

Une constante pour toutes les variétés : des PSE qui s’envolent tant que la météo reste sèche, avec des records observés à plus de 500 g/5 kg en Challenger et Fontane. Les pluies en septembre ont heureusement pu faire baisser ces valeurs de 25 à 40 g/5 kg, du moins sur les plantes encore suffisamment actives. Autres constantes : un taux de tare pomme de terre très bas, et une excellente qualité de friture. Ces 3 critères (PSE élevé, faible tare et qualité de friture) favorisant le rendement de transformation en usine.

Les défanages sont intervenus relativement tard en septembre (pour laisser venir encore quelques kilos). Grâce aux pluies importantes de septembre (80 à 150 mm sur tout le pays) les conditions d’arrachage sont redevenues très bonnes. La récolte s’est poursuivie facilement et quasiment sans arrêt à partir du 20 septembre. Au 15 octobre on estimait qu’environ 75 % des surfaces étaient récoltées.

Le rendement brut sortie champ des pommes de terre de conservation en Belgique se situe ainsi autour de 40 t/ha, avec une énorme variation entre (sous-) régions et entre variétés.

Fontane : devenue majoritaire en Belgique, elle a atteint un rendement brut à peine correct (40 t/ha contre 49 t/ha en moyenne pluriannuelle), un calibre un peu faible, et un PSE élevé. Elle n’a progressé que de 8 t/ha entre mi-juillet et début septembre, puis 3 t/ha sont venues tardivement se rajouter au retour des pluies, grâce à la bonne résilience du feuillage.

Challenger : elle a atteint un rendement moyen de 38 t/ha (tous calibres), alors que la moyenne pluriannuelle est de 50 t/ha. Mais elle a surtout été pénalisée par un trop grand nombre de tubercules par plante qui laisse le pourcentage de gros calibres à seulement 54 % ! Son PSE parfois excessif a pu baisser avec le retour des pluies mais reste très (trop) élevé.

Innovator a été pleinement pénalisée par la sécheresse. Sa précocité ne lui permet pas de tenir son feuillage assez longtemps sans eau et sous les températures élevées, tandis que le faible nombre de tubercules par plante pénalise plus vite le rendement dès que la croissance n’est pas au rendez-vous. Innovator reste donc une variété très risquée dans nos conditions de culture sans irrigation.

Bintje : elle a atteint un rendement faible (voire correct) en moyenne, mais avec une énorme hétérogénéité. Sa sensibilité aux rejets (provoqué par les hautes températures suivies de pluies conséquentes) la rend risquée compte tenu du changement climatique. Bintje atteint 36 t/ha cette année (contre 42 t/ha de moyenne pluriannuelle), avec un calibre à peine correct et un PSE confortable.

D’après le Centre Pilote Pomme de terre

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