Suivi de terrain avec les SIE fixatrices d’azote

Depuis la mise en place de la Politique Agricole Commune 2014-2020, des changements ont été opérés dans le système de rétribution des aides agricoles avec notamment les notions de « paiement vert » ou « verdissement ». L’objectif affiché est de soutenir financièrement les agriculteurs dans l’utilisation de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.

C’est dans ce cadre que sont apparues les surfaces d’intérêt écologique (SIE) à implanter sur des terres arables. Parmi celles-ci, l’utilisation de SIE fixatrices d’azote (voir ci-joint) permet aux agriculteurs qui l’utilisent de produire une quantité non négligeable de fourrages de qualité. D’autres SIE peuvent également servir à cette fin telles que les bandes en bordure de champs ou encore les cultures dérobées (couverts hivernaux, intercultures).

Afin d’atteindre les 5 % de terres arables couvertes en SIE, l’agriculteur peut choisir une ou plusieurs de celles-ci avec pour chacune d’entre elles un coefficient multiplicateur qui varie en fonction de son importance. Par exemple, le coefficient de la SIE « culture fixatrice d’azote (voir ci-dessous » est de 1. C’est-à-dire que chaque ha déclaré avec ce type de SIE peut être pris en compte comme tel.

Suivi de terrain sur la zone du Parc naturel Haute Sûre Forêt d’Anlier

Depuis le début du projet européen Leader baptisé « Agriculture en transition » porté par le GAL Haute-Sûre-Forêt d’Anlier, l’asbl Fourrages Mieux a réalisé le suivi de quatre parcelles chez des élevages allaitants :

– une parcelle de luzerne pure, suivie en 2017 ;

– deux parcelles de luzerne + trèfle blanc, implantées en 2017 et suivies en 2018 et 2019 ;

– une parcelle de luzerne + dactyle, suivie en 2018 et 2019.

Lors du changement de législation en 2017, l’asbl Fourrages Mieux a pu conseiller le mélange de luzerne et trèfle blanc afin de permettre à la luzerne de rester « propre » plus longtemps. En effet, une luzerne pure demande beaucoup plus d’attention qu’une luzerne en mélange pour ne pas disparaître et laisser des vides qui seront occupés par des adventices. Dans le mélange conseillé, lorsque la luzerne disparaît, c’est le trèfle blanc qui prend la place.

En 2018, les rendements quantitatifs (kg MS/ha) ainsi que les valeurs alimentaires ont été mesurés pour chaque coupe en frais (tableau 1). Des mesures sur fourrages conservés ont également été réalisées (tableau 5). Une prairie riche en trèfles mais non déclarées en SIE ainsi que des résultats d’essai en ray-grass d’Italie (implanté à Michamps) sont également présentés en guise de comparaison.

 Des fourrages en quantité !

La prairie temporaire et le ray-grass italien étaient dans leur 2e année d’exploitation. La luzerne pure était pour sa part dans sa 4e et dernière année d’exploitation (2017). Quant aux trois autres parcelles comprenant de la luzerne, il s’agissait de leur première année de pleine production.

En ce qui concerne la fertilisation, le Ray-grass italien a reçu 210 N/ha tandis que la prairie temporaire a reçu 15 tonnes/ha de fumier composté avant la 1ère coupe et 15 m³/ha de lisier entre la 1ère et la 2e coupe. La parcelle de luzerne/dactyle implantée fin 2017 n’a pas reçu de fertilisation en 2018.

On observe les rendements annuels (tableau 1) fluctuent entre 10 et 12,5 t MS/ha sauf pour la parcelle A et le RGI qui sont plus faibles. Pour la parcelle A, ces moindres rendements sont dus à une moins bonne implantation du mélange suite à un mauvais nivellement du sol lors de la reprise du labour et un salissement du couvert (rumex et cardamines) dès la levée. Il faut également préciser que la 1ère coupe du mélange luzerne + dactyle contenait une proportion non négligeable de repousses d’escourgeon.

Il est intéressant de constater au vu des rendements liés aux différentes coupes que les mélanges à base de légumineuses ont bien résisté à la période de sécheresse contrairement aux espèces plus sensibles comme le ray-grass italien.

 Des fourrages riches en énergie et en protéine

Sur le plan des valeurs alimentaires, il est intéressant de noter (tableau 2) que les teneurs en énergie (VEM) des légumineuses pures sont très bonnes malgré l’absence de graminées. Les valeurs en matières azotées totales (MAT) et protéines digestibles dans l’intestin (DVE) sont également excellentes, ce qui confirme une fois de plus l’intérêt des légumineuses fourragères dans la production de protéines alimentaires.

Les deux valeurs moins élevées en 1ère coupe pour le mélange luzerne + dactyle et pour la parcelle A de luzerne/trèfle blanc s’expliquent par la présence de repousses de céréales pour le premier mélange et par la présence d’adventices annuelles et vivaces pour le second mélange.

L’ensemble de ces valeurs est tout de même à relativiser car elles peuvent varier à la hausse ou à la baisse en fonction, notamment, de la date de fauche ou encore de la météo. La qualité finale peut également subir de fortes baisses si la conservation des fourrages n’est pas optimale.

Le ray-grass italien présente quant à lui des valeurs alimentaires très bonnes en 1ère coupe et plus faibles que les 5 autres mélanges en 2e et 3e coupes. Cette différence s’explique notamment par le fait qu’un ray-grass italien stressé par une forte chaleur (été 2018) a tendance à monter en épi plus rapidement. En découle une baisse des valeurs alimentaires.

 Des teneurs plus élevées en calcium

Pour le calcium (tableau 3), les teneurs des mélanges composés uniquement de légumineuses sont deux à quatre fois plus élevées que le ray-grass italien seul. Ces chiffres permettent d’expliquer les besoins élevés de ces plantes en calcium ainsi que leur avantage nutritionnel indéniable.

 Des quantités d’énergie et de protéine produites importantes

Le tableau 4 met en évidence la production totale annuelle de chaque mélange fourrager analysé. Les rendements en énergie sont exprimés en millier de VEM par ha et les rendements en MAT et en DVE sont exprimés en kg par ha.

Les rendements des SIE présentés ici peuvent être considérés comme bons voire très bons comparés aux rendements d’une prairie temporaire riches en légumineuses. Les apports en énergie et protéines sont largement supérieurs à ceux d’un ray-grass italien pur qui, en conditions séchantes, voit sa croissance fortement réduite.

 Un coup d’œil sur les fourrages conservés

Ces différents fourrages ont été analysés en fin de saison afin d’être certain que plus aucune fermentation ne puisse altérer la stabilité des valeurs alimentaires (tableau 5).

Tous ces fourrages sont de bonne qualité alimentaire pour un rendement correct voir élevé au regard de la situation météorologique 2018. Particulièrement le foin de luzerne/dactyle qui équivaut ici à un bon ensilage en termes d’énergie et de protéine.

Bon à retenir

Au final, nous pouvons dire que l’évolution de la législation SIE et les possibilités offertes par celle-ci dans le choix des mélanges fourragers permettent aujourd’hui de produire, grâce à certaines de ces SIE, un fourrage à la fois qualitatif et quantitatif.

Obtenir un fourrage riche en énergie, en protéines et en minéraux tout en respectant les législations en place sans pour autant que celles-ci ne soient contraignantes pour l’agriculteur, c’est l’objectif réalisable grâce à la SIE « culture fixatrice d’azote ». Pour toute question concernant cette SIE ou l’implantation d’une luzernière : asbl Fourrages Mieux au 061/210.836 ou info@fourragesmieux.be.

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