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Les PPP des uns et des autres

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Régulièrement, le Service public de Wallonie – Agriculture, Ressources naturelles et Environnement publie de nouvelles fiches informatives relatives à l’état de l’environnement dans notre Région. La dernière en date, intitulée « Utilisation des produits phytopharmaceutiques (PPP) par les ménages », est riche d’enseignements… et rappelle à tout un chacun que les agriculteurs ne sont pas les seuls utilisateurs de PPP.

En chiffres, ladite fiche nous apprend que 53 % des ménages wallons ont utilisé des PPP dans leur jardin au cours de l’année 2022. Parmi ceux-ci, 10 % avaient exclusivement recours à ce type de produits, tandis que 43 % les combinaient à des méthodes alternatives, contre 23 % seulement en 2019. Cela témoigne, et on ne peut que le saluer, d’un changement de pratiques dans le chef des citoyens, en faveur de l’environnement.

Par ailleurs, 21 % des ménages ne se tournent que vers les méthodes alternatives tandis qu’ils sont 26 % à ne recourir ni à celles-ci, ni aux PPP pour assurer l’entretien des jardins et autres terrasses et allées de garages.

Ce recours accru aux techniques alternatives est d’autant plus louable que les autres chiffres relevés par le SPW ne plaident pas toujours en faveur des utilisateurs « amateurs ». On apprend, en effet, que 10 % des ménages se fournissent (illégalement) chez des agriculteurs (contre 5 % en 2019) ; que les particuliers, bien qu’ils lisent majoritairement les étiquettes, ont une connaissance variable des pictogrammes de danger ; et, enfin, que l’utilisation de PPP par nos concitoyens n’est pas toujours responsables (recours non systématique aux divers équipements de protection). Enfin, pas moins de 42 % des utilisateurs « amateurs » n’adoptent pas une gestion correcte des déchets et emballages de PPP.

Ces chiffres ne peuvent qu’interpeller les agriculteurs, eux qui doivent disposer d’une phytolicence, faire montre de la plus grande prudence, évacuer leurs emballages et PPNU dans les règles de l’art ou encore faire usage de buse anti-dérive et respecter diverses zones tampons.

Certes, les produits et doses employés par les professionnels et les amateurs ne sont pas les mêmes, mais un sentiment d’interrogation domine. Ne serait-ce pas « deux poids, deux mesures » ? Si les agriculteurs font l’objet de nombreuses campagnes de sensibilisation, celles à destination des amateurs se font rares… alors que ceux-ci ne sont pas les meilleurs élèves.

De l’aveu même des autorités wallonnes, les objectifs ciblant les ménages du Programme wallon de réduction des pesticides 2018-2022 n’ont pas été atteints. Ceux-ci prônaient une « utilisation responsable et raisonnée des PPP » par les ménages et devront être poursuivis dans la nouvelle mouture du Programme couvrant la période 2023-2027. Alors que d’importants moyens sont débloqués chaque année pour sensibiliser des utilisateurs formés, attentifs et expérimentés, ne serait-il pas temps de consacrer un budget supplémentaire aux amateurs ? Ne faudrait-il pas avoir recours à un étiquetage simplifié et plus facilement compréhensible ? Ne faudrait-il pas créer une phytolicence « amateur », à l’instar du permis de détention d’animaux ? Ne faudrait-il pas informer davantage quant au recours aux équipements de protection ?

Autant de pistes qui, à l’heure actuelle, ne semblent pas être envisagées par nos autorités ; celles-ci, semble-t-il, préférant cibler une profession en particulier. Ce n’est pourtant qu’en agissant auprès de l’ensemble des utilisateurs, du plus petit au plus grand, que la Wallonie atteindra ses objectifs de moindre utilisation de produits phytopharmaceutiques. Encore faut-il se doter des outils permettant d’y parvenir…

J. Vandegoor

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