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Et si nous réalisions des ados ou des buttes au potager?

Les SB du 20 octobre et du 3 novembre présentaient des travaux que cet automne particulier nous permet de réaliser. Les sols sont loin d’être gorgés d’eau et peuvent être travaillés sans trop de complications. Il faut surtout s’interdire de compacter la terre en travaillant en conditions humides. Souvenons-nous que si nous triturons la terre gorgée d’eau, celle-ci pourra devenir dure comme de la brique lorsque le printemps reviendra.

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L es récoltes de l’automne laissent progressivement des emplacements libres. Il est maintenant trop tard pour implanter des engrais verts, ils n’auraient plus le temps de se développer. Nous pouvons pourtant prendre des mesures pour préparer déjà les travaux du printemps prochain. Plusieurs techniques sont possibles parmi lesquelles le bêchage d’automne ou au contraire le non-bêchage assorti d’un paillage protecteur.

Dans certaines situations, il peut être intéressant de choisir une autre technique : constituer des ados ou des buttes pour l’hiver.

De quoi s’agit-il ?

Au fur et à mesure que les surfaces sont libérées par les récoltes d’automne, nous constituons des ados séparés entre eux par une tranchée étroite et de faible profondeur. La terre des tranchées est transférée sur les ados dont la hauteur monte légèrement suite à ces apports. Nous pouvons en profiter pour incorporer du compost ou du fumier qui sera recouvert d’une faible épaisseur de terre. Ces matières organiques poursuivront leur décomposition sous protection de terre. Le faible enfouissement est propice à la bonne oxygénation du processus. Ces ados resteront en place au moins jusqu’au printemps prochain.

Nous aurons alors la possibilité de les laisser en place, de ratisser légèrement la surface pour semer ou pour planter les légumes de printemps. Dans cet objectif de précocité, choisissons un endroit du potager qui bénéfice d’un bon ensoleillement.

Pour l’organisation du potager, il est souhaitable de dimensionner les ados pour avoir une largeur constante par ados. Cette largeur peut être de 1,2 à 1,5 m de largeur pour les ados, d’axe en axe, et une largeur de 0,2 à 0,3 m pour les tranchées.

La profondeur de la tranchée d’une quinzaine de cm n’impose pas de technique particulière. Plus simplement, nous pouvons aussi constituer les ados et leurs tranchées en des dômes adoucies. C’est très stable, cela facilite les choix d’espacements différents entre lignes de semis et demande moins d’effort de mise en place.

Nous pourrons décider ensuite de laisser les ados en place pour une période de plusieurs années et de cultiver de manière continue sur les ados. Au contraire, une autre possibilité sera de démonter les ados après la première culture de printemps et de remettre le sol à plat.

Les ados préparés avant l'hiver resteront en place au moins jusqu'au printemps.
Les ados préparés avant l'hiver resteront en place au moins jusqu'au printemps.

Dans quelles situations est-ce une technique intéressante ?

La surface des ados est légèrement remontée grâce aux apports de la terre des tranchées. Ils se ressuient plus rapidement après les pluies. L’effet de drainage latéral des tranchées renforce encore l’évacuation rapide des eaux après de fortes pluies. Les semis et les plantations de printemps peuvent donc être réalisés plus tôt en saison et en de bonnes conditions . Ces avantages seront surtout appréciés en terrains humides et à drainage naturel pauvre.

Les terrains à forte teneur en argile sont travaillés plus facilement avant l’hiver, cette technique leur convient généralement bien.

La constitution des ados est moins énergivore que le bêchage intégral, le travail du jardinier est facilité. Les matières organiques issues des composts et fumier ne sont enfouies que très légèrement ce qui favorise la poursuite de leur décomposition en conditions de sol bien aéré. C’est favorable pour une bonne formation de l’humus et pour la vie dans le sol.

Rien n’empêche de compléter le travail par un paillage de surface pour protéger le sol de l’effet de battance des pluies et contre l’envahissement par des herbes sauvages durant le repos hivernal. Notons que le paillage sera préférentiellement constitué de débris végétaux provenant de notre propre jardin. Les broyats de branchages fins, les feuilles mortes ou l’herbe séchée conviennent bien.

Lorsque la situation locale le permet, les ados peuvent être disposés avec une légère inclinaison de la surface vers le sud. Ce sera surtout intéressant pour les cultures d’automne et celles de printemps. En été, cela peut être moins favorable.

Rien n'empêche de protéger les ados par un paillage  pour protéger le sol et maîtriser l'enherbement.
Rien n'empêche de protéger les ados par un paillage pour protéger le sol et maîtriser l'enherbement.

Des limites techniques

Si le sol a été piétiné lors des dernières récoltes, nous pouvons décompacter avant ces interventions. Une fourche-bêche ou un outil adap té sont parfaits pour cet usage. Nous pouvons décompacter sans retourner nécessairement le sol.

Si le sol est très compacté , seuls les volumes de terre des tranchées sont décompactés. À moins bien sûr que nous ne décompactions également la surface des futurs ados avant le creusement des tranchées.

Les terrains envahis par des herbes sauvages vivaces ne seront pas nettoyés par cette technique. Le chiendent, les prêles ou les liserons ne pourront pas y être extirpés de manière efficace. Dans ces cas particuliers, nous devrons nous y prendre d’une autre façon, nous aborderons ces aspects lors des prochaines semaines.

Les terrains à forte teneur en sable seront plus favorablement travaillés au printemps. Les ados seront alors constitués dès que possible, fin février ou en mars.

En pratique

Cette technique est très ancienne et se trouvait fréquemment recommandée dans les manuels de jardinage du début du XXe siècle. Une des raisons est quelle permet de cultiver des légumes bien plus tôt au printemps et de laisser des cultures en place plus tardivement en automne-hiver. C’est particulièrement apprécié à une époque où les frigos et congélateurs n’existaient pas dans les maisons particulières. Les ados favorisaient un meilleur étalement des récoltes sur les 12 mois de l’année. Nous pouvons nous en inspirer encore.

C’est toujours intéressant aujourd’hui de pouvoir cultiver tôt et récolter tard sur une partie de la surface du potager, un quart par exemple. Selon le souhait du jardinier et surtout selon la configuration des lieux, les ados resteront en place plusieurs années ou ne resteront en l’état que sur période plus courte.

Nous nous déplaçons dans la tranchée longeant les ados. Pour le dos du jardinier, la terre est « moins basse ».

En sols à tendance argileuse, le travail du sol est conseillé en automne pour favoriser  le travail du gel. Cela peut être un simple bêchage ou un simple décompactage  sans retournement du sol. Une autre solution serait de le pailler abondamment  avant l'hiver et d'attendre le printemps pour compléter la technique.
En sols à tendance argileuse, le travail du sol est conseillé en automne pour favoriser le travail du gel. Cela peut être un simple bêchage ou un simple décompactage sans retournement du sol. Une autre solution serait de le pailler abondamment avant l'hiver et d'attendre le printemps pour compléter la technique.

À garder quelques mois ou quelques années ?

Si l’objectif est surtout de surélever une zone de culture pour améliorer le drainage quelques mois, l’ados peut être nivelé après la récolte de printemps.

Si l’ados est maintenu plus longtemps, nous verrons se développer un équilibre différent. Nous ne marchons jamais sur l’ados. La structure du sol a plus de chance de se maintenir bien aérée. Nous ne travaillons plus le sol en profondeur. Cela signifie que dans les sols à structure instable il faudra envisager de temps à autre un remaniement en profondeur des ados. Le travail du sol est limité, la maîtrise de l’enherbement devra être adaptée. Le paillage abondant de surface est une des bonnes solutions.

F.

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