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Amendement du potager : il est temps de penser à l’acidité du sol et à sa correction si nécessaire...

Les conditions météo actuelles permettent de prendre de l’avance sur les travaux préparatoires pour notre potager. La plupart des potagers sont travaillés comme il se doit. Avec ou sans bêchage, selon la technique choisie par le jardinier en accord avec sa terre (Voir notre édition du 20 octobre). C’est l’occasion de penser à l’acidité du sol et sa correction, si nécessaire.

Temps de lecture : 6 min

Les laboratoires du réseau Requasud permettent la réalisation d’analyses très complètes du sol. Les techniques d’analyses sont éprouvées pour permettre une interprétation des résultats au départ d’échantillons prélevés à n’importe quel moment de l’année. Seules les analyses d’éléments très solubles dans l’eau et produit en quantité par la minéralisation des matières organiques varient fortement au fil des saisons. L’azote est un de ces éléments dont les teneurs varient au fil des saisons.

Attention, l’échantillon doit représenter l’ensemble du potager. Tenant compte de l’hétérogénéité naturelle de tout terrain, des remaniements possibles lors de constructions voisines, des travaux différents que vous avez réalisé sur les soles au fil de votre rotation, de l’hétérogénéité des apports organiques (fumiers, composts), il faut multiplier les sondages d’échantillonnage au travers de tout le potager. Au moins une trentaine de prises différentes constitueront l’échantillon qui sera envoyé au laboratoire.

L’acidité d’un sol se mesure en déterminant son pH. Les kits de lecture rapide le déterminent avec l’eau comme extracteur d’ions. Or, le pH varie continuellement avec l’activité biologique dans le sol et les précipitations. Les laboratoires officiels belges déterminent l’acidité avec le pHKCl qui varie moins au fil de la saison et est considéré comme un meilleur reflet de la situation d’un point de vue agronomique.

De plus, les laboratoires officiels testent l’effet du chaulage sur l’échantillon et donneront un conseil adapté au sol analysé. Idéalement, le pHKCl sera situé entre 6,0 et 7,0. La correction de l’acidité est une technique paysanne de première importance pour la fertilité du sol, au même titre que le drainage et le respect de la structure du sol.

L’acidité d’un sol est influencée par la nature de la roche-mère, le climat et les pratiques culturales. Dans les potagers, nous sommes aussi confrontés à la question des remaniements et des mélanges de terre, et aux modifications du drainage suite aux éventuelles constructions voisines. De plus, les composts réalisés avec les produits végétaux du jardin ne sont pas toujours parfaits. Il n’est pas rare d’assister à une acidification des composts très riches en tontes de pelouses et peu aérés. Ces composts amènent une acidité au sol qui le reçoit ; cette influence dure pendant la période de leur décomposition dans le sol.

De plus, étant en Belgique, les pluies tendent naturellement à lessiver les éléments solubles vers le sous-sol, emmenant aussi le calcium et le magnésium.

Le chaulage est destiné à compenser ces mobilisations temporaires ou pertes par lessivage.

La chaux magnésienne (dolomie) est proposée sous une forme pulvérulente et granulée. L'efficacité est comparable, c'est une question de facilité d'épandage.
La chaux magnésienne (dolomie) est proposée sous une forme pulvérulente et granulée. L'efficacité est comparable, c'est une question de facilité d'épandage.

Corriger l’acidité de façon progressive

La correction de l’acidité doit être menée progressivement. Les chaulages massifs provoquent de graves perturbations dans les équilibres ioniques. Il s’ensuit de lourds blocages d’éléments rendus insolubles et donc indisponibles pour les plantes.

Pour éviter cela, la correction du pH se fera progressivement. Un léger chaulage de surface, sur le lit de semis, permet de floculer le sol en le rendant plus aéré et moins vulnérable à la battance (sous l’effet mécanique de la pluie, le sol se désagrège et forme une croûte durcie asphyxiante).

Les apports de chaux correspondront à quelque 5 à 10 kg d’amendement calcaire ou calcaro-magnésien à 85 % de valeur neutralisante par are (100 m²). Ce sont de petites doses d’entretien idéales pour ne pas perturber les équilibres ioniques dans le sol tout en aidant le sol à floculer et à résister à la battance. Les apports d’entretien se font souvent tous les 4 ou 6 ans. S’il faut intervenir plus fréquemment, les conseils du laboratoire nous le renseigneront.

« La valeur neutralisante est la capacité d’un amendement calcique ou magnésien à neutraliser l’acidité du sol » (Larousse agricole). Elle s’exprime par rapport à la référence du CaCO3 qui est à l’indice 100. Par exemple, le carbonate de magnésium est à l’indice 136. La valeur neutralisante d’un amendement calcaire, calcaro-magnésien ou sulfo-calcaro-magnésien est indiquée sur l’emballage.

À côté du rôle du calcium dans la formation et le maintien du complexe argilo-humique stabilisant nos sols, il est aussi un élément nutritif essentiel de nos cultures. Le chaulage joue le double rôle structurant du sol et fertilisant. Lorsque le pH du sol est élevé, les chaulages ne sont pas conseillés ; dans ce cas, l’analyse de sol pourra déterminer si un apport de calcium sous une autre forme que les carbonates est conseillée pour satisfaire les besoins des cultures.

Les amendements calcaires, calcaro-magnésiens et sulfo-calcaro-magnésiens sont identifiés par leurs teneurs en CaO, en MgO et en SO3, l’humidité, la valeur neutralisante, la finesse de mouture et la solubilité carbonique.

Les apports de surface, pour améliorer la structure du sol tout en corrigeant légèrement l’acidité, se font peu avant de planter ou de semer. Les dernières façons culturales incorporeront l’amendement sur les premiers centimètres du sol.

Les apports peuvent se faire en toute saison, sur sol nu, sur un engrais vert, après une récolte. Incorporés superficiellement, ils agiront rapidement.

Une bonne structure de sol est nécessaire pour permettre les échanges gazeux requis pour  le développement des nodosités sur les racines des Légumineuses (Papillonacées).
Une bonne structure de sol est nécessaire pour permettre les échanges gazeux requis pour le développement des nodosités sur les racines des Légumineuses (Papillonacées).

Quels apports ?

La quantité d’amendement à apporter est déterminée par le laboratoire. Cette quantité correspond à ce qui sera nécessaire pour amener le pH du sol dans la fourchette conseillée (entre 6,0 et 7,0 pour la plupart des sols wallons). Elle ne doit pas être apportée en une seule fois. La pratique des cultures successives sur la même sole permet un apport modéré à chaque nouvelle application. Le trop est l’ennemi du bien : les chaulages importants diminuent la disponibilité d’éléments minéraux pour la plante (fer, manganèse, cuivre, zinc) ou la perturbent (bore). Un apport de 5 à 10 kg par are est modéré à moyen. Un apport de 25 kg par are est déjà important. L’incorporation au sol est conseillée (outil à dents, roto fraise).

Quand les apports correctifs sont terminés, après une ou plusieurs années, l’acidité du sol devrait être corrigée. Il restera à confirmer l’état du sol par une analyse de contrôle, puis d’envisager un apport correctif à chaque nouveau cycle de rotation des cultures.

Nous pouvons acheter plusieurs types d’amendement pour le chaulage. Les carbonates de calcium, comme la craie par exemple, sont facilement disponibles et agissent d’autant plus vite qu’ils sont tendres et finement broyés. Les dolomies ou carbonates de calcium et de magnésium. Ces amendements peuvent être achetés sous une forme pulvérulente ou sous une forme granulée. Cette dernière coûte un peu plus cher, mais est plus facile à épandre. Il existe encore toute une série de produits permettant de corriger le pH en apportant des bases, comme le maërl ou les algues marines. Renseignez-vous, ce ne sont pas nécessairement les produits les plus chers qui conviennent le mieux à votre terre.

Il est déconseillé d’apporter le chaulage sur le fumier épandu sur le sol. Une réaction chimique pourrait provoquer une perte d’élément fertilisant azoté dans l’atmosphère. Apportez l’un, puis incorporez-le au sol, avant d’apporter l’autre.

F.

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