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Bonne année!

Quelle sympathique coutume nous procure-t-elle le plus de plaisir : présenter ses bons vœux de Nouvel An, ou les recevoir ? Sans doute les deux, à égalité ! Quelque part au fond de notre petit cœur, on a beau se dire que tous ces souhaits sont trop beaux pour être vrais, trop convenus pour être sincères, nous les attendons néanmoins chaque année avec un plaisir inégalé, que rien ne gâche. On veut y croire, et on y croit, à cette « Bonne Année ! », que chacun appelle de tous ses vœux et souhaite à son prochain ! Or donc, les premiers jours de janvier nous voient regonflés à bloc, confits de belles résolutions, confiants dans l’avenir proche, puisque tout le monde a prononcé les formules magiques des bons vœux, lesquels attireront sur nous les faveurs du Destin. L’année qui vient ne pourra être que « bonne » ! On est bien d’accord ?

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Encore faut-il s’entendre sur ce que cet adjectif signifie pour chacun d’entre nous… À partir d’un certain âge, on est déjà fort content de garder une bonne santé, pour soi-même et ses proches. Les jeunes souhaiteront également d’autres choses, par exemple rencontrer l’âme sœur, ou encore accueillir un bébé dans leur couple, partir en voyage, s’épanouir dans leur vie sociale et professionnelle, réussir leur scolarité, acquérir un logement, gagner à EuroMillions… Bien entendu, d’ici douze mois, certains chanteront et d’autres déchanteront. On ne sait jamais vraiment si une année sera « bonne », avant que celle-ci ne s’achève…

Les agriculteurs sont bien placés pour le savoir, et pour le professer ! Un printemps très prometteur est parfois suivi d’un été pourri, et vice versa. Un événement climatique majeur peut venir à tout moment ruiner les plus belles espérances de récolte : une grêle, une sécheresse, une maladie… Un rêve peut virer au cauchemar en moins de temps qu’il ne faut pour le penser. Quand tout abonde à foison, les prix s’effondrent et consternent les cultivateurs et les éleveurs. Cependant, bon an mal an, j’ai constaté que les chances et les malchances finissent souvent par s’équilibrer, comme si notre bonne étoile nous donnait à chaque fois un joker. À nous de le voir, de le saisir et de l’utiliser judicieusement, bien entendu ! Le langage familier des fermiers fourmille d’expressions « consolatrices » en dialecte wallon, que l’on peut traduire plus ou moins ainsi : « Il n’y a pas de si grand mal qui n’ait un petit bien. » ; « Cela ne sert à rien de se vanter, encore moins de se plaindre. », « Il n’y a pas de si laid lundi que le soleil ne luit au courtil » etc.

Les agriculteurs sont utilitaristes, pragmatiques par nature, puisqu’ils vivent en contact direct et quotidien avec des réalités terre à terre. Ils ne se départissent cependant pas d’un certain mysticisme, voire d’une grande superstition ! Pour la plupart, nous croyons encore aux saints protecteurs, aux prières et aux pèlerinages, aux dictons et aux malédictions. La nature qui nous entoure a une face cachée, un côté magique que seuls les paysans peuvent percevoir, animistes païens et fétichistes autant que catholiques convaincus. Le buis béni à Pâques est placé au coin des champs, dans les étables, sur les tombes des défunts ; la bougie bénite de la Chandeleur est allumée lors des orages ; l’eau bénite de certaines sources soigne les brûlures, les maladies des yeux. Semer une céréale, marchander un dimanche, portent malheur à coup sûr !

Ces superstitions appartiennent à un autre âge et prêtent à sourire, mais nous-mêmes, n’appartenons-nous pas à ces temps anciens, révolus, mis en disgrâce par le monde moderne, matérialiste et technocratique jusqu’à la nausée ? Quand nous souhaitons « Bonne Année ! » début janvier, nous le pensons réellement et croisons les doigts tandis que nous guettons les fameux « jours de remarque » ! « Si l’on s’en tient au calendrier et que la météo des douze jours à partir de Noël présage la météo des douze mois de l’année qui vient, 2023 devrait être une année d’abondance. », m’a écrit un fidèle lecteur du Sillon ! Il ne se trompe que très rarement dans ses affirmations, et je ne serais pas étonné de vivre un 2023 plus généreux que ses prédécesseurs, davantage humide en tout cas. Il ne saurait être pire, à bien des égards. Quoique…

Quand nous avons souhaité « Bonne Année ! » le premier janvier 2020, personne n’aurait imaginé se retrouver confiné trois mois et demi plus tard, et devoir se plier à trente-six obligations pour éviter la propagation d’une pandémie surréaliste. De même, lorsque nous avons présenté nos meilleurs vœux le Jour de l’An 2022, la perspective d’une guerre meurtrière aux portes de l’Europe n’effleurait pas nos pensées, même dans nos pires cauchemars. Du mazout de tracteur à un euro le litre, de l’engrais complet à 1.000 €/tonne, des aliments concentrés à 60 cents/kg, des céréales à 25 cents/kg, du lait à 50 cents/litre… : ces chiffres appartenaient à une autre dimension, à un monde « rock and roll » de tous les dangers dans lequel nous avons été précipités en quelques mois !

Alors, restons prudents, et ne gaspillons pas nos « Bonne Année ! » en pure perte, comme lors des janviers précédents, de peur de fâcher à nouveau les divinités facétieuses qui veillent sur notre destin ! Souhaitons-nous plutôt une « Moins Pire Année ! » 2023, la meilleure possible pour chacun et tout le monde…

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