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En bottes ou de garde, les clés pour une conduite optimale des carottes

Dans les fermes maraîchères, la carotte est un classique de la production destinée au circuit court. Les carottes destinées à la vente en circuit court sont de deux types : les carottes jeunes proposées en bouquets pour le printemps et l’été et les carottes de garde pour l’automne et l’hiver.

Temps de lecture : 7 min

À côté de cette production maraîchère, la carotte est aussi produite comme une grande culture. Elle est contractée avec le négoce et l’industrie. Elle alimente le marché du frais et celui de la transformation. Cette production a de nombreux points communs avec la production maraîchère mais aussi des différences ; elle fera l’objet d’un article plus spécifique ultérieurement.

Carottes en bottes ou de garde

Les carottes destinées à la vente en bottes seront semées à partir du début de saison. Pour cela, nous leur réservons les parcelles à drainage favorable ou élevé. Sur les cartes pédologiques (disponibles sur le site WalOnMap), les parcelles ont la classe de drainage b ou la classe a ; les parcelles drainées artificiellement conviennent aussi. Les premiers semis de carottes destinées à la récolte en bottes s’accommodent très bien de voiles de forçage ou de bâches plastique perforées. Sous ces protections, nous pouvons semer ces carottes dès que le sol dépasse 3,5ºC bien que la température optimum de germination soit 18ºC. Les variétés adaptées à notre région ont une croissance optimale entre 13 et 25ºC.

Les carottes de garde sont semées quand le sol atteint 12 ou 13ºC, à partir de fin avril lors des dernières années. Les semis se poursuivent jusque fin mai.

La levée va du semis à la sortie des feuilles cotylédonaires. La radicule s’enfonce dans le sol. L’installation va de l’étalement des feuilles cotylédonaires au développement des deux premières vraies feuilles. La racine forme son mince pivot. Durant le développement du feuillage, le bouquet foliaire se déploie en rosette, la photosynthèse bat son plein. La racine se développe déjà bien durant cette phase qui dure 3 à 4 semaines en variétés précoces et 7 semaines en variétés tardives. Le grossissement de la racine se poursuit alors que le feuillage ne s’étend plus en importance et commence à régresser. Les variétés précoces grossissent encore 5 semaines et les variétés tardives 15 semaines.

Le régime des températures de l’année culturale influence la durée et la suite harmonieuse des phases. Au-delà de 30ºC, la croissance du feuillage est ralentie.

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Les variétés plutôt que les hybrides

Les variétés sélectionnées sont très fréquemment utilisées à côté des hy brides. Quelques hybrides apportent une meilleure productivité et une meilleure homogénéité mais avec une plus grande sensibilité aux stress hydriques et un coût plus élevé des semences.

Pour la carotte en bottes, Triton, Jerada, Nerja et les types Nantais ne sont que quelques exemples de variétés parmi d’autres.

Pour la carotte de garde, les types Flakee actuels sont bien adaptés pour les gros calibres. Plusieurs autres variétés de type Nantais ou Berlicum conviennent bien également. La carotte de Tilque est une ancienne variété française remise en production et assez intéressante pour la carotte de garde en vente directe.

Le sol, une limite

La texture du sol et en particulier sa teneur en argile est une limite pour la mécanisation de la récolte et le décrottage des racines. En carottes destinées à la commercialisation en bottes, il est difficile d’arriver à une récolte et un nettoyage correct avec des sols à plus de 15 % d’argile. Pour les carottes de garde, au-delà de 20 % d’argile, le nettoyage est un peu plus compliqué, mais la qualité gustative reste très bonne.

Surtout, les sols doivent être à bon drainage. C’est d’autant plus important que la récolte risque d’être tardive dans la saison.

Le travail du sol doit laisser un sol ameubli sur une vingtaine de centimètres de profondeur pour les carottes en bottes et au moins 30 cm pour les carottes de garde. La culture sur buttes facilite l’atteinte de ces objectifs.

Enfin, la préparation du sol doit donner un sol raffermi pour éviter le foisonnement qui serait préjudiciable à la forme des racines et de la terre fine au niveau du lit de semis pour permettre un très bon contact semence-sol durant la germination. C’est un point essentiel pour la réussite de la culture. Le travail du sol à l’aide d’une fraise permet de bien affiné la terre mais il est extrêmement important de le rasseoir ensuite avec fermeté. Il en va du bon développement de la racine pivotante. Si elle entre bien profondément dans le sol, la culture est capable de tenir lors de périodes de sécheresse. De plus, la forme pivotante droite est nécessaire pour la bonne présentation du légume pour la vente.

Les textures de sol moins argileuses permettent plus facilement le nettoyage des racines.
Les textures de sol moins argileuses permettent plus facilement le nettoyage des racines.

Le semis : respecter la densité

Dans nos conditions de sol, 1 cm de profondeur semble proche de l’idéal.

Le réglage de la densité de semis est très important. Le réglage doit être vérifié avant le semis de chaque lot. Pour les carottes destinées aux bottes, la densité sera de 60 plantes par mètre linéaire en semis éclaté (buttes de 50 cm). Pour les carottes de garde, nous visons une densité de 60 racines par mètre courant de ligne éclatée (butte de 75).

Dans nos sols, la culture sur buttes est courante. Le semis à plat est possible quand le sol se travaille bien en profondeur. La culture en planche peut être choisie pour se conformer aux organisations de chantier des fermes maraîchères diversifiées.

Dans tous les cas, il est extrêmement important de régler le semoir afin d’avoir un très bon plombage de la graine dans le fond du sillon de semis, avant le recouvrement. C’est un facteur-clé de réussite du semis.

De l’azote et du potassium…

Le pH situé entre 6 et 7 convient bien à ces cultures. À pH KCl du sol proche de 5, des maladies physiologiques des carottes sont à craindre.

L’azote est l’élément qui retient le plus notre attention vu son influence sur la sensibilité aux maladies foliaires, sur le rendement, la qualité et la conservation des racines. L’analyse du profil du sol est requise (voir les laboratoires du réseau Requasud). La mobilisation est de 120 unités pour la carotte en bottes et 200 kg pour la carotte de garde (restitution de 60 unités par les feuilles). Pour la carotte de garde, le fractionnement des apports est envisageable. Les apports avant l’implantation sont les plus importants pour une raison de positionnement dans le profil et de réponse aux besoins aux débuts de la culture. Une analyse de détermination de la teneur en azote du profil de sol est vivement recommandée. Elle se fera en milieu ou sortie de l’hiver. Les résultats de cette détermination permettront de piloter la fertilisation.

La fertilisation phosphorique s’estime dans un concept de rotation.

Le potassium doit être bien présent dans le sol pour son importance dans l’équilibre hydrique de la plante avec le sol et le goût. Les besoins sont de 200 unités de K2O en carottes en bottes et 300 kg pour la carotte de garde.

Le calcium est souvent suffisamment présent dans nos sols de par la composition de la roche mère et les apports d’amendements pour corriger le pH. Magnésium, soufre, bore et manganèse sont à vérifier par analyse de sol.

La pose de piège pour repérer les vols de mouche de la carotte permet de piloter la protection de la culture, en conventionnel comme en bio.
La pose de piège pour repérer les vols de mouche de la carotte permet de piloter la protection de la culture, en conventionnel comme en bio.

… et de l’eau

Les besoins en eau sont de 250 mm pour la carotte botte et 350 mm pour la carotte de garde. Les pluies ne sont pas nécessairement suffisantes notamment entre le semis et la levée et lors du développement du feuillage. L’irrigation par aspersion est alors recommandée de même que pour amortir les risques d’éclatement des racines lors de pluies abondantes après une période sèche lors de la phase de grossissement des racines. Mais rappelons que la qualité de la structure et son bon raffermissement avant le semis sont essentiels.

Rotation et faux-semis contre les mauvaises herbes

Les mesures classiques de réduction du niveau d’enherbement sont d’application : rotation, faux-semis. En mesures correctives, les binages entre rangs et entre buttes ne suffisent pas. La durée de la levée et la lente couverture du sol sont propices au fort développement des adventices. Le désherbage thermique peut être fait juste avant la levée ; nous installons des vitrages en quelques zones de test pour repérer les premières levées sous protection et décider de l’intervention rapide sur le reste du champ.

En culture sans herbicide, le sarclage est indispensable (70 à 300h/ha). En culture conventionnelle, plusieurs produits sont utilisables en prélevée et en post-émergence (voir http://fytoweb.be/fr).

À conserver entre 0ºC et 1ºC

La conservation se fait idéalement entre 0 et 1ºC, sachant que le point de gel est à – 1,4 ºC. La température se mesure dans le palox de carottes, pas dans l’air. Pour mémoire, un palox d’un m³ contient 520 kg de carottes propres.

Les maladies et ravageurs feront l’objet d’une communication ultérieure.

F.

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