Accueil Voix de la terre

Quand le bâti devient bâtisses

À l’évocation de « friche industrielle », nous apparaît l’image d’usines abandonnées, de cheminées cyclopéennes, de terrains vagues envahis de ferrailles, embroussaillés et tristes à pleurer. Cette impression de « déjà-vu » m’est venue à l’esprit en longeant les grandes étables abandonnées d’une ferme vidée de ses animaux depuis quelques années seulement. Genêts, jeunes frênes et saules ont déjà colonisé les recoins de la fumière et les abords des silos-couloirs. Des barrières pendent sur leurs gonds et les toitures en fibres-ciment sont constellées de trous, de çà de là. Traînent encore une brouette rouillée et une débouseuse toute déglinguée, des piles de pneus, des monceaux de vieux piquets… Pour le reste, avec un peu d’imagination, on pourrait encore apercevoir le fantôme du fermier au volant d’un gros chargeur articulé, accompagné de son chien, occupé à désiler ou à transporter un ballot de paille.

Cette « friche agricole » est aussi déprimante que le site de Chertal ou d’autres dans le Pays Noir, des endroits naguère débordants de vie où toute activité a cessé brutalement hier. Des lieux délaissés, oubliés, abandonnés à leur sort, condamnés à s’effondrer lentement sur eux-mêmes, en attendant une réhabilitation hypothétique et fort coûteuse… Notre bâti rural agricole devient bâtisses impotentes, une fois le fermier parti, sans personne pour reprendre le flambeau, dans un monde où tout se réfléchit à court terme, où la culture d’entreprise incite à investir sans cesse dans...

Article réservé aux abonnés

Abonnez-vous

Déjà abonné au journal ?

Se connecter

Déjà abonné au journal ?

Activez votre accès
L'info en continu Voir toute l’actualité en continu >

A lire aussi en Voix de la terre

Courrier des lecteurs : SOS, Save Our Soils

Voix de la terre L’odeur d’égout est reconnaissable entre toutes : subtil mélange d’arômes d’eaux usées aux vagues relents de lessive, madeleine de Proust sans le « s » qui ne suscite guère l’envie de respirer et fait froncer le nez… On subit ses assauts quand il faut déboucher la fosse septique ou explorer le siphon d’un WC. On détecte ses miasmes en senteur de fond quand on déambule dans une grande ville ou aux abords de certaines rivières au sortir des villages. Mais au beau milieu de la campagne ? Impossible me direz-vous !
Voir plus d'articles