Le rêve des Pussemier? Fédérer les éleveurs pour échanger autour de leurs animaux!

Eddy et Jonas Pussemier s’attèlent tous deux à leur manière à faire des concours un véritable lieu  de rencontres entre éleveurs au milieu de leurs animaux dans une ambiance conviviale.
Eddy et Jonas Pussemier s’attèlent tous deux à leur manière à faire des concours un véritable lieu de rencontres entre éleveurs au milieu de leurs animaux dans une ambiance conviviale. - P-Y L.

S i l’objectif initial du Herd-book est d’organiser la sélection de la race, aujourd’hui celle-ci est tellement bien sur les rails que c’est la génomique qui oriente la sélection.

L’éleveur a donc de moins en moins de poids sur la sélection, à l’inverse des « chiffres ». La technologie semble donc l’emporter, tant les choix génomiques s’avèrent payants sur le terrain.

« On n’y croyait pas trop au début mais la génomique commence à percer. C’est une course à la génétique telle qu’il est difficile de la suivre », explique Eddy.

« Notre chance ? L’Association wallonne de l’élevage, par le biais de ses centres d’insémination, dispose de taureaux Holstein provenant des meilleurs élevages de Wallonie. Car Nombre d’éleveurs ont investi dans des pedigrees très intéressants. L’Association peut donc distribuer des doses à meilleur prix pour des éleveurs qui inséminent et qui ne veulent pas forcément du dernier cri ! »

L’œil de l’éleveur reste important

Mais pour Eddy, l’œil de l’éleveur reste important pour le phénotype.

« Nous continuons à participer aux concours, car il faut pouvoir combiner la génomique à un bon phénotype. On remarque que les belles vaches (entendons belles en concours ou disposant d’une bonne classification) sont souvent celles qui ont une belle longévité, et donc une meilleure production sur le long terme. Une vache qui est sélectionnée sur plusieurs générations sur la production et qui a des mauvais membres ne tiendra pas bon. L’équilibre entre génomique et phénotype est donc, pour moi, un objectif à atteindre.

« On a d’excellentes vaches en termes de classification et de production. Pourtant, avancer avec celles-ci dans l’élevage, c’est s’assurer des années de retard dans la sélection… c’est frustrant ! »

Malgré l’utilisation de taureaux améliorateurs au niveau phénotypique, le résultat n’est pas toujours celui escompté. « Je pense qu’il restera encore dans la sélection une place pour l’œil de l’éleveur afin de produire des beaux sujets. Pour ce faire, il faudra utiliser des taureaux de 2e génération, voire des mâles plus vieux mais pour lesquels l’éleveur voit les produits. Ce ne sont pas les chiffres qui vont nous guider, mais le visuel ! »

Courir après une meilleure pratique

« Ce qui me déçoit dans la génomique ? On améliore avant tout les productions alors qu’on a les moyens de progresser dans tous les autres domaines. Aujourd’hui, les animaux ont un potentiel génétique incroyable mais ne savent pourtant pas l’exprimer. La faute ? Le niveau d’alimentation, notamment, qui ne suit pas ! »

« Je crains que la génomique ne prenne le dessus et que l’éleveur ne dirige plus rien. Cette course aux meilleurs pedigrees est toujours une question d’argent ! »

« La génomique c’est une accélération de l’évolution mais qui ne va pas amener l’effet visuel escompté. S’il y avait une évolution aussi perceptible que ce que l’on nous vante, avec les générations génomiques que l’on a, on devrait avoir des laitières qui produisent le double de nos productions ! »

Si la sélection est bien organisée, tout ce qui gravite autour est à la traîne. Alimentation, management… On doit d’abord maîtriser ces aspects avant de suivre l’évolution génomique. On ne doit donc pas courir après une meilleure vache mais après une meilleure pratique. »

Les priorités changent

Si les concours ont longtemps orienté l’évolution de la race, force est de constater que les priorités changent et que les éleveurs n’en ont plus besoin ni pour orienter leur sélection, ni pour leur épanouissement.

Les priorités changent, d’autant qu’il est de moins en moins rare de voir le ou la conjoint(e) travailler à l’extérieur, ce qui diminue la disponibilité pour les concours. « Une évolution de la vie qui nous pousse à nous poser des questions ! Quels concours doit-on continuer à soutenir ? Doit-on en abandonner ? »

Il poursuit : « Certes, certains concours sont « boudés », mais c’est une conséquence du prix du lait ! Il est trop bas depuis trop longtemps et cela joue sur la motivation des éleveurs. »

« Je suis convaincu que si le prix du lait remontait sensiblement, la dynamique reprendrait ainsi que le commerce ! Car les concours ne sont pas seulement un lieu d’échanges… c’est aussi un endroit où commercer », ajoute le président du Herd-book.

Garder la passion

Les concours se professionnalisent. Désormais, il n’est plus question de présenter une vache non préparée ! L’animal doit être sur son 31 pour avoir une chance de faire un classement. Une préparation qui demande du temps, chose que certains éleveurs ne sont plus prêts à donner. Et s’il peut se faire aider par un clipper, cela a un coût… On revient donc à la problématique du prix du lait !

Mais pour autant, le fossé ne se creuse pas entre élevages. Les techniciens de l’Awé repèrent des vaches extraordinaires chez des éleveurs qui ne sont pas adeptes de ce genre de manifestations. Il leur suffirait de faire le pas pour qu’ils remportent des prix avec leurs animaux. Si l’évolution moyenne des animaux est très bonne, de moins en moins d’éleveurs désirent la montrer. »

Pourtant, si les compétitions ne sont pas indispensables, elles fédèrent nombre d’éleveurs qui peuvent tomber amoureux d’une bête. Et tant que les gens se déplacent pour leurs achats, ils achèteront encore souvent avec leurs yeux, et non avec des chiffres qu’on veut bien leur mettre sous le nez. »

Alors que la tendance est à l’agrandissement des cheptels, certains se contentent d’animaux moins complets du moment qu’ils produisent. C’est là que la passion quitte certains élevages. Je suis toujours déçu d’entendre : « Elle n’est peut-être pas belle mais elle donne bien… ».

La Holstein à Libramont

Depuis deux trois ans, Libramont semble boudé par les éleveurs au niveau participation. Et pour la deuxième année consécutive, le taux de participation avoisine le minimum requis pour que la confrontation ait lieu. Une douzaine d’éleveurs présenteront une trentaine de vaches en lait et une vingtaine de génisses. sur les rings le vendredi.

« C’est un signe que quelque chose ne va pas. Quand on voit le succès que connaissent les concours plus pros, comme la nuit de la Holstein, notamment, on se pose la question quant à la pertinence de concours plus familiaux, moins adaptés aux exigences que demande la race…

Autres raisons : la moisson qui approche, qui en tracasse plus d’un, et la saison de vêlages. Il y a en effet beaucoup moins de vaches en état qu’à l’automne…

Mais ces conditions sont une aubaine pour certains éleveurs d’aller faire un championnat ! « Être primé à Libramont reste très de valorisant ! Tout vainqueur a le même mérite qu’une vache meilleure cachée dans une étable. »

Les meilleurs sujets seront présentés dans le stand d’exposition de l’Awé et probablement soignés par les membres de Wal’Holstein.

Du côté des jeunes, le Wal’Holstein Club organise de nouveau un showmanship, un concours de présentation ouvert à tous les jeunes, durant lequel le juge appréciera la manière qu’ont les participants à se comporter avec leur génisse.

Jonas Pussemier, président du Club : « Avec le Wal’Holstein, on essaie de lancer des showmanship dans tous les concours. Ceux lancés à Ath by Night, et la Nuit de la Holstein ont connu pas mal d’engouement. Ici, nous voulons donner la possibilité aux jeunes de nous rejoindre autour du concours dans une bonne ambiance. »

Les concours pros davantage en vue

D’autres concours rencontrent beaucoup d’engouement. La Nuit de la Holstein, notamment. « Si le Herd-book n’est pas directement impliqué, c’est une organisation propre entre éleveurs soutenue par l’Awé mais qui a un côté international. Ce mini-concours européen a une aura intéressante. Il est techniquement bien préparé avec possibilité de suivre l’événement en streaming… Il connaît un certain succès et notamment commercial puisque certains échanges se font », explique Eddy.

Ath by night est également un beau concours pour le Hainaut et le Brabant. Il fédère le plus grand nombre de participants sur deux provinces. « On parvient en effet à rassembler une centaine d’animaux. Le comité est constitué de jeunes qui ont la volonté d’aller de nouveaux participants… La dynamique est donc très bonne. »

Quant au concours de Bruxelles, il est un peu boudé comme celui de Libramont. Mais comme la Flandre participe, le challenge de se mesurer à nos voisins est intéressant. Il permet de voir l’évolution de la race de deux côtés de la frontière. L’événement reste le National que tout le monde rêve de gagner une fois dans sa vie. C’est un mythe pour les éleveurs.

Une confrontation européenne à Libramont en 2019

« Nous avons obtenu l’organisation de la confrontation européenne en 2019. Le challenge important car nous devons profiter de l’occasion pour mettre en avant les meilleurs animaux belges.

Par ailleurs, des visites d’exploitation seront programmées pour les éleveurs étrangers. Une criée avec animaux wallons est également prévue. « C’est une occasion unique pour les éleveurs de se mettre en avant et de réussir un peu de commerce », explique Eddy.

« En 2000, des visites étaient organisées chez nous. Cela nous a permis d’exporter des embryons en Suède et en Suisse, et d’être longtemps en vue au niveau de ces clients. Nous voulons donner la chance aux Wallons de se mettre en avant afin que la confrontation soit une réussite pour tous les par tici pants. »

P-Y L.