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Substiphyt’eau: substituer des produits phytos par d’autres, moins susceptibles de dégrader la qualité de nos eaux

Comme son nom l’indique, Substiphyt’eau, le nouveau projet de l’asbl Protect’eau, vise à substituer des produits phytopharmaceutiques par d’autres, moins susceptibles de dégrader la qualité de la ressource en eau. Des substances actives utilisées pour le désherbage de grandes cultures sont particulièrement ciblées.

Temps de lecture : 4 min

Le projet s’inscrit dans la continuité d’Indic’eau et d’Invent’eau. Il permet aux agriculteurs de poursuivre, sur le long terme, la démarche de prévention et de limitation de l’impact des herbicides sur l’état chimique des ressources en eau.

Malgré leur interdiction, certaines molécules sont encore aujourd’hui fréquemment détectées au niveau des masses d’eau, tant souterraines que de surface. C’est notamment le cas de l’atrazine ou des métabolites du chloridazone.

Éviter la fermeture de captages

L’outil et les conseils qui en découlent seront mobilisés afin de réduire la pression émise par les produits phytopharmaceutiques sur l’ensemble de la ressource en eau. L’objectif sous-jacent est d’éviter la diminution, via leur fermeture, du nombre de captages potentiellement utilisables pour la production d’eau potable.

Concrètement…

Certaines substances actives sont identifiées comme problématiques pour la ressource en eau, grâce aux recherches menées avec Indic’eau. Celles-ci sont répertoriées au sein d’une « liste négative ». Elles correspondent, en grande majorité, à des herbicides présentant un potentiel de lessivage et de ruissellement élevé.

Pour 2022, en accord avec les besoins du terrain et l’occurrence des contaminations au niveau des masses d’eau wallonnes de ces dernières années, cinq molécules ont été définies comme prioritaires :

– la terbuthylazine, principalement utilisée en maïs ;

– le S-métolachlore, utilisé en betterave et en maïs ;

– le métazachlore, largement utilisé en colza ;

– le diméthénamide-P, utilisé en betterave et en maïs ;

– la bentazone, utilisée au niveau des cultures de pois, haricots et oignons.

Les itinéraires de désherbage utilisant ces substances actives au sein des cultures ciblées seront analysés afin de proposer aux agriculteurs des schémas alternatifs, lorsque c’est possible. Les conseillers de l’asbl peuvent ainsi fournir un accompagnement de qualité et pertinent. En donnant la possibilité aux agriculteurs d’améliorer leurs pratiques, on limite le risque d’infiltration et de ruissellement des herbicides en question.

Une méthodologie définie

Pour chaque substance active définie comme prioritaire à partir de 2022, il est envisagé de :

– constituer sa fiche d’identité, permettant de faire un état des lieux de l’usage, du risque et des contaminations effectives de la ressource en eau ;

– identifier les substitutions possibles répondant au même usage, en fonction des adventices en présence et des cultures ciblées comme prioritaires dans le cadre des Contrats captage et de la stratégie de démarchage ;

– proposer un schéma de désherbage chimique alternatif, en fonction de la comparaison des spectres d’efficacité et en mobilisant les ressources internes et les centres pilotes ;

– analyser les coûts et les bénéfices des propositions, en partenariat avec l’encadrement et la cellule phyto de Protect’eau.

Une perspective de solution « win-win »

Le but poursuivi présente donc un intérêt tant pour la ressource en eau que pour l’agriculteur. Il est nécessaire que ce dernier puisse s’y retrouver dans l’efficacité du traitement et dans le coût associé. Ces deux facteurs sont importants pour que le changement soit accepté et intégré. Évidemment, les produits phyto de substitution sont proposés en fonction de l’usage recherché initialement. Les caractéristiques pédoclimatiques du parcellaire de l’agriculteur sont aussi prises en compte. L’agriculteur sera libre d’évaluer la satisfaction retirée de ce nouvel itinéraire de désherbage. Indic’eau permettra enfin de calculer l’impact théorique du nouvel itinéraire sur la ressource en eau.

Les schémas de substitution seront regroupés par centre régional et par culture afin de créer un catalogue de propositions à fournir à l’agriculteur. Cette étape sera réalisée en partenariat avec Protect’eau, ainsi qu’avec les centres pilotes partenaires et impliqués dans les cultures ciblées. Ce processus sera notamment mis en place auprès des exploitations suivies dans le cadre des Contrats captage.

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