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Bruxelles aux deux visages

Depuis toujours, les gens des villes regardent les campagnes de deux façons ; il en est qui prétendent savoir comment doit aller le monde, et qui prennent volontiers la posture du mépris, puis d’autres, qui prennent le chemin de la rencontre, et qui ne demandent qu’à apprendre.

Temps de lecture : 3 min

J’ai commencé la semaine passée avec les premiers et je l’ai terminée avec les seconds. Lundi, oups, un grand quotidien bruxellois venait de publier un pamphlet : « L’illusion d’une agriculture wallonne vertueuse » et c’est signé par un économiste renommé dans le microcosme de la haute finance.

Même si tout ce qui est excessif devient insignifiant, disait Talleyrand, il faut oser discréditer l’agriculture wallonne « Au nom de la rose » qui nous arrive du Kenya par avion et condamner nos verts pâturages au nom de « la majorité des Flamands et des Hollandais qui savent qu’ils doivent faire évoluer leur agriculture, là où en Wallonie, patati, patata… ».

Comme s’il n’était pas nécessaire de parcourir nos campagnes et d’ouvrir les yeux, notre expert des finances se cache (à peine) derrière de vagues études pour justifier ses arguments. C’était pareil lorsque des études « sérieuses » avaient discrédité le beurre pour le remplacer par la margarine.

Bref, se draper d’environnement pour condamner ceux qui vivent en permanence en lien avec les lois de la nature, il faut le faire, d’autant que la sobriété consumériste prônée pour lutter contre le réchauffement climatique est à l’opposé de ce qui fait tourner la machine économique.

Et c’est peut-être là que se trouve la vraie raison du pourquoi. Tout ce qui va vers le local, la proximité, l’efficience de la photosynthèse pour fixer le carbone, ne va pas dans le sens de l’économie mondiale illimitée. Globalement, dis-moi combien t’es riche et je te dirais ton empreinte écologique. En « lobbycratie », dis-moi pour qui tu roules, et je comprendrai comment tu choisis tes arguments.

Au fait, et si c’était la désinformation organisée par ceux qui crient haro sur notre agriculture, qui perturbe son jugement ? Il est peut-être lui-même victime des fake-news. Sa naïveté ne serait pas excusable mais compréhensive.

Dernière hypothèse : il a peut-être été personnellement pris à parti dans le monde agricole et cherche alors à régler ses comptes ?

Que ce soit par intérêt, par naïveté ou par méchanceté, voire les trois à la fois, qu’importe, il incarne bien cette classe de notables urbains qui depuis belle lurette regarde les paysans comme des cul-terreux incultes et sales. Aujourd’hui, la forme a changé. On les voit comme des empoisonneurs. Leur agriculture n’est jamais assez propre, pardon, il faut dire « vertueuse ».

Vendredi, un agriculteur me demande, avec d’autres, de l’accompagner pour recevoir un car de rhétoriciens bruxellois et leur expliquer pourquoi, dans ce métier, tout n’est jamais tout blanc, tout noir ou… tout vert.

Quatre ateliers pour leur expliquer comment tout évolue, la complexité des choix à faire, la sophistication d’un matériel bardé d’intelligence artificielle de reconnaissance des mauvaises herbes pour ajuster la protection des cultures et, bien entendu, le rôle du carbone dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Même si ces jeunes ne vont pas tout retenir, ils ont fait l’effort de descendre sur le terrain, d’ouvrir les yeux et d’écouter. Au moins, si des vieux n’ont même pas la reconnaissance du ventre, des jeunes gardent la soif d’apprendre et c’est ce qu’il faut retenir.

JMP

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