Œufs contaminés: le scandale s’étend, des mesures de précaution et de soutien sont prises

Œufs contaminés: le scandale s’étend, des mesures de précaution et de soutien sont prises

Quinze pays de l’Union européenne, ainsi que la Suisse, la Corée du Sud et Hong Kong, sont maintenant touchés par la crise des œufs contaminés au fipronil. Dans l’Union européenne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la France, la Suède, le Royaume-Uni, l’Autriche, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et le Danemark sont concernés, précise la Commission européenne. Celle-ci a également annoncé qu’elle réunirait ces pays lors d’une réunion destinée à « tirer les leçons » de la crise le 26 septembre.

Pas de danger

En Belgique, suite au scandale et à la demande de son ministre, l’Afsca a rendu publique un rapport des actions menées dans le cadre de ce dossier. Elle s’y défend notamment d’un quelconque manquement et met en avant les lenteurs de l’administration néerlandaise.

Un certain nombre d’entreprises ont été bloquées à titre de précaution, et des échantillons ont été prélevés. Aussi bien les exploitations de poules pondeuses que les autres exploitations d’élevages et de reproduction ont été bloquées et des échantillons ont été prélevés. La priorité absolue a été accordée aux fermes de ponte qui produisaient des œufs parce qu’elles livrent directement au consommateur. 86 exploitations avicoles ont été préventivement bloquées dont 48 exploitations de poules pondeuses. Mardi 15 août, 21 exploitations étaient toujours bloquées, dont 15 exploitations de poules pondeuses.

Au cours de la semaine passée, l’Agence a également diffusé les codes et rappelés certains lots d’œufs. Sur base des résultats des analyses complémentaires effectuées sur ceux-ci, elle a annoncé, début de semaine, que les mesures de précaution étaient annulées et que le rappel des œufs était levé à l’exception d’un lot (code 3BE3114).

Après le blocage initial d’exploitations suspectes, l’Agence a effet entrepris plusieurs actions supplémentaires : « D’une part, un contrôle et un monitoring renforcé ont été mis en place concernant la présence de fipronil dans la viande des poules pondeuses et les ovoproduits (produits à base d’œuf) ; d’autre part, des analyses complémentaires ont été effectuées dans toutes les exploitations de ponte qui n’avaient pas été suspectées sur base de l’enquête. Tous les résultats obtenus indiquent qu’il n’y a pas de danger pour la santé publique ».

178 exploitations de ponte qui n’avaient pas été suspectées ont été visitées et échantillonnées. De faibles concentrations de fipronil ont été constatées dans 7 exploitations mais ces concentrations se trouvent en dessous de la valeur limite européenne. Elles ont été bloquées immédiatement et leurs œufs ont été retirés du marché et détruits. Après ce monitoring dans les exploitations non suspectes, tout le secteur des poules pondeuses a été contrôlé. À l’exception d’un seul (voir code plus haut), tous les résultats sont en dessous de la valeur limite européenne. Dans le cadre du monitoring, treize analyses ont été réalisées sur des ovoproduits fabriqués durant la période juin-juillet dans les casseries d’œufs. Onze résultats sont conformes. Dans 2 échantillons une très faible concentration de fipronil a été découverte. Cette concentration est en dessous de la valeur limite européenne et ne représente aucun danger pour la santé publique. Les ovoproduits concernés ont été retirés du marché et détruits. La viande des poules pondeuses a également été analysée dans les abattoirs. Les 30 analyses réalisées sont toutes conformes. Aucune trace de fipronil n’a été découverte dans la viande. L’Agence alimentaire effectue également des contrôles dans le secteur de la distribution afin de s’assurer que toutes les consignes sur le retrait des œufs sont respectées.

Enfin ; elle rappelle également, « qu’outre le monitoring mis en place dans le secteur avicole, elle a réalisé environ 3.000 analyses quant à la présence de fipronil dans les produits végétaux tels que les fruits et légumes, le miel, les épices, le thé… au cours de ces 3 dernières années. Plus de 99,9 % de ces analyses étaient conformes ».

Toujours sous le feu des critiques

L’Afsca reste néanmoins vivement critiquée, même au-delà du scandale des œufs contaminés. Début de semaine, le ministre wallon de l’environnement et de la transition écologique, Carlo Di Antonio estimait que « les règles actuelles de l’Afsca étaient un obstacle à la réussite d’une transition écologique alimentaire en Wallonie ».

Il appelle à généraliser les productions raisonnées, respectueuses des consommateurs, des agriculteurs, de l’environnement et des animaux. Mais l’Afsca reste, à ses yeux, « un gros problème ». Pour lui, il est indispensable d’avoir des règles spécifiques pour les artisans producteurs et transformateurs, les petits éleveurs ou encore les cantines scolaires. « Rappelez-vous les épisodes de la tarte au riz ou du fromage de Herve. L’Afsca met la pression sur un secteur qui n’a jamais posé de problème majeur à l’exception d’une indigestion de temps en temps. Les règles génèrent une obligation de moyens qui rendent l’équation économique impossible : quand on doit investir 25.000 euros pour transformer un peu de lait en yaourt ou fromage, ça ne va pas », dit-il. D’après le ministre, « les exigences surfaites, appliquées de façon tatillonne, ont amené la disparition de nombreux artisans » et l’Afsca « est une entrave au développement de projets agro-alimentaires de petite et moyenne ampleur ».

Mesures de soutien

En Belgique, mercredi, le gouvernement fédéral proposait dix mesures pour soutenir les entreprises touchées par la crise. L’une des mesures prévoit d’indemniser les entreprises impactées. Cette mission sera confiée à l’Afsca. Il s’agit, d’une part, de compenser les coûts opérationnels engendrés par la crise (transport, nettoyage, destruction des œufs, analyses…). D ’autre part, le manque à gagner lié à la destruction de produits sera couvert par la réserve de l’Afsca.

Le gouvernement annonçait également qu’il envisageait d’étendre la possibilité d’introduire une action en réparation collective (class action) pour les entreprises et PME. Ce n’est actuellement possible que pour les particuliers.

Les exploitations de volailles pourront par ailleurs recourir au chômage temporaire en invoquant la force majeure. Cette directive pourra s’appliquer pour le mois d’août 2017.

Un plan de paiement des cotisations sociales patronales est en outre accessible pour les entreprises, qui recevront une réponse dans les 10 jours ouvrables. Les employeurs pourront compter sur une exonération totale ou partielle des majorations et intérêts en cas de paiement tardif des cotisations patronales.

« Des facilités de paiement en matière de précompte professionnel et de TVA sont également accessibles aux entreprises qui peuvent prouver que leurs difficultés sont liées au fipronil », souligne le gouvernement fédéral.

Les autres mesures concernent le statut social des travailleurs indépendants du secteur avicole, du secteur agro-alimentaire ou du secteur du commerce ; le crédit bancaire et le renforcement de la capacité de l’Afsca à informer les acteurs de la chaîne alimentaire touchés par la crise.

En outre le gouvernement a confirmé vouloir se constituer partie civile contre les opérateurs qui ont commis la fraude à l’origine de la contamination.

Le direct

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