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Au Bois du Roi: préserver ses valeurs en avançant vers les enjeux avicoles de demain

Simples ou préparés, les œufs, c’est impossible de s’en passer ! Avec une demande croissante pour ce produit, même si l’élevage wallon reste minoritaire par rapport à celui de nos voisins flamands, certaines exploitations ont réussi à se faire un nom dans le secteur. C’est notamment le cas de la ferme Bois du Roi. À sa tête : Vincent Lust, un agriculteur qui mise sur la qualité, sans faire l’impasse sur le bien-être animal et l’environnement. Un aspect primordial pour répondre notamment à la directive sur les émissions industrielles, dont la nouvelle mouture entrera bientôt en vigueur.

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C’est sans ses 30.780 poules pondeuses autour de lui que nous rencontrons Vincent Lust, à Gerpinnes. Même si, dans cette exploitation, les gallinacés bénéficient de 13 ha de parcours enherbé, depuis ce 23 octobre, ils doivent rester à l’intérieur. Une mesure obligatoire suite au risque de grippe aviaire. Quant à l’agriculteur, il ne veut évidemment pas prendre de risque… « Depuis le début de mon exploitation, j’ai connu huit belles années au niveau sanitaire », confie-t-il, en prenant soin de toucher du bois.

Une ferme pensée, dès le début, pour correspondre aux valeurs de l’éleveur. Soit, respectueuse de l’environnement et du bien-être animal, avec des poules à l’extérieur lorsque c’est possible. Quand ce n’est pas le cas, comme pour l’instant, Vincent Lust a pris plusieurs mesures pour améliorer leur quotidien au sein du bâtiment. Elles peuvent profiter d’un jardin d’hiver, soit un espace semi-ouvert attenant à la construction afin de bénéficier de l’air extérieur et de la lumière naturelle. De lumière, il en est aussi question avec les Led diffusant une ambiance rouge et blanche, pour une atmosphère plus douce. « À l’extérieur, l’espace est de 4 m² par bête, à l’intérieur, c’est 9 poules par m² de surface utilisable. Ici, nous avons opté pour un système par étagères sur lesquelles elles peuvent percher. De cette manière, la surface au sol est multipliée », explique-t-il.

Une nourriture végétale et une eau biodynamisée

L’alimentation des poules a également été mûrement réfléchie. « Il y avait deux choix : soit faire du 100 % végétal, soit opter pour une nourriture à base de graisses animales. J’ai banni la deuxième option. Nous avons réussi à maîtriser cette nourriture. Ce n’est pas toujours simple, car il faut apporter d’autres sources de protéines afin qu’elle soit complète ». En aviculture, comme dans les autres élevages, tout est une question d’équilibre pour trouver les apports les mieux adaptés… Et ce n’est pas encore fini, puisque l’agriculteur souhaite également miser sur les probiotiques pour améliorer la flore intestinale de ses bêtes, et augmenter de cette manière leurs défenses immunitaires. « On en a déjà mis dans l’eau et l’air. Maintenant, j’aimerais en ajouter dans les aliments. Je suis à la recherche du meilleur produit, et du bon protocole pour les apporter au moment opportun. Il faut analyser l’ensemble afin de prendre la meilleure décision ».

Autre aspect primordial pour Vincent ? Offrir aux poules une hydratation de qualité. Logique, puisque cet éleveur est aussi géobiologue. Pour parvenir à son objectif, il a appliqué des techniques issues de cette discipline en forant un puits sur un réseau dit « sacré ». En géobiologie, la terre serait quadrillée de plusieurs réseaux qui influencent notre vie. L’eau provenant d’un réseau sacré donnerait de bonnes énergies. Ensuite, celle-ci est « réinformée ». Un effet de cascade a été recréé afin d’en améliorer la structure et son assimilation par les animaux. « Au début, je rencontrais plusieurs problèmes avec mes poules. J’ai fait le tour des aspects scientifiques classiques, pour me tourner ensuite vers la géobiologie. J’attache beaucoup d’importance à l’eau. Je l’ai d’ailleurs fait analyser au niveau des Pfas ».

Catherine Colot et Vincent Lust, nouvellement impacté par la directive européenne.
Catherine Colot et Vincent Lust, nouvellement impacté par la directive européenne. - D.T.

Une directive sur les émissions industrielles concernant davantage d’éleveurs

Une conduite d’élevage qui lui permet, d’une part, de proposer des produits de qualité, et, d’autre part, de respecter les normes environnementales en vigueur. Ainsi, l’élevage avicole, comme d’autres filières, est soumis à la directive sur les émissions industrielles européennes. Si la première mouture date de 2010, une révision a été réalisée en 2024. Elle s’adresse spécifiquement aux secteurs des volailles et des porcs, et non des bovins, en incluant une série des meilleures techniques disponibles visant à prévenir ou, lorsque cela n’est pas réalisable, à réduire en permanence la pollution de l’air, de l’eau et du sol due aux émissions industrielles et aux émissions provenant de l’élevage dans l’Union européenne, notamment l’oxyde d’azote, l’ammoniac, le mercure, le méthane et le dioxyde de carbone.

Néanmoins, les agriculteurs ont encore un peu de temps pour se mettre aux normes, puisque celle-ci doit être transposée dans le droit national au plus tard le 1er  juillet 2026. « Un groupe de travail composé de différents représentants des États membres doit établir une liste de techniques, en analysant si de nouvelles doivent être ajoutées ou si celles proposées actuellement sont suffisamment efficaces. Beaucoup de choses sont déjà mises en place, comme le préséchage des fientes, la bonne gestion des déchets, l’utilisation efficace des ressources… Nous en saurons plus d’ici 2026. Cependant, la différence par rapport à avant réside dans les seuils concernés », souligne Catherine Colot, chargée de mission au Collège des Producteurs.

Si auparavant ces normes européennes, pour les poules pondeuses, s’appliquaient aux élevages à partir de 40.000 places, à présent, c’est 21.429 places. En Wallonie, 32 fermes sont concernées, dont 26 nouvellement impactées. Parmi elles, justement, celle du Bois du Roi. « En réalité, lorsque j’ai demandé mon permis, la législation, je la suivais sans vraiment la connaître puisque nous sommes obligés de respecter les règles », indique Vincent Lust. Ce sera donc lorsqu’un agriculteur souhaitera se lancer dans une nouvelle construction ou renouveler son permis d’environnement que cette série de mesures sera scrutée.

Néanmoins, la ferme hennuyère est déjà sur la bonne voie. Outre les techniques précédemment citées, elle est équipée de panneaux solaires et applique une gestion des fientes parfaitement orientée dans cette optique.

Des fientes… au service de la population !

Grâce à une collaboration avec la commune d’Aiseau-Presles, les fientes des poules du Bois du Roi, entre autres, servent à alimenter énergétiquement tout un quartier ! « 95 % des fientes partent vers leur unité de biométhanisation. Le restant permet de fertiliser les terres agricoles », complète l’agriculteur. Un partenariat gagnant-gagnant. D’un côté, les éleveurs de la région y apportent le lisier et les résidus agricoles. De l’autre, ces matières biologiques sont transformées en chaleur ou en électricité.

Néanmoins, avant de partir vers ce traitement, les fientes des poules sont préalablement séchées. Tombées sur un tapis, elles sont exposées à un flux d’air qui permet la formation d’une croûte autour d’elles. « Ce sont les fientes humides qui dégagent le plus d’ammoniac. Le fait de les présécher fait justement partie des techniques préconisées dans la directive », rappelle Catherine Colot. Si, chez Vincent Lust, elles partent chaque semaine vers cette transformation, les éleveurs les stockant dans un hangar ne peuvent pas dépasser le seuil de 3 m de hauteur. « Si elles chauffent trop, elles peuvent s’auto-consumer », ajoute le Hennuyer.

Les fientes tombent sur un tapis, sont préséchées afin de limiter le dégagement d’ammoniac.  Ensuite, elles partent, toutes les semaines, vers une unité de biométhanisation communale.
Les fientes tombent sur un tapis, sont préséchées afin de limiter le dégagement d’ammoniac. Ensuite, elles partent, toutes les semaines, vers une unité de biométhanisation communale.

Un manque d’œufs et une demande croissante

Ce dernier met les choses en perspective lorsqu’on discute de la directive… En effet, en Wallonie, les éleveurs sont moins impactés par les règles environnementales qu’au nord du pays. « Avec le plan azote, on annonce une dizaine de pourcents de poulaillers en moins en Flandre », note Catherine Colot. Elle continue : « Puis, il y a les transitions. Par exemple, la France s’est engagée à arrêter les cages en aviculture. Les éleveurs vont perdre en capacité d’animaux ». Le tout sans compter les ravages de la grippe aviaire, avec des épisodes dans plusieurs zones de notre pays.

Conséquences ? Si notre région compte moins de poules pondeuses, les besoins à l’intérieur et hors de nos frontières augmentent. Le tout conjugué à une consommation en progression : « La viande est onéreuse, les gens se tournent vers une protéine moins chère. Cela a une conséquence sur le marché, avec des prix en hausse. En été, d’habitude, on observe un creux, puis une remontée lors des fêtes. À présent, cela s’est quasiment lissé dans le temps », raconte Vincent Lust. Une tendance qui n’est pas pour déplaire aux agriculteurs. Selon lui, le prix des œufs vendus aux marchands a doublé entre 2017 et aujourd’hui.

Avec des clients satisfaits, « des gens disent qu’ils retrouvent l’œuf de leur grand-mère, mangé quand ils étaient petits », et un besoin grandissant pour les consommateurs, Vincent ne manque assurément pas de nouveaux projets pour développer sa ferme.

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