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Les «richesses» de la langue française et les pesticides

Bizarrement, aujourd’hui, le nom d’un produit change selon l’idéologie ou la profession de celui qui l’utilise alors que le dictionnaire nous dit qu’une dénomination correspond à la désignation d’une même chose ou d’une même personne.

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En voici quelques exemples.

Si vous êtes agriculteur, vous prendrez soin de la santé de vos plantes en pulvérisant des produits de protection des plantes.

Si, par contre, vous êtes un écologiste qui se serait fourvoyé dans l’agribashing, vous accuserez les fermiers de pulvériser des pesticides sur leurs cultures.

Si vous êtes apiculteur et que vos ruches sont attaquées par des acariens, vous pourriez malheureusement être amené, à contre cœur, à les pulvériser avec des pesticides, pardon, à les traiter avec des produits anti-varroa.

Si vous êtes parents et que vos petites têtes blondes rentrent de l’école avec des habitants dans leur chevelure, vous les traiterez avec des anti-poux qui ont contenu ou contiennent toujours des insecticides que les agriculteurs ne peuvent plus employer sur leurs plantes. Il en est de même pour les colliers anti-puces des animaux de compagnie.

Si vous êtes simple citoyen et qu’un nid de frelons asiatiques, de moustiques tigres ou simplement de guêpes vient s’installer chez vous, il ne sera pas pulvérisé avec des pesticides mais il sera traité avec une poudre adéquate.

Si vous êtes Français, organisateur des Jeux olympiques et que vous ne voulez pas avoir la honte d’offrir aux athlètes du monde entier une literie déjà occupée par des punaises, vous devrez pulvériser des insecticides, pardon, je voulais dire vaporiser des produits anti-punaises.

De tous ces exemples, je n’en déduirai pas, comme tous ces citoyens continuellement désinformés, que seuls ces « maudits » agriculteurs emploient des pesticides. On vous cachera évidemment que ces matières actives, appliquées de façon raisonnée, sont nécessaires pour assurer d’une année à l’autre une alimentation régulière, que Dame Nature soit généreuse ou non.

Ces produits sont même indispensables pour protéger nos aliments ; par exemple de l’ergot du seigle ou des mycotoxines qui sont des champignons mortellement toxiques. Cela est reconnu par l’Efsca, l’agence européenne pour la sécurité alimentaire.

Mais qu’est-ce donc,

un pesticide ?

Agronome de formation, je n’ai jamais, pendant tout mon cursus, ni vu, ni entendu, ni écris ce terme qui fait peur. Bizarre !

Entré dans la vie active j’ai continué à m’intéresser à la protection des plantes en suivant les études intéressantes faites à la station de phytopharmacie située autrefois rue de Liroux, à Gembloux. Elle nous apportait une réelle aide pour accomplir notre raison d’être : nourrir la population.

Comme agriculteurs, nous connaissons mieux les racines des plantes que les racines des mots ou étymologie. Pest en anglais signifie insecte nuisible ou parasite et cide provient du latin caedere  : tuer. Tout homme sensé peut donc trouver ce produit intéressant, surtout quand il est employé à bon escient. Malheureusement, tout ce monde de gens désinformés, d’intégristes ou de politiques cherchant des voix n’y voit que peste, ce terme qui fait peur.

Il n’est pas inutile de répéter que la même molécule s’appelle soit médicament, soit pesticide selon qu’elle est achetée à l’officine ou chez le distributeur phyto. En conclusion, les bobos pourront utiliser sans se cacher ces « odieux » pesticides pour lutter contre les nuisibles, il leur suffira de les renommer comme ci-dessus d’une façon plus attrayante.

André Jadin

Meux

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