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Quels défis et solutions pour la gestion des sols engorgés ?

Tout est relatif, c’est certain : dans les domaines de l’agriculture et de l’horticulture, les professionnels ont été confrontés à énormément de difficultés dans les champs, des défis sans commune mesure avec d’autres secteurs. Cependant, il est tout aussi crucial de considérer l’engorgement des sols dans nos potagers. Cette attention est essentielle pour garantir une reprise normale des activités au printemps.

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Lorsque le potager est inondé quelques heures, l’eau s’insère dans les porosités du sol et en chasse l’air. Après la décrue, la terre est refermée et très peu aérée. Les échanges gazeux de l’atmosphère du sol avec celui de surface ne se font plus. La flore et la faune dans le sol sont asphyxiées aussi. Cet automne, ce n’est pas en heures, mais en semaines que les sols sont restés engorgés d’eau.

Le gel des quelques derniers jours peut améliorer un peu la structure des sols, mais sur quelques centimètres de profondeur seulement.

Ce qu’il est possible de réaliser rapidement

Le sol est compacté et la structure est dégradée. Dès que le sol est ressuyé et que l’accès est permis, il faut essayer de progressivement aérer le sol. Dans de nombreux endroits de notre région, il faudra attendre que ceux-ci soient bien ressuyés. Un décompacteur ou une fourche-bêche permet de décompacter en profondeur. Ce travail est possible sur toutes les surfaces libres. Les terrains occupés par les légumes d’hiver seront manœuvrés ultérieurement.

Agir avec ou sans retournement ?

C’est la question classique dans les cercles horticoles ou entre jardiniers : bêcher ou décompacter sans retourner le sol ? La réflexion revient régulièrement dans ces colonnes. Mais en ce milieu de saison hivernale, après les précipitations automnales abondantes, après les quelques jours de gel et de neige, la question la plus importante n’est pas celle-là.

Nous devons tenir compte de deux aspects : les sols sont compactés et ils ne sont pas encore ressuyés. En conséquence, nous devrons agir au mieux pour permettre leur décompaction. Et nous devrons avoir la patience d’attendre que cette décompaction soit possible.

La décompaction sera nécessaire pour la grande majorité des potagers. L’objectif est de permettre à l’air de pénétrer à nouveau dans le sol. Ensuite, les échanges gazeux entre le sol et l’atmosphère redeviendront possibles. Le travail à la fourche-bêche ou à l’aide d’outils à dents adaptés permet de travailler sur une profondeur d’une vingtaine de centimètres. Un peu plus ou un peu moins, selon la profondeur travaillée antérieurement à cet endroit. L’outil est enfoncé et un soulèvement partiel permet d’attendre l’objectif. Si le sol est paillé, nous enlevons le paillis ou pas, selon la façon la plus aisée de travailler.

Le travail avec retournement est préféré quand nous souhaitons gérer en même temps l’enherbement du jardin. Le bêchage avec retournement est une action qui concoure à la réduction du nombre des plantes adventices sauvage. Il permet aussi de remettre assez facilement à niveau les terrains dont la structure a été complètement démolie lors des récoltes hivernales. La profondeur de travail est d’environ une vingtaine de centimètres.

Pour ceux qui utilisent des roto-fraises pour travailler le sol, on recommande la plus grande prudence. Ces outils permettent l’obtention d’une structure émiettée. Mais il est impératif que le sol soit très bien ressuyé sur toute la profondeur du profil travaillé. Dans le cas contraire, nous malaxerions ce dernier en vue de préparer un « béton ». Les résultats de nos cultures ne pourraient qu’être déplorables. Alors, oui, ce sont de bons outils, mais seulement si nous savons les employer sur sols bien ressuyés.

Concernant le bon timing, retenons bien qu’il faut savoir patienter avant d’intervenir. La terre doit pouvoir être travaillée librement. Pour nous en assurer, nous prenons cette terre dans la main et nous serrons. Si elle se délite, elle est ressuyée. Si elle reste compactée en une masse dans notre poing, elle n’est pas ressuyée et nous devons attendre.

Ce serait un comble que d’intervenir quand le sol n’est pas ressuyé. Nous ferions pis que mieux. Mais dès qu’il le sera, allons-y. Commençons à travailler la décompaction. Par ailleurs, l’observation des vers de terre et aux animaux du sol permet de voir tout le travail que cette faune réalise. Mais cette année, retenons qu’il faudra lui donner un coup de main.

L’objectif est d’obtenir une structure acceptable pour les nouvelles implantations de cultures printanières. Choisissons les jours de travail possible d’ici là.

Pour l’avenir…

Un sol de la région limoneuse de Belgique peut absorber quelques 8 litres par m² et par heure. C’est un ordre de grandeur. Si les pluies sont plus abondantes, le sol est battu en surface, des écoulements amènent l’eau en d’autres endroits du terrain. Nous ne savons pas y faire grand-chose.

Cependant, nous pouvons intervenir pour améliorer sa résistance face aux fortes précipitations. Le drainage et le paillage sont de bonnes solutions, comme nous l’avons déjà expliqué dans cette rubrique.

De plus, le CNRS et l’INRA français ont publié en 2016 le fruit de recherches expliquant qu’une bonne teneur en potassium du sol permet aux plantes de mieux réguler leurs fonctions vis-à-vis des excès d’eau après une inondation. Retenons-le en faisant analyser la terre du jardin.

Surtout, poursuivons nos efforts de plantation et d’entretien de haies et d’espaces sauvages dans le jardin. Ils concourent à l’équilibre général y compris la gestion de l’eau.

Envisager la culture sur ados

Les derniers étés secs nous ont fait oublier que la météo belge pouvait aussi être pluvieuse. Pour les jardins que ne se drainent pas facilement, n’hésitons pas à envisager la culture sur ados. Cette technique ancestrale garde toute sa valeur. Si de l’eau stagne cet hiver sur notre terrain, elle est plus que recommandée.

Nous pouvons aussi recourir au drainage de surface ou au drainage souterrain. Le choix dépendra de la différence de niveau par rapport à l’exutoire, de la présence éventuelle d’une couche imperméable sous la zone ameublie de surface et de la configuration générale de la parcelle.

La topographie de la parcelle et le niveau de l’exutoire permettent de dresser le plan du réseau de drainage. Celui pourra combiner plusieurs techniques, tenant compte de qui existe déjà : cours d’eau, fossés, rigoles, sorties de conduites, drainage souterrain.

Les fossés conviennent bien pour des sols peu profonds. Ils peuvent être écartés d’une cinquantaine de mètres ou un peu plus. Ils sont taillés à une profondeur plus grande que le rabattement souhaité de la nappe. Notons qu’il faut bien étaler la terre de surface lors du creusement du fossé pour éviter d’avoir une retenue latérale d’eau en cas de précipitation violente.

Pour les drainages souterrains, les drains seront enrobés d’une couche filtrante pour les sols ayant moins de 20 % d’argile.

Et bien sûr, il est interdit de faire s’écouler l’eau chez le voisin. Le code civil règle ces cas.

À retenir

Vous l’aurez donc compris : il est essentiel de mettre rapidement en place les mesures correctives, telle que la décompaction du sol, avec ou sans retournement de la terre.

Il faut aussi tenir compte de nos observations pour les aménagements à prévoir : fertilisation potassique, drainage, paillage, culture sur ados, etc.

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