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On vous a compris!

Comme c’est beau : à l’unisson, tous les politiques soutiennent les agriculteurs. Fini l’agribashing ! Les libéraux, à fond les manettes, pourvu qu’on maintienne le libre-échange sur les marchés. Les socialistes ont le cœur qui saigne à condition qu’on maintienne le pouvoir d’achat en important bon marché. Et les écologistes, pareil, avec une bouche en cul-de-poule quand on parle de l’accumulation et de la complexification des normes environnementales.

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Les agriculteurs aussi ont compris : en démocratie, donc en lobbycratie, il faut faire entendre sa voix et négocier « donnant-donnant », sachant qu’en fin de compte, tout le monde est d’accord pour que ce soit le citoyen qui paie, peu importe qu’il soit consommateur ou contribuable. Dans ce registre, il n’y a pas un parti pour rattraper l’autre.

Et si on s’inspirait des constructeurs automobiles ? On a besoin de voitures comme de nourriture. Sauf qu’en roulant, on consomme de l’énergie fossile, donc on réchauffe la planète. En agriculture, on fait le contraire, on fixe du carbone et personne ne semble au courant. Les constructeurs ont réussi à faire passer la voiture électrique comme écologique et à faire payer la différence de coût par le contribuable. Mieux, des avantages fiscaux pour ceux qui, souvent, n’en ont rien à cirer. Pire, les voitures qui ont fait leurs preuves seront bientôt interdites à Bruxelles. Des capteurs à l’entrée, de l’informatique qui suit et l’ardoise pour les contrevenants. Trop fort !

Transposons, et d’abord tolérance zéro pour tous les produits importés sans conformité. Le contraire de ce que la commission souhaite quand cela l’arrange (voir Le Sillon du 25/1, LMR pour des produits interdits)

À l’intérieur de l’Europe, il faudrait interdire aux écologistes nationaux d’ajouter des normes qui désavantagent leur propre agriculture, au-delà des règlements européens. En clair, les empêcher de se tirer une balle dans le pied.

Avant de subventionner ceux qui décarbonent un peu, commençons par encourager ceux qui fixent beaucoup de carbone par photosynthèse, un point fort de l’agriculture. On fixe le carbone dans le grain, la paille, les racines. On le fait via les cultures (1 tonne de matières sèches, c’est 1,5 tonne de CO2 fixé). On peut aussi le faire en redessinant le paysage, à condition d’y mettre le prix.

Le message des manifestations est clair : mise à niveau des normes à l’importation sur les normes appliquées en interne. Allez, au boulot les écolos, négociez-nous cela avec les libéraux et vous aurez de l’étranger la qualité et le prix de ce que nous produisons en proximité. Vous voulez plus de haies et de bois, OK, c’est en route avec « Yes, we plant » un million d’arbres plantés récemment ainsi que 4.000 km de haies. Vous voulez baisser les émissions de gaz à effet de serre des citadins, pas de soucis, on va vous fournir autant de « renouvelable » que vous le souhaitez.

On doit certes se faire à l’idée que la plupart des gens ne savent plus trop ce qu’est la faim. Pour certains, la nourriture ne vient pas des champs mais des supermarchés. Quel que soit le prix de base, les grandes surfaces feront toujours mine de défendre le consommateur, mais qu’on cesse de prendre les agriculteurs en otages.

Pour d’autres, les attentes ont changé. Le marqueur est mis sur la fin du monde pour cause de réchauffement climatique. Aidons-les à lutter pour la fin des énergies des fossiles, à condition qu’on subsidie ce travail à sa juste valeur.

Les sondages montrent que les citoyens tiennent à l’agriculture et sont d’accord d’y mettre le juste prix. Alors, qu’attendent les politiques pour y mettre les moyens ? Là, on n’a pas tout compris.

JMP

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