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Le carbone, fer de lance d’une agriculture énergétique

Au siècle de la décarbonation, le carbone est « En avant, toute ! » pour l’agriculture. Pour en parler, Fréderic Thomas était en Belgique et beaucoup d’agriculteurs, sensibles à la conservation des sols, ont eu l’occasion de l’écouter. 

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Ils ont pu mesurer toute la différence entre l’analyse d’un homme de terrain et la bureaucratie. Elle semble d’ailleurs en prendre conscience puisque le Sillon Belge du 28 mars nous informe que la nouvelle mesure agri-environnementale et climatique « Sol » est désormais orientée sur les résultats. Elle s’appellerait MR pour « Méthode aux Résultats » (sans connotation électorale, bien sûr).

Frédéric Thomas nous a habitués à sortir des sentiers battus, à observer ce qui peut paraître contre-intuitif et, de fait, à faire avancer l’agronomie. Son exposé commence fort : une photo avec deux vases de végétation, l’un thermofugé, l’autre pas. Intuitivement, on se dit que le plus luxuriant est celui où la vie microbienne est restée intacte. Erreur, c’est l’autre… C’est ce que Liebig avait dû se dire : ce n’est pas l’activité biologique qui nourrit la plante directement mais les minéraux qu’elle libère de la matière organique. Elle peut même, à certains moments, être concurrente. Ceci explique le « tout à l’engrais » pendant un siècle.

La plante n’a que faire du carbone du sol, elle se sert directement dans l’air par photosynthèse. Mais, c’est sans compter toutes les autres propriétés du carbone, par rapport à la gestion de l’eau, à l’érosion et aux échanges physico-chimiques. Le minéral agit vite mais pas longtemps. L’organique, c’est le contraire.

Et l’activité biologique, ce sont les petites mains qui bossent pour transformer tout cela, à condition que les minéraux nécessaires aux cultures soient présents. Un sol ne peut pas donner ce qu’il ne contient pas. Les micro-organismes du sol ne sont pas des créateurs mais des libérateurs d’éléments minéraux. Une grosse exception quand même : les bactéries fixatrices d’azote, mais dans certaines limites, souvent insuffisantes par rapport aux besoins des cultures actuelles.

L’avenir, c’est la réconciliation entre l’organique et le minéral, sachant que plus il y a d’organique, moins il faut de minéral. Et l’organique, c’est essentiellement de l’énergie. On ne parle plus qu’en « équivalent carbone ». Curieusement, ceux qui s’intéressent aux gaz à effet de serre de l’agriculture oublient de commencer par la première partie du bilan : la photosynthèse.

La photosynthèse, c’est quand même la grosse machine qui retire du CO2 de l’atmosphère pour le mettre sous forme organique, proportionnellement au rendement. Perdre inutilement du rendement, c’est du CO2 qui reste dans l’atmosphère, et indirectement de la déforestation quelque part pour répondre aux besoins des humains. C’est « tout faux » d’un point de vue « bilan carbone »

En matière d’énergie, bonne nouvelle, le taux de retour énergétique a explosé. En 1882, l’investissement énergétique, c’était essentiellement l’homme et la traction animale. Aujourd’hui, c’est principalement la fabrication d’azote et les machines. À l’hectare, l’énergie investie a augmenté de 20 % mais en sortie, elle a augmenté de 300, voire 400 %.

Donc, pour apporter du carbone au sol, il faut le produire. Un sol fertile produit plus de sous-produits (paille, racines). Les couverts sont à maximaliser, en ce compris en jouant sur les dates de semis et de destruction. Le maintien d’un « mulching » aide aussi contre l’augmentation des températures de sol. Si bétail il y a, les prairies temporaires renforcent le stockage additionnel de carbone. Sinon, il y a les apports exogènes comme les composts.

Évidemment, tout élevage est un contributeur d’apports organiques. Ce n’est pas sans humour que l’attention est attirée sur les grandes concentrations de monogastriques, nourris fort artificiellement, sans plan d’épandage pour leurs effluents qui n’entrent d’ailleurs jamais dans les bilans carbone. La plus grande en Belgique s’appellerait… Bruxelles.

Bref, il y a du pain sur la planche pour encore améliorer la fertilité des sols et, plus encore, pour que les « conventions » gagnent en objectivité quand elles abordent l’agriculture.

JMP

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