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Premier baromètre du moral des agriculteurs bio

Marché en recul, chiffre d’affaires en baisse, prix de vente qui passent sous les prix conventionnels sont devenus courants en 2022 et 2023 dans les fermes bio. Le constat n’est pas favorable pour celles et ceux qui sont pourtant engagés dans des pratiques positives qui devraient être mieux valorisées : protection de la santé, de la biodiversité, des sols, de l’eau, du climat. L’Unab leur a donné la parole.

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Ils sont environ 280 à avoir répondu à un questionnaire début 2024, représentant 14 % des 2.000 producteurs bio en Wallonie.

Donner du sens à son métier

Plus de 80 % des répondants déclarent être fiers d’être en bio. Mieux : 73 % d’entre eux estiment qu’être en agriculture biologique contribue à leur bonheur.

Dans la situation agricole tendue actuelle le choix de l’agriculture biologique participe donc à donner du sens à leur métier, être en accord avec leurs valeurs et leurs aspirations.

Dans un contexte de départ massif à la retraite dans les dix ans, le bio aide en outre à recruter les nouveaux talents. Selon une étude du Collège des producteurs, 75 % des Nima (Non Issu du Milieu Agricole) et 67 % des étudiants des filières agricoles qui ont un projet agricole souhaitent s’orienter vers l’agriculture biologique, prouvant l’attractivité des pratiques du cahier des charges bio.

Un choix altruiste et peu reconnu

Parmi les motivations majeures pour se convertir en bio, on peut relever : prendre soin de l’environnement (eau, sols, air, biodiversité) pour 82 % des répondants, préserver la santé (la sienne, de sa famille, ses voisins) pour 77 % et retrouver la fierté de produire des aliments bons et sains pour 58 % des répondants.

Produire en bio est avant tout un choix individuel, mais pas égoïste, puisqu’il vise à prendre soin de soi, des autres et de l’environnement.

Malheureusement, cet engagement collectif manque d’un élément crucial pour pouvoir développer ces filières : la reconnaissance. Pour 50 % d’entre eux, c’est d’ailleurs le premier élément nécessaire pour pérenniser le développement de l’agriculture bio, devant l’organisation des filières et des aides accrues.

De possibles déconversions en perspective

Ces agriculteurs sont aussi très préoccupés par les nombreuses difficultés auxquelles ils doivent faire face. 49 % des répondants ont constaté une baisse de chiffre d’affaires entre 2019 et 2023. Pour 10 % d’entre eux, cette diminution est même critique (-30 à -50 %) et les contrats sont plus difficiles à conclure aujourd’hui qu’avant 2022 pour 55 %.

Puisqu’ils identifient justement les débouchés et la plus-value comme un élément fondamental pour continuer de produire en bio, ce constat est même de nature à remettre en question l’engagement de certains des répondants : 9 % arrêteront sans doute leur engagement si la situation ne s’améliore pas dans les prochaines années. Ils sont 19 % à y penser.

Parmi les plus désabusés, des producteurs de céréales, des éleveurs bovins (viandeux) et des producteurs ayant fait le choix d’entrer dans ce secteur via un poulailler bio en diversification.

Ils ne sont en outre que 25 % à avoir une vision optimiste de l’évolution des filières bio, et c’est là tout l’enjeu : garantir des perspectives pour – au minimum – maintenir les fermes déjà existantes. Malgré cela, et on peut y voir une réelle résilience, 30 % des répondants souhaitent continuer d’investir dans leur exploitation.

Manque d’information des consommateurs et de volonté politique

En réponse à ces défis, ces producteurs wallons en appellent au collectif, pouvoirs publics et agroalimentaire, afin de vendre au juste prix la production agricole bio. 30 % des sondés demandent par exemple un encadrement des marges sur les produits bio en grande surface, qu’ils estiment exagérées.

Ces agriculteurs souhaitent un renforcement de l’information du grand public sur ce qu’est cette filière et surtout assumer collectivement un message fort sur ses bienfaits. Ils identifient une volonté politique trop faible en faveur du bio.

Ce manque de volonté se traduit pour 42 % des sondés dans une concurrence du label bio avec des concepts flous tels que l’agroécologie, non-encadrés dans leurs pratiques au contraire de la bio. Pour 63 % des répondants, la communication publique sur l’agriculture bio est défaillante. Ils sont aussi nombreux à déplorer la défiance rencontrée à l’égard de ce secteur chez les collègues agriculteurs conventionnels, l’administration, les politiques.

Revalorisation des aides

58 % des répondants estiment qu’une augmentation des aides est nécessaire à la survie de leur exploitation en bio. Pour 40 %, une aide d’urgence serait même nécessaire. Le budget est disponible, il s’agit donc d’une question de volonté politique.

Parmi les leviers publics disponibles, ils sont 43 % à demander une meilleure organisation des filières bio, qui restent assez fragiles face à des chocs comme nous les avons vécus ces dernières années.

Répondre aux ambitions de transition agricole

Pour limiter la régression en surface et nombre de fermes bio, qui serait catastrophique pour la transition alimentaire et agricole, il est crucial de pouvoir faciliter l’installation et pérenniser des débouchés pour ceux qui souhaitent se lancer.

Il est désormais nécessaire de piloter le marché bio autant par l’offre que par la demande et d’avoir une consommation alimentaire cohérente avec les ambitions de transition agricole.

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