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Ovins et caprins : abattage et valorisation de la production locale

Les filières ovine et caprine se sont favorablement développées en lien avec l’accroissement du nombre d’éleveurs et d’animaux de production. Mais pour arriver jusqu’à l’assiette du consommateur, ces derniers doivent passer par la case de l’abattage. Qu’en est-il exactement de ce secteur spécifique ?

Temps de lecture : 6 min

Les ovins et les caprins sont deux spéculations différentes. Mais elles sont également intimement liées pour un élément de la filière : l’abattage. Sauf en cas de mortalité, tous les animaux de production, qu’ils soient allaitants ou laitiers finissent en principe à l’abattoir. Ces outils sont donc essentiels à la bonne valorisation des productions locales.

Aujourd’hui, les abattages d’ovins et de caprins évoluent dans des directions opposées.

Globalement, les premiers sont en chute libre tandis que les seconds montent en flèche. Mais les deux sont interdépendants. Les établissements qui traitent des caprins abattent systématiquement des ovins. L’inverse n’étant pas forcément vrai. Il est donc nécessaire d’analyser ces volumes séparément puis de manière agglomérée.

Les données 2023 sur le nombre de têtes abattues sont sorties. Il faut toutefois noter que certains éléments d’analyse ne sont pas encore disponibles comme les volumes importés ou l’évolution du cheptel.

Les ovins : les abattages en chute libre

Notre pays a enregistré une chute de 65.000 abattages d’ovins entre 2016 et 2023.

Il s’agit d’une décroissance de 46.8 % en seulement huit ans. Cette diminution s’est accompagnée de la fermeture du traitement des ovins dans 15 outils différents. Ce qui n’a toutefois pas toujours impliqué la fermeture de l’abattoir. Le dernier exemple en date étant celui de Ciney qui a fermé ce segment le 1er avril 2023 tout en maintenant actif celui des bovins. C’est donc une véritable contraction des volumes qui est en cours.

Cette diminution est imputable à plusieurs facteurs. Avec une autosuffisance de 15 % en 2022 et une consommation stable en kg par habitant, on ne peut incriminer la contraction des volumes d’animaux abattus par une chute de la consommation. La cause de cette tendance est donc à chercher ailleurs.

La mise en œuvre de la législation sur l’interdiction d’abattage sans étourdissement entre 2018 et 2019 a donné un premier coup de frein. Les chiffres se sont stabilisés durant la crise sanitaire pour chuter à nouveau en 2022 et 2023.

La reprise économique mondiale et l’inflation ont favorisé les viandes d’importation en 2022. Moins chères, elles sont donc plus accessibles pour les consommateurs que nos productions locales. La viande d’agneau constitue un mets plus « festif » et n’est pas consommée au quotidien.

Les productions locales ont eu plus de mal en 2022 au niveau national. Pour 2023, ces explications sont encore valables, mais sont moins marquées. L’inflation n’y était plus que de 2.3 %, contre plus de 10 % en 2022.

Pour 2023, ce qui a certainement le plus impacté le travail dans nos abattoirs, c’est la disponibilité en agneaux hollandais. Il faut savoir que la Belgique importe actuellement de grandes quantités de moutons des Pays-Bas pour permettre à nos outils de tourner et pour contenter nos marchés demandeurs.

En automne dernier, la maladie de la langue bleue sérotype 3 a sévi chez nos voisins du nord. Celle-ci également appelée BTV-3, a un taux élevé de morbidité et de mortalité. Cela a ralenti les exportations hollandaises et, par conséquent, les abattages ovins dans nos outils.

La Flandre, qui était encore dans une situation favorable en 2016, se retrouve quant à elle bonne dernière en 2023. Même la région bruxelloise tue plus d’ovins que l’entièreté des outils flamands.

En Wallonie, les abattages qui étaient en croissance se sont tassés (-10.4 %) en 2023. La fermeture en avril dernier de ce segment à Ciney ne s’est pas totalement reportée sur les autres outils. La fermeture des abattoirs ovins renvoie systématiquement une partie de ces animaux dans le marché des abattages privés.

Les caprins : une niche dans la niche des petits ruminants

Les volumes d’abattage de chèvres sont plus faibles que ceux des ovins. En 2016, à chaque caprin abattu, c’était plus de 10 moutons qui l’étaient. Aujourd’hui, la décroissance des ovins et la croissance des caprins ont ramené cette proportion à 1 caprin pour 2 ovins.

Sur la période d’analyse qui court de 2016 à 2023, les abattages de caprins sont passés 12.860 à plus de 34.700 par an. Soit une multiplication par 2 des volumes accompagnés d’une concentration dans Des chiffres qu’il faut examiner à la lumière de l’évolution du cheptel.

Entre 2015 et 2022, les troupeaux wallons de chèvres laitières ont été multipliés par 2 passants de 7.000 à 15.000 chèvres de production. Pour la Flandre, et sur la même période, le cheptel s’est accru de 20.000 têtes pour arriver à 56.000 caprins.

Outre cette tendance à la croissance, on peut noter la spécialisation de certains abattoirs dans cette espèce. Une orientation source de création de nouveaux débouchés et de diminution du coût de l’abattage pour ces acteurs.

Après les constats du passé, quelles perspectives ?

Au-delà de ces constats se pose désormais la question de l’avenir pour le secteur des abattoirs. Si la décroissance continue, ceux-ci ne verront plus l’utilité de maintenir une activité et seront contraints de mettre la clef sous la porte. De plus, aujourd’hui, les seules infrastructures qui traitent des petits ruminants en Wallonie sont publiques et souvent déficitaires.

Leur fermeture ouvrira toutefois la porte à certaines dérives telles que les abattages clandestins ou encore l’abandon de déchets d’abattages avec des conséquences délétères en termes de salubrité publique et de bien-être animal.

Est-il quand même possible d’augmenter les abattages avec notre secteur belge de petits ruminants ?

Le rapport entre les abattages d’ovins et de caprins et leurs cheptels est de 0.408. Cela signifie que l’on abat 0.4 ovin ou caprin par femelle de production. Ce chiffre est très bas. Il y a donc de grandes proportions d’animaux qui restent sur le secteur des abattages privés. La création de filières de valorisation peut permettre d’augmenter ce taux.

Pour créer des filières, il y a plusieurs schémas possibles. La création d’organisation de producteurs, de coopérative d’éleveurs qui rassemblent leurs productions pour les valoriser ensemble et plus facilement. Une autre voie serait la création d’un marché de petits ruminants vifs. Ce marché servirait de centrale d’achat pour les gros acteurs flamands qui aujourd’hui s’approvisionnent en Hollande.

La concentration d’animaux en un lieu fixe permet de diminuer les frais logistiques pour ces acheteurs et de concentrer l’offre dans le temps. Ce double avantage pourrait permettre également d’augmenter le taux d’abattage par rapport aux cheptels. Ces voies de valorisation locale peuvent garantir le maintien des volumes d’abattages et donc des outils de production.

En conclusion, l’abattage des petits ruminants n’est pas épargné par la crise qui impacte le secteur, toutes espèces confondues. Les efforts doivent aujourd’hui se concentrer sur la pérennisation de ces outils.

D’après Nicolas Marchal

Collège des producteurs

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