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Pac : les syndicats dénoncent un désengagement de l’Europe

À l’occasion de l’ouverture de la Foire de Libramont, les six principaux syndicats agricoles wallons ont livré une déclaration commune, dénonçant la réduction annoncée du budget de la Pac par la commission. Ils y voient une menace pour la viabilité du secteur, pour la cohésion européenne, et pour le renouvellement des générations. Les autorités politiques, interpellées publiquement, ont assuré les soutenir.

Temps de lecture : 3 min

Pour la première fois, la Fédération wallonne de l’Agriculture (Fwa), la Fugea, la Fédération des jeunes agriculteurs (Fja), l’Union des agricultrices wallonnes (Uaw), l’Union des agriculteurs bio de Wallonie (Unab) et le Bauernbund (agriculteurs germanophones) ont pris la parole ensemble, devant un public de ministres wallons et de représentants fédéraux.

Une prise de parole concertée

Cette interpellation fait suite aux mobilisations de juillet à Bruxelles, où les mêmes organisations avaient déjà exprimé leur rejet des propositions de la commission. L’exécutif européen envisage une enveloppe de 300 milliards € pour la période 2028-2034, soit une baisse de 20 % par rapport au cycle 2023-2027. Une diminution jugée catastrophique, même si les États membres peuvent, en théorie, compenser via d’autres fonds.

Mais pour les syndicats, cette flexibilité est un leurre. Elle marque une « renationalisation rampante » de la Pac, ouvrant la voie à une concurrence déséquilibrée entre agriculteurs européens.

« Rien ne permet d’atteindre nos objectifs »

« L’heure est grave », a déclaré Philippe Duvivier, président de la Fugea. « Nos revendications étaient limpides : une Pac dotée d’un budget solide pour garantir des prix justes et accompagner les transitions. Rien, je dis bien rien, dans les annonces de la commission, ne permet cela ».

Le président de la Fja, Florian Poncelet, a pointé, pour sa part, un double désengagement : à l’égard des jeunes agriculteurs et du renouvellement des générations. « Faire plus avec moins, on n’a jamais su le faire. Avec une baisse de 27 %, comment garantir les installations, les investissements, ou même une alimentation durable ? »

La jeunesse agricole, a-t-il souligné, est en danger : seule une exploitation sur cinq compte aujourd’hui un jeune. Et avec une moyenne d’âge de 58 ans, le secteur peine à assurer sa relève. L’annonce d’un budget doublé pour les jeunes ne figure, selon lui, « dans aucun texte concret ».

Une architecture en trompe-l’œil

Les syndicats dénoncent également un brouillage des lignes dans la structure même de la Pac. La réforme détricote les deux piliers historiques de la politique agricole, selon eux, sans clarté ni garanties. « Le transfert croissant des responsabilités vers les États, voire les régions, affaiblit la cohérence du système », a alerté Philippe Duvivier. « Comment mettre en œuvre efficacement les objectifs environnementaux si les financements sont incertains ? »

La promesse de simplification administrative est elle aussi remise en cause. « Cette nouvelle architecture serait incompréhensible, tant pour les agriculteurs que pour les administrations. Elle bouleverserait tout juste après que les précédentes réformes ont été digérées », a-t-il ajouté.

Une interpellation directe au monde politique

La colère exprimée à Libramont était aussi une mise en demeure politique. Daniel Coulonval, président de la Fwa, a appelé le gouvernement wallon à défendre « une position ferme et sans ambiguïté ». « Nous étions ensemble à Bruxelles, nous sommes ici à Libramont, et nous resterons unis tant que des garanties concrètes ne seront pas apportées. Seule une Pac forte permettra de construire une agriculture viable, durable et rémunératrice pour les générations futures » a-t-il réclamé.

Marie-France Vienne

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