Accueil Potager

Que puis-je mettre en compostage?

Le compostage des déchets de jardinage et de cuisine fait partie des traditions paysannes. Même si l’habitude fut un peu perdue avec le réflexe du tout à l’égout et à la poubelle, le bon sens, la responsabilisation de chacun et aussi les aspects financiers incitent les jardiniers à revoir leurs habitudes…

Temps de lecture : 7 min

Traditionnellement, le mot compost n’était pas utilisé dans la vie courante. On parlait plutôt de « fumier », englobant dans ce nom celui des animaux et les déchets de jardinage. Une incorporation de termes et de matières. Bien entendu, nous pouvons constituer un compost sans nécessairement disposer de fumier d’animaux.

Humide, mais sans excès…

Le compostage est le résultat de l’activité des bactéries, champignons, micro-organismes, cloportes, vers de compost et d’autres organismes. Pour que cette vie s’y développe à souhait, le compost doit être humide mais sans excès. Pour s’en assurer, il convient d’en prendre une poignée et de la serrer dans le poing. Si la poignée tient la forme du point et produit quelques gouttes de liquide sous la pression, l’humidité est correcte. Par contre, si elle se délite en poussière, le compost est trop sec et il faut l’arroser. Et s’il est trop humide, la poignée libérera de grandes quantités de liquides sous la pression et dégagera des odeurs désagréables. Il faudra, dès lors, y ajouter des matières sèches.

Favoriser une bonne aération

Pour que la vie soit active dans le tas de compost, il faut de l’oxygène. Une bonne aération de la masse est très importante. Plusieurs techniques la permettent. L’aération se fait régulièrement avec une tige aératrice pour les futs de compostage. Pour les tas, prévoyons deux à quatre retournements par an au moins, à la fourche.

En incluant des éléments structurants comme du broyat de branchages, de la paille, des feuilles mortes, nous donnons une porosité à la masse. Cela favorise une bonne aération.

En retournant cette masse ou en la travaillant avec des outils, nous l’aérons en profondeur. C’est d’ailleurs une bonne occasion d’incorporer de nouvelles matières afin de relancer vigoureusement les réactions et la production de chaleur.

Si l’aération est nécessaire pour les processus de compostage, elle permet aussi de réduire les risques de dégagement d’odeurs désagréables.

Faut-il ajouter des produits stimulateurs ?

De manière générale, les réactions de compostage démarrent spontanément avec la flore présente sur les végétaux.

Lorsque le compost a été bien aéré durant sa fermentation, le pH est proche de 7 ou est légèrement supérieur. Il n’est donc pas acide et ne nécessite pas de correcteur de pH.

Les stimulateurs sont recommandés lorsque nous souhaitons raccourcir la durée du compostage, par exemple par manque d’espace dans le jardin.

Savoir quand il est mûr pour être étendu

Au niveau des tas de la taille correspondant à un jardin particulier, la durée totale de compostage est de l’ordre de 6 mois à deux ans. En aérant bien et en disposant de matières vertes autant que de matières brunes, la durée peut être raccourcie.

Le compost est mûr quand son odeur évoque celle des sous-bois. Lorsque c’est le cas, il peut être épandu au sol du jardin sans qu’il ne perturbe la germination ou la croissance des plantules.

Par ailleurs, la taille du tas de compostage dépend de la superficie du jardin. Pour les maisons sans jardin, le petit bac à compostage de balcon, pour les épluchures et quelques feuilles mortes convient parfaitement. Jusqu’à 3 ares, le fut de 2 à 400 l et jusque 10 ares le bac de 1 m³ feront l’affaire. Nous installons même 2 à 4 bacs de 1 m³ pour 30 ares de jardin. Au niveau des plus grands jardins, un tas en forme d’andain allongé permet d’introduire les matières d’un côté. À chaque retourne à la fourche, nous faisons avancer les matières du côté opposé pour disposer, après un compostage de 6 mois à deux ans, d’un compost utilisable de l’autre côté.

Les petites compostières sont placées à un endroit ensoleillé pour favoriser la montée de température. Les gros tas seront positionnés à mi-ombre vu leur volume.

Choisir les déchets qui peuvent y trouver leur place

Les déchets de cuisine ont bien leur place dans le compost. Toutefois, leur odeur peut attirer les rats. Afin de limiter l’odeur attractive, il est possible de les recouvrir par d’autres matières : celles qui donnent de la structure (broyats de rameaux) viennent à point.

Dans les grands jardins, le volume du tas de compost peut devenir important. Mais surtout, nous avons assez bien de matières brunes en automne et en hiver (feuilles mortes, broyats, etc.) et beaucoup de matières vertes en été (tontes, déchets de légumes, etc.). Idéalement, stockons à côté du tas de compost les surplus de matières d’une saison à l’autre pour les incorporer ensuite dans le processus de fermentation. Il ne s’agit pas d’un gros travail supplémentaire, et les résultats finaux seront nettement meilleurs. De plus, comme le compostage se déroule plus vite le compost utilisable peut être utilisé au jardin plus rapidement. Le volume global de stockage n’augmente donc pas.

SB 4188 brun

Incorporer les tontes de pelouses

Une question revient fréquemment pour les jardins munis d’une grande pelouse : comment résoudre l’évacuation des tontes ? Plusieurs méthodes sont possibles. Nous pouvons tondre un peu plus souvent et laisser les tontes en mulch. Quand la météo le permet, laisser l’herbe sécher avant de la ramasser… Plus sèche, elle aura moins tendance à former une masse qui s’acidifie. Une partie de la surface des grandes pelouses peut être reconvertie en prairie fauchée ou pâturée.

Les matières des tontes peuvent aussi être compostées. Elles sont apportées telles qu’elles lorsque le tas d’accueil est déjà bien pourvu en matières brunes (feuilles sèches, broyats, etc.). Nous pouvons aussi les laisser sécher avant de les incorporer. Ce « foin » est plus structurant et a moins tendance à se tasser en fermentant. Cette option est privilégiée si le tas d’accueil contient peu de matières brunes structurantes.

Quelles autres matières peut-on y mettre ?

Les pelures d’oranges ou de citrons, par exemple, ne posent aucun problème. Elles se réduisent comme bien d’autres épluchures et trognons. Il est vrai que le compostage de très grandes quantités de pelures d’agrumes, comme près des usines de préparations de mets, ne se réalise pas sans certaines précautions. Cependant, les quantités correspondant aux consommations de ménages sont compostées sans problème.

Les herbes sauvages issues des opérations de désherbage peuvent aussi y être placées sans souci. La température de compostage va maîtriser les capacités germinatives des graines.

Les tailles de haies peuvent s’y trouver également. Les grandes quantités de thuya, de cyprès ou d’aiguilles de résineux ne se décomposent pas rapidement. Leurs propriétés fongicides peuvent s’exprimer et inhiber les fermentations. Les grandes quantités de broyats de ces plantes seront utilement utilisées comme paillis pour les zones ornementales du jardin.

Nous pouvons composter les matières organiques provenant du jardin et de la cuisine. Les cartons d’emballage non colorés aussi.

Enfin, le marc de café, les sachets de thés ou de tisanes en papier peuvent y trouver leur place.

À éviter…

Nous trouvons de nombreux sites web sur le compostage. Chacun nous prodigue des conseils et des illustrations intéressantes. Mais nous voyons aussi apparaître des interdits. Sont-ils fondés chez nous ?

Les déchets de viande, de poissons, d’œufs et de fromages attirent les rats et seront donc évités.

Les huiles et les graisses ont plutôt leur place au parc à conteneurs pour être recyclées.

Quant aux cartons colorés, les cendres, les litières de chats, les os et les poussières d’aspirateurs, ils ne se compostent pas efficacement vu leur pauvreté en matières organiques.

Bien l’utiliser lorsqu’il est prêt

Le compost apportera au sol la matière utile pour la production d’humus et des matières minérales.

Il est prêt après 6 à 24 mois. A ce moment-là, les vers de compost l’ont quitté parce qu’il n’y a plus de nourriture pour eux. Il sera utile au potager, placé en couche mince en surface ou incorporé aux 10 premiers centimètres du sol.

En outre, il peut être séché en attendant d’être épandu dans le jardin. On peut le tamiser, bien que ce ne soit pas indispensable. Le compost est un amendement destiné à enrichir le sol, ce n’est pas du terreau. Une brouette de 80 l bien remplie apporte environ 40 kg de compost. Pour les légumes gourmands, les apports de 4 brouettées par are sont corrects. Concernant les moins gourmands, comme les laitues, scaroles, haricots, la moitié de cet apport suffit. Pour les oignons, ails, échalote, carotte, nous nous contenterons de l’arrière-fumure de l’an passé et n’apporterons rien avant leur implantation. Les légumes sensibles à l’excès d’azote telles que les racines de chicon, ont besoin d’un emplacement du potager sur lequel il n’y a pas eu d’apport de compost lors des deux dernières années.

A lire aussi en Potager

Le chicon, un légume d’hiver, à savourer toute l’année

Potager Nous pouvons trouver dans les magasins des chicons presque toute l’année. Les techniques modernes permettent, en effet, sa production 12 mois sur 12. Pour y parvenir, les professionnels sèment plusieurs variétés à maturité différenciées. De plus, la conservation en frigos performants, à -1 ou -2°C, maintient les racines dans un parfait état en vue du forçage retardé.
Voir plus d'articles