Mercosur et PAC: Von der Leyen propose d’anticiper 45 milliards pour l’agriculture
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a proposé mardi d’anticiper le déblocage de 45 milliards d’euros pour soutenir les agriculteurs dès 2028, soucieuse de sécuriser une majorité parmi les Vingt-sept sur le projet d’accord de libre-échange UE-Mercosur, qu’une partie des agriculteurs européens redoutent.

Les États membres auraient ainsi accès, lors de la présentation de leur plan initial, à deux tiers du montant qui n’est normalement disponible que lors de l’examen budgétaire à mi-parcours, vers 2031-2032, selon un courrier de l’Allemande publié par ses services.
Cette annonce est intervenue à la veille d’une réunion extraordinaire à laquelle la Commission a convié les ministres de l’Agriculture des Vingt-sept. Les ministres Jo Brouns (Flandre) et Anne-Catherine Dalcq (Wallonie) y représenteront la Belgique, ce 7 janvier.
Les discussions devraient porter principalement sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC), sur la réciprocité en matière de normes de production (dont les « clauses-miroir ») et de contrôles à l’importation, ainsi que sur l’impact de la charge réglementaire et de la hausse des coûts des intrants sur les agriculteurs, selon la présidence chypriote du Conseil de l’UE, coorganisatrice de la réunion.
La future PAC (2028-2034) et l’accord UE-Mercosur avaient encore été ciblés par les agriculteurs lors d’une manifestation mouvementée dans le quartier européen de Bruxelles, le 18 décembre dernier, en marge d’un sommet européen.
Car la Commission a jusqu’ici proposé de sécuriser 294 milliards d’euros pour les agriculteurs dans la future PAC, soit un gros cinquième de moins que sur la période 2021-2027, à charge pour les États membres d’en rajouter via des (co-)financements européens liés à d’autres politiques rurales.
Craintes de concurrence déloyale
Quant au projet UE-Mercosur, en chantier depuis un quart de siècle avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, de nombreux syndicats agricoles européens craignant une concurrence déloyale sur des produits comme le bœuf et la volaille, le sucre, le riz, le miel et le soja sud-américains. Ils se voient sacrifiés face aux exportations promises de voitures, machines, vins et spiritueux européens.
Cheffe de file des opposants au texte « en l’état », la France réclame de solides clauses de sauvegarde, sortes de frein d’urgence en cas d’afflux de produits déstabilisant le marché européen, mais aussi la réciprocité (des « clauses-miroir » qui interdiraient par exemple des pesticides et autres molécules déjà interdites dans l’UE), ou encore une fiabilité avérée des contrôles aux frontières.
Face à l’Allemagne et à l’Espagne, partisanes de la signature, des pays comme la Pologne ou l’Irlande sont eux aussi critiques. La Belgique, elle, n’a adopté sur ce dossier qu’une position d’abstention, les partis des différents gouvernements du pays n’étant pas d’accord entre eux.
La Commission européenne doit convaincre une majorité qualifiée parmi les Vingt-sept, soit 55 % des États membres (au moins 15 sur 27) représentant au moins 65 % de la population totale de l’UE. Les yeux se tournent notamment vers l’Italie, qui avait freiné en marge du dernier sommet européen. Un vote des États membres pourrait intervenir vendredi, permettant à Ursula von der Leyen de tenir l’agenda qui lui est prêté, avec une signature de l’accord le 12 janvier au Paraguay.







