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Le jeune âge: une période sous haute tension pour les ovins et les caprins

Sept pourcents, c’est le taux de morbidité médian dans le premier mois de vie au sein des troupeaux ovins et caprins wallons. Dans ces mêmes élevages, les valeurs maximales grimpent parfois jusqu’à 20 %. Interpellant ! C’est ce que révèle une étude menée par les services de l’Arsia avant l’épidémie de fièvre catarrhale ovine, tsunami viral qui aurait bien entendu dopé ses résultats.

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Tout d’abord, il convient de viser les mères pour sauver les jeunes. On n’insistera, en effet, jamais assez sur l’importance de la préparation des brebis et des chèvres à la mise-bas. Une future mère « en état » (note d’état corporel, statut sanitaire), c’est une gestation qui se termine de manière harmonieuse.

Figure 1: évolution de la note d’état corporel selon le stade physiologique de la brebis.
Figure 1: évolution de la note d’état corporel selon le stade physiologique de la brebis.

Et il faut dire que le dernier mois est particulièrement demandeur ! Les systèmes fonctionnels du fœtus sont en développement et cela requiert, chez la femelle gestante, une mobilisation métabolique affolante. Ration alimentaire adaptée, complémentation minérale ajustée font partie du b.a.-ba des bonnes pratiques de conduite des femelles gestantes. Histoire de prévenir des désordres bien connus à l’instar des toxémies de gestation, hypocalcémie… Mais le chapitre ne se clôture pas là ! Soutenir les besoins des mères, c’est aussi s’assurer d’une production d’un colostrum de qualité en quantité. Assurance-vie des nouveau-nés, il s’agit du seul substrat immunitaire capable de bloquer les agents pathogènes rencontrés au tout jeune âge. Sa richesse en agents de défense tels les anticorps permet au jeune ruminant de lutter efficacement contre le microbisme ambiant.

Profiter du colostrum, c’est le boire en quantité suffisante et au bon moment car ses qualités intrinsèques diminuent dans le temps, comme l’absorption des anticorps colostraux au travers de la barrière intestinale.

Figure 2: évolution des qualités intrinsèques du colostrum dans les heures suivant l’agnelage.
Figure 2: évolution des qualités intrinsèques du colostrum dans les heures suivant l’agnelage.

Un jeune vigoureux et une mère aux évidentes qualités maternelles, c’est gagnant. Toutefois, tout ne se passe pas toujours comme prévu…

Rappelons qu’en cas d’administration de colostrum, la règle de base est la suivante : 200 ml/kg de poids vif doivent être proposés en plusieurs repas, dont une première administration de minimum 50 ml/kg de poids vif dans l’heure suivant la mise-bas.

Et cette aide peut même être amplifiée par la vaccination des brebis et chèvres gestantes : vacciner la femelle en fin de gestation amplifie la concentration des acteurs immunitaires dans le colostrum ! Bingo ! Selon les agents pathogènes rencontrés dans l’élevage, un schéma de vaccination peut ainsi être déployé dès avant mise-bas afin de donner aux plus jeunes, dès leur naissance, les armes nécessaires pour lutter contre les microbes qui les entourent. Selon le statut vaccinal des mères, un protocole de primovaccination (en général deux doses espacées de 3 à 4 semaines, dernière dose appliquée 3 semaines avant mise-bas) ou un simple rappel sera effectué.

Lorsqu’une maladie frappe, remonter la pente  peut devenir un parcours du combattant,  il est difficile de rattraper le retard pris par l’animal.
Lorsqu’une maladie frappe, remonter la pente peut devenir un parcours du combattant, il est difficile de rattraper le retard pris par l’animal. - Johanna - stock.adobe.com

Les principales causes de pertes périnatales

Cinquante à 75 % des pertes périnatales sont expliquées par des avortements, le syndrome hypoglycémie-hypothermie, des pneumonies et des troubles digestifs.

Avortements : les agents infectieux « abortifs » circulant dans un troupeau peuvent également être responsables de maladies (faiblesse généralisée, diarrhée…) chez les tout jeunes individus. Salmonella, Campylobacter, Listeria… en sont quelques exemples. Identifier la cause d’un avortement peut donc renseigner sur l’identité du microbe qui pose problème chez les mères mais qui peut potentiellement aussi impacter la nouvelle et future génération. Rappelons que le protocole avortement peut être utilisé par tout éleveur rencontrant une perte de gestation ou une mortalité auprès d’un jeune né de moins de 48 h, et ce gratuitement.

Syndrome hypoglycémie – hypothermie : ou le cercle infernal du « J’ai faim – J’ai froid ». Un jeune agneau ou chevreau qui vient au monde après une mise-bas difficile, prolongée, une mère au comportement maternel peu développé ou qui ne produit pas assez de colostrum/lait, et c’est la débandade ! Un jeune qui ne boit pas assez vite, c’est un jeune à aider… au risque de le voir condamné. La naissance est le plus grand stress métabolique à vivre : c’est une gestion immédiate de la respiration, de l’alimentation et de la thermorégulation à activer. Pour ce qui est d’assurer les deux derniers points, il est nécessaire de se lever et de boire. Pas de colostrum, pas de substrat énergétique. Pas d’énergie, pas de dynamisme musculaire. Pas de mouvement, pas de thermorégulation. L’équation est simple mais aussi redoutable. Lorsqu’un agneau semble faiblard, recroquevillé dans sa loge, il faut agir ! L’arbre décisionnel présenté peut vous aider. L’action est envisagée selon la température rectale de l’animal ainsi que son âge exprimé en heures de vie.

Figure 3: arbre décisionnel à adopter en cas de faiblesse rencontrée chez l’agneau / le chevreau nouveau-né.
Figure 3: arbre décisionnel à adopter en cas de faiblesse rencontrée chez l’agneau / le chevreau nouveau-né.

Pneumonies : en bas âge, les pneumonies se rencontrent plus fréquemment dans les élevages caprins. Les « pasteurelloses » caprines, entendez par là des affections respiratoires dues à des bactéries du genre Pasteurella, peuvent présenter un caractère épidémique et des manifestations cliniques franches : toux, jetage, baisse d’appétit voire détresse respiratoire dans certains cas. Pas de pathogène, pas de maladie : c’est un fait établi. Néanmoins, ne négligeons pas des facteurs d’environnement qui pèsent lourd, pour ne pas dire très lourd, dans la balance : la densité et l’ambiance dans le bâtiment d’élevage. La concentration animale comme le manque de renouvellement d’air (ou la présence de courants d’air) peuvent transformer une nurserie en poudrière. Si les traitements antibiotiques sont généralement fructueux, il n’en demeure pas moins important de prendre la problématique à bras-le-corps. La gestion des facteurs d’environnement et la vaccination des animaux sont des leviers de choix face à cette problématique.

Troubles digestifs  : un jeune recroquevillé dans un coin de sa loge, dos voûté, c’est le signe d’un inconfort digestif. Diarrhée, constipation sont des observations assez fréquentes au jeune âge. Tous les troubles digestifs ne sont pas associés à un ou plusieurs agents infectieux, certes, mais il faut avouer que les microbes au tropisme digestif sont nombreux.

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L’âge d’apparition des troubles digestifs est en règle générale un bon indicateur du type de pathogène impliqué. Cependant, les associations de malfaiteurs sont fréquentes et biologie n’est pas mathématique… Les diarrhées des premières heures de vie (principalement bactériennes) et des premiers jours de vie (principalement virales) sont des diarrhées aqueuses tandis que celles d’origine parasitaire associées à Cryptosporidium parvu m et aux différentes espèces de coccidies sont plus teintées (blanchâtre pour la première, noirâtres pour les secondes).

Les entérites hémorragiques, bien connues sous le nom d’entérotoxémies à Clostridium perfringens sont, quant à elles, associées à un gonflement abdominal remarquable et à une mortalité brutale.

La stratégie de gestion est bien entendu strictement en rapport au genre de pathogène rencontré. La prévention est cependant partagée : de l’hygiène encore et toujours… Du sol, des murs, des auges, des abreuvoirs… ce sont les sources de contamination des jeunes individus ! Les éleveurs confrontés de manière récurrente à ce type de problème ne doivent pas hésiter à en parler avec leur vétérinaire traitant. Un plan d’action pourra dès lors être établi.

Dur de remonter la pente…

« Soigner » ces jeunes, c’est primordial. On l’a dit, cela passe d’abord par « soigner » leur mère mais cela s’entretient aussi avec la nouvelle génération. Quand la pneumonie frappe ou que les troubles digestifs font parler d’eux, c’est du retard qui est pris. La croissance en prend un coup. Remonter la pente est un parcours du combattant et force est de constater qu’il est difficile de rattraper son retard. Que ce soit en filière viande comme en filière lait, les études en la matière sont formelles : des maladies non ou mal gérées au jeune âge, ce sont des GQM en berne et des litres de lait en moins dans les mois qui suivent.

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