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Les brise-vent, des aménagements à anticiper pour protéger les cultures

Les dernières saisons nous rappellent combien il est important d’utiliser les meilleurs moyens afin de protéger les cultures. La température et la disponibilité en eau sont deux des facteurs sur lesquels le maraîcher peut essayer d’agir. Si le drainage et l’irrigation sont des techniques utilisées, n’oublions pas non plus l’emploi de brise-vent. Pour certains d’entre eux, il est temps de penser aux aménagements pour le printemps, l’été prochain et les années suivantes.

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Les brise-vent permettent de diminuer l’évapotranspiration des cultures en réduisant la vitesse du vent au niveau du sol et des plantes. C’est durant les périodes sèches et venteuses que l’intérêt est le plus marqué. La période la plus critique est celle des levées après semis ou des reprises après plantation. C’est dès à présent que les aménagements peuvent être réfléchis et installés progressivement.

En outre, le maraîcher est amené à installer des cultures en échelonnant ses dates d’implantation afin de s’adapter aux marchés. Les brise-vent peuvent apporter une partie de solution afin de diminuer les risques de retard sous l’effet de vents séchant sur les plantules et sur les légumes eux-mêmes.

Vu les grandes difficultés à dénicher des parcelles libres pour s’installer en maraîchage en Wallonie, les candidats ne peuvent guère choisir. Les terrains situés en plein vent comme ceux placés dans des sites mal ventilés doivent être considérés avec leurs atouts et leurs faiblesses. Les serres maraîchères protègent bien les cultures, tandis que les brise-vent sont des aménagements qui complètent les types protection surtout en plein air et à des coûts moins élevés. Pour les maraîchers, ces protections prennent une importance particulière.

Certains sites, par leur configuration, sont soumis à des vents plus soutenus. C’est l’absence d’obstacle au vent qui détermine ce risque local. Les plantes y souffrent de dessèchement, les stomates se ferment, les échanges gazeux sont réduits, la croissance des plantes est ralentie. Les vents forts peuvent aussi déchirer les feuilles et briser les tiges.

En cas d’irrigation par aspersion, ces aménagements améliorent la répartition de l’eau en réduisant la dérive.

Reconnaissons-le aussi, c’est après avoir arraché des haies dans notre paysage lors de décennies précédentes que nous nous sommes rendu compte de toute leur importance.

Une efficacité directe après la plantation

Les cultures plantées en parcelles subissent l’effet séchant du vent dès leur plantation, alors que l’enracinement ne s’est pas encore développé dans le sol. Les risques de déshydratation sont importants. Mais surtout, le ralentissement de la vitesse du vent aura un impact direct sur la croissance des cultures. Comme cette protection doit être efficace immédiatement après la plantation et doit le rester durant les quelques jours qui sont nécessaires pour l’enracinement des plantes, les voiles et bâches perforées seront des brise-vent assez bien adaptés à ces situations.

Une perte de surface compensée par l’augmentation du rendement

De nombreuses cultures maraîchères ne développent un enracinement que sur une trentaine de centimètres de profondeur. L’effet séchant du vent peut leur faire subir un stress hydrique relativement élevé, plus important encore qu’en grandes cultures.

Le maraîcher doit suivre un calendrier de récolte aligné sur celui des débouchés commerciaux. Le stress dû au vent peut provoquer un retard de développement de certains lots avec les conséquences sur les plannings et les livraisons.

La perte de surface occupée par les haies brise-vent est largement compensée par l’augmentation de rendement brut et net des cultures protégées.

Notons que le vent modéré apporte des effets bénéfiques sur le feuillage des cultures. Il sèche le feuillage, réduit la période d’humectation et, par conséquent, les maladies liées à ce facteur. En outre, ce dernier favorise la transpiration et donc le flux de sève brute ascendante emmenant les éléments minéraux des racines vers les feuilles.

Concernant les cultures sensibles aux nécroses marginales (chicorées frisées et scaroles, laitues…), cette protection apporte une augmentation très sensible de la qualité générale de la production et une réduction des pertes.

Sur les sols sensibles à l’érosion éolienne, les brise-vent protègent le sol et, de ce fait, limitent les salissures sur les légumes situés sous le vent.

Par ailleurs, ceux-ci réduisent l’évapotranspiration des cultures et dès lors les besoins en eau et en irrigation.

Pour les serres maraîchères…

La protection par des brise-vent des serres chauffées permet de réduire le coût énergétique de chauffage. Les serres tunnel subissent nettement moins les dégâts des tempêtes. La durée de vie des plastiques est prolongée par la diminution des tensions et des battements sous les bourrasques.

Prenons attention de ne pas empêcher toute ventilation intérieure des serres maraîchères. Nous devons laisser au moins une distance entre la haie et les entrées principales d’air dans la structure d’au moins trois fois la hauteur du brise-vent.

Lesquels choisir ?

Les haies sont des brise-vent naturels. Elles apportent aussi bien plus d’avantages que la seule protection contre le vent. Mais ce n’est pas toujours possible de les implanter aux endroits souhaités et le temps d’installation dure plusieurs années. Les brise-vent artificiels leur sont des compléments évidents. Ce sera notamment le cas pour les abris temporaires comme les tunnels maraîchers destinés à ne rester qu’une ou quelques saisons.

La haie vive semi-perméable ralentit le vent de plus de la moitié de sa vitesse jusqu’à 7 fois sa hauteur et de plus du tiers de sa vitesse sur une distance de 15 fois sa hauteur. Pour jouer au mieux ce rôle de brise-vent, la haie vive comportera des arbustes mais aussi des arbres qui seront plantés en simple alignement aéré. Une hauteur moyenne de 3 à 6 m convient bien pour protéger ces cultures. Concernant les bâtiments et les serres maraîchères, cette dernière peut être plus dense et plus haute, par exemple être plantée sur trois rangées et laissée à développer jusque 20 m pour les plus hauts sujets. Classiquement, nous pouvons estimer les caractéristiques physiques de protection de haies vives en estimant sa porosité, sa hauteur, sa longueur et la forme générale du profil de la haie perpendiculairement au sens des vents dominants.

Cependant, les brise-vent peuvent, plus simplement et de manière temporaire, être constitué de cultures annuelles à port dressé. Les céréales, le maïs, les cultures maraîchères comme les choux de Bruxelles peuvent avoir cette fonction sur une largeur équivalente à une quinzaine de fois leur hauteur. Le plus important est que la période de protection souhaitée corresponde à l’époque de plein développement de la culture protectrice. Pour la facilité, la largeur de la bande de culture correspond à un multiple de la largeur de travail des machines de culture et de récolte. La souplesse permise dans la gestion des espaces par ces cultures annuelles est un grand avantage. Une haie de framboisiers, de groseillier ou d’un autre petit fruitier est un brise-vent qui a bien sa place dans les fermes maraîchères diversifiées.

Les brise-vent artificiels sont des filets ou des grilles tenues verticalement par des pieux et des poteaux. La porosité est la proportion de surfaces vides par rapport à la surface totale, elle s’exprime en %. Ces filets peuvent permettre un type de rempart que les haies vives ne permettent pas. Ils peuvent notamment être posés à très courte distance des serres tunnel ou encore protéger intégralement une parcelle, y compris sa partie supérieure.

Lorsque la vitesse du vent est élevée, les vents sont turbulents, des effets indésirables sont produits. Ce sera le cas aussi quand le vent s’accompagne de températures extrêmes, basses ou élevées.

Choisir leur emplacement

Ces aménagements ne sont pas nécessairement installés en périphérie du terrain. Au contraire… Les mettre en périphérie signifie qu’un accord est à trouver avec les voisins et ceux-ci ne sont pas nécessairement demandeurs de telles installations.

Les brise-vent possèdent une action positive de chaque côté, sous le vent et sur le vent. Il peut être judicieux de les mettre de manière à influencer les cultures propres à la ferme.

C’est à apprécier en fonction des souhaits de chacun et ses voisins.

D’autre part, les brise-vent en haie demandent de l’entretien, des tailles. Il est plus aisé de les gérer en ayant un accès libre le long des deux faces principales.

Les cultures maraîchères sont très sensibles aux effets du vent. Une plaine très dégagée constitue  un espace de risque important de réduction de la croissance.
Les cultures maraîchères sont très sensibles aux effets du vent. Une plaine très dégagée constitue un espace de risque important de réduction de la croissance. - F.

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