Du chevreau à la chèvre de réforme, une filière pour chaque animal…
La famille Lallemant, installée près de Vielsam, vit l’aventure caprine depuis dix ans. Outre ses 700 Alpine à la traite, François a réussi à valoriser l’ensemble de son troupeau : des chevrettes aux chevreaux, en passant par les laitières réformées. Une conduite d’élevage où rien n’est laissé au hasard afin de tirer le meilleur parti des animaux, tant pour le lait… que pour la viande !

À 32 ans, François Lallemant n’a pas peur de se lancer dans de nouveaux projets. Avec sa chèvrerie d’abord. Une ferme créée de bout en bout par l’éleveur, ce dernier n’ayant pas eu l’opportunité de reprendre une exploitation déjà existante. Puis, en misant sur l’insémination artificielle pour améliorer son cheptel. Enfin, cet Ardennais a fait le choix de donner une vraie valeur à tous ses animaux : femelles ou mâles.
Pour les premières d’abord, l’ensemble des chevrettes est conservé pour le renouvellement, tandis que le surplus sera vendu à d’autres élevages caprins. Concernant les seconds ensuite, une trentaine des meilleurs chevreaux sont, eux aussi, destinés à la vente, d’autres serviront à la reproduction, tandis que les animaux restants seront engraissés. Pour ce faire, après la prise de colostrum, ils reçoivent de la poudre de lait jusqu’à atteindre un poids compris entre 10 et 12 kg, bref à un âge d’environ un mois et demi. « Cependant, le poids dépend de la demande du client. Pour une chaîne de supermarchés, cette tranche-là est idéale afin de permettre une présentation en barquette ». Durant l’entièreté de cette période, ils seront uniquement nourris de cette manière. « C’est un peu comme du veau de lait », souligne l’éleveur.
Ce débouché concerne environ 300 bêtes par an dans cette exploitation. Rappelons, en effet, qu’en élevage caprin, les doses sexées, très onéreuses de surcroît, sont peu répandues. Dès lors, sur les nombreux jeunes qui naissent chaque année, beaucoup sont des mâles. Des chevreaux dont la valorisation constitue un réel défi. « La première année, nous avons pratiqué l’euthanasie. Puis, nous avons cherché d’autres pistes de solutions… ».
Néanmoins, l’agriculteur reste réaliste : si l’engraissement permet de valoriser ses animaux, ce n’est pas pour autant la panacée… « On ne sait pas tirer un salaire au vu du nombre de bêtes que l’on vend ici. Mais cette manière de fonctionner permet d’obtenir un prix correct sur l’animal, et de ne pas les abattre dès la naissance ».

Une viande peu ancrée dans nos habitudes alimentaires
De plus, d’autres freins subsistent… Si selon l’agriculteur, le goût de cette viande très tendre se situe entre le chevreuil et le veau, manger de la chèvre ne fait pas partie de nos habitudes alimentaires. « Beaucoup de personnes l’assimilent à un animal de compagnie. D’autres ont des a priori, comme son odeur ». Une viande peu ancrée dans nos coutumes, donc, mais appréciée dans d’autres contrées. « Au Portugal, par exemple, c’est plus courant. Dans certains pays, il est habituel d’en manger à Pâques et aux fêtes de fin d’année ».
Et comme en viande bovine, en viande caprine, aussi, tous les goûts sont dans la nature. C’est pourquoi le Collège des producteurs a mis en place, en 2025, une filière destinée, elle, à valoriser les chèvres de réforme issues des troupeaux laitiers. Un nouveau projet auquel François participe. « Avant, nous les vendions à des marchands. Cela rapportait entre 20 et 50 € pour les chèvres les plus grosses, soit entre 80 et 90 kg. Avec le Collège, nous pouvons les valoriser le double de ce prix ». Bref, un débouché plus que pertinent pour cette ferme dans laquelle 30 % du troupeau est réformé annuellement. Il peut tant s’agir de jeunes bêtes n’étant plus en capacité de produire, que des plus âgées. « Parfois, elles sont réformées à 2 ans, car elles ont rencontré un souci ou un accident de parcours. Les meilleures peuvent rester dix ans ».
Plusieurs méthodes testées en insémination artificielle
Dix années de production laitière avec, pour les plus performantes, seulement deux mises-bas ! En effet, des chèvres parviennent à produire du lait durant cinq, six voire sept ans sans qu’une gestation ne soit nécessaire. Ce sont les lactations longues. « Une laitière lorsqu’elle donne bien et qu’elle est en bonne santé, le mieux est de la laisser tranquille. La période la plus critique est la mise-bas. À ce moment, elles sont les plus fragiles. Comme j’ai l’habitude de le dire, une chèvre malade est une chèvre morte. Souvent, on fait 3 à 4 mises-bas, puis elles partent en lactation longue. Plus elles sont vieilles, plus le risque d’avoir des problèmes est élevé ».
À côté de ces lactations longues, on retrouve le groupe d’animaux destinés à la reproduction. L’ensemble affiche une moyenne quotidienne de 3 l de lait. Une moyenne, puisque les Alpine en lactation longue peuvent produire 2 l, tandis que les meilleures, parmi les reproductrices, montent jusqu’à 6 l.
Parmi ces femelles, 10 % sont inséminées artificiellement. De cette manière, l’éleveur peut travailler en circuit fermé et éviter les risques sanitaires. « En outre, en Belgique, il est difficile de trouver assez de mâles ».
Pour parfaire la technique, plusieurs méthodes ont été testées à la chèvrerie de Blanchefontaine. Afin de synchroniser les chaleurs, l’une d’elles consiste à utiliser des implants vaginaux, soit des éponges imbibées d’hormones, et des piqûres hormonales. « Toutefois, il y a plusieurs problèmes : le protocole est très strict, c’est onéreux et le taux de réussite n’est pas exceptionnel. Cela variait de 40 à 50 % de succès avec des doses de 30 à 50 €. On doit, également, ajuster le taux d’hormones à la production laitière de la chèvre. Nous avions fait une dose globale pour l’ensemble du troupeau ». Autre souci de taille, en s’aidant d’hormones, la chèvre risque d’avoir plus de jeunes par portée. Jusqu’à cinq nouveau-nés ! Conséquences ? Des mères affaiblies et des nouveau-nés de petit gabarit.
Confrontée à ces problèmes, la famille Lallemant a décidé de travailler d’une autre façon. François insémine désormais lui-même sur des chaleurs naturelles. En vue de déterminer le moment opportun pour la femelle, il s’aide d’un podomètre et de boucs vasectomisés. Grâce à eux, il peut être certain que la chèvre est en chaleur et connaît le moment idéal pour procéder à l’insémination. Résultat : 70 % de réussite. S’en suivent les mises-bas. Cette année, pour la première fois, elles ont été étalées sur trois périodes : en décembre, puis en février-mars. L’objectif est d’obtenir davantage de lait en hiver, une période durant laquelle une partie des laitières sont taries. Puis, répartir les naissances permet d’avoir assez de place au sein de la nurserie.
Au total, environ 500 jeunes naîtront dans cette ferme ardennaise. Autant d’animaux qui, chacun à leur manière, participent à l’équilibre et à la cohérence du système mis en place.





