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Chèvre de réforme : une nouvelle filière pour des prix stables et transparents

Nicolas Marchal, chargé de missions pour les secteurs ovins et caprins au Collège des producteurs, est la référence pour les éleveurs wallons qui souhaitent donner plus de valeur à leurs chèvres de réforme. Une nouvelle filière qui a vu le jour en 2025, après celle déjà mise en place pour la viande de chevreaux. Autant de débouchés encore à construire pour répondre à des enjeux éthiques, au-delà de l’aspect économique.

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Comment s’est mise en place la filière pour valoriser les chèvres de réforme dans le secteur laitier ?

Il y a toujours eu un marché, mais avec des prix très variables et absolument pas transparents. Les éleveurs ont demandé de trouver des solutions, en collaboration avec le Collège des producteurs, afin de mettre en place une piste légale, transparente et plus stable dans le temps. Nous n’avons pas révolutionné les prix, bien qu’ils soient meilleurs que ce que les éleveurs touchaient auparavant. Cependant, nous avons obtenu un tarif constant pour toutes les chèvres sur plusieurs mois. Sur certaines chèvres, les agriculteurs peuvent recevoir davantage par rapport à avant. Personnellement, j’ai comparé nos prix à ceux pratiqués en France. Du côté de l’Hexagone, en dessous de 20 kg, ils perçoivent 1 € et, au-dessus, 1,50 €. Avec notre filière, à 25 kg, en dessous c’est 2 € et au-dessus c’est 2,50 €. Cela représente donc 1 € de plus. Grâce à cela, des éleveurs peuvent toucher entre 110 et 120 € pour une chèvre, tandis qu’auparavant c’était 65 à 70 €.

Est-ce qu’on connaît le taux moyen de renouvellement dans notre région et, dès lors, le nombre d’animaux concernés ?

Cela se situe entre 20 et 30 %. Les 30 %, ce sont ceux qui réforment vite et fort. Sinon, c’est souvent 20 %, car il y a également un taux de mortalité à prendre en compte. Les chèvres sont des animaux fragiles, avec une mortalité élevée lorsqu’elles sont malades. Elles sont très difficiles à soigner. Il y en a 15.000 en Wallonie. Si l’on en renouvelle 20 %, cela représente 3.000 bêtes. Avec notre filière, nous avons pu en valoriser environ 400 en 2025. Nous n’en avons jamais refusé aux éleveurs. Certains d’entre eux ont aussi compris que plus ils réformaient tôt, meilleurs étaient les prix, car les bêtes sont plus lourdes. Avant, comme les tarifs pratiqués n’étaient pas avantageux, ils gardaient l’animal le plus longtemps possible en production, puisque le premier revenu reste le lait. Par ailleurs, il y a beaucoup de petits troupeaux qui ne réforment pas : les chèvres décèdent en fin de vie.

Donner une valeur à ces animaux, est-ce réellement intéressant économiquement pour ces exploitations caprines ?

Notre filière, pour ces fermes, ne représente que moins d’un pour cent du chiffre d’affaires. Cela permet de valoriser l’animal, de créer des filières, néanmoins, cela reste anecdotique en termes de chiffre d’affaires.

Concrètement, comment cela fonctionne ?

Les éleveurs me téléphonent. Je leur dis quel jour on charge les animaux et vers où l’on va. Nous avons rencontré des problèmes avec les abattoirs au niveau des tarifs appliqués. Par exemple, au début, nous allions à Ath, mais ils ont fortement augmenté leurs prix, ce qui n’était plus intéressant. Les chèvres sont désormais vendues à plusieurs chevilleurs. La viande est destinée aux consommateurs d’origine africaine, tandis que le chevreau est davantage apprécié dans le pourtour nord méditerranéen, comme le Portugal, premier acheteur en France, l’Italie, la Grèce…

Maintenant que c’est fini avec Cora, quelle est la suite pour la filière de chevreau local ?

Puisque c’est fini, nous sommes dans une étape de prospection. Toutefois, les résultats sont peu probants jusqu’à présent. Au départ, j’ai peut-être fait l’erreur de vouloir conserver une idée d’exclusivité et j’ai démarché les centrales d’achat une à la fois. À présent, je démarche tout le monde et j’ai lancé des demandes à différents endroits. Nous allons également regarder du côté des bouchers avec certains chevilleurs. Reste à voir lequel répondra favorablement et acceptera nos conditions afin que les éleveurs ne perdent pas d’argent et paient leurs frais. Mais les chevreaux vont naître et nous devrons trouver une solution. Maintenant, soyons honnêtes : engraisser ces jeunes est surtout intéressant d’un point de vue éthique, afin de ne pas les euthanasier dès la naissance.

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