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Le territoire, clef des circuits courts en province de Luxembourg

Le 9 février dernier, à Bastogne, la province de Luxembourg a fait des circuits courts autre chose qu’un mot-valise. À l’occasion des États généraux qui leur étaient consacrés, élus, techniciens et acteurs de terrain ont esquissé une ambition claire : faire de l’alimentation un véritable objet de politique publique, enraciné dans l’agriculture locale et pensé dans le temps long.

Temps de lecture : 4 min

Longtemps cantonnés à la marge ou associés à des démarches militantes, les circuits courts s’imposent désormais comme un champ d’action structurant, à la croisée des enjeux agricoles, économiques et territoriaux. À Bastogne, il ne s’agissait pas seulement de mettre en lumière des initiatives existantes, mais bien de poser les bases d’une méthode : organiser, articuler, rendre cohérent un ensemble encore fragmenté.

La participation accrue par rapport à la précédente édition traduit une dynamique nouvelle et une reconnaissance croissante des circuits courts comme enjeu structurant. Une progression significative, qui traduit à la fois l’intérêt croissant pour ces questions et une prise de conscience partagée : les circuits courts ne peuvent plus reposer sur une addition de bonnes volontés. Ils supposent un cadre, des outils, une ingénierie, et surtout une vision collective.

Une priorité agricole revendiquée

Dès l’ouverture, le cap est posé. L’agriculture est réaffirmée comme une priorité provinciale. Mais une priorité qui ne se décline ni en slogans ni en effet d’annonce. « Le dire, c’est bien. Le faire au quotidien, avec des moyens concrets, c’est encore mieux », résume Coralie Bonnet, députée provinciale en charge de l’Agriculture.

Au cœur de cette approche, une préoccupation traverse l’ensemble des interventions : le revenu agricole. La province revendique son soutien à un modèle d’agriculture familiale largement dominant sur son territoire. « Il doit être soutenu, pérennisé et développé », insiste l’élue, dans un contexte de fragilisation économique croissante des exploitations.

Pour y répondre, la province a fait le choix d’une ingénierie publique volontairement discrète. Le Service provincial de l’Agriculture propose des conseils techniques gratuits et indépendants : diagnostics énergétiques, alimentation animale, rations, ambiance des bâtiments ou ventilation. « Nous avons des conseillers qui n’ont rien à vendre », souligne Coralie Bonnet. Une neutralité revendiquée, conçue comme une condition de confiance.

La députée provinciale Coralie Bonnet revendique son soutien à un modèle d’agriculture familiale  largement dominant sur son territoire.
La députée provinciale Coralie Bonnet revendique son soutien à un modèle d’agriculture familiale largement dominant sur son territoire. - M-F V.

Cette approche dépasse largement la seule production. Vétérinaires provinciaux, agriculture sociale, services de remplacement, accompagnement administratif, formation, sensibilisation des enfants via Agripédi@Lux : c’est tout un écosystème agricole que la province cherche à maintenir vivant sur un territoire vaste, rural et parfois isolé.

Un territoire façonné par l’élevage

Toute politique alimentaire se heurte cependant à une réalité incontournable : celle de la structure agricole du territoire. C’est précisément ce qu’est venu rappeler Pierre Peeters, directeur du Service provincial de l’Agriculture, en livrant une photographie chiffrée de la province de Luxembourg.

Avec près de 143.843 ha de surface agricole, la province concentre près de 20 % de la surface agricole wallonne, et 2.271 exploitations, soit près d’une ferme wallonne sur cinq. Mais au-delà des surfaces, c’est la nature même de cette agriculture qui pèse sur les possibilités de relocalisation alimentaire. Ici, l’élevage constitue la colonne vertébrale du système agricole. Les prairies, permanentes ou temporaires, occupent près de 80 % des terres agricoles, auxquelles s’ajoute une part importante de maïs fourrager. Au total, plus de 87 % de la surface agricole utile est dédiée à l’alimentation animale. Une donnée structurante, qui explique pourquoi la province est la première province bovine de Wallonie, avec près de 279.000 têtes de bétail, soit près de 29 % du cheptel wallon.

Volumes, filières et contraintes

Cette dominance bovine se décline en deux grands pôles. D’un côté, une production viandeuse très majoritaire : plus de 75 % du cheptel bovin est destiné à la viande, et la province concentre à elle seule 38 % du cheptel allaitant wallon, réparti sur plus de 1.500 exploitations. De l’autre, une filière laitière solidement implantée, représentant environ un quart du cheptel bovin, présente dans près de 600 exploitations. Les autres productions complètent le paysage sans en bouleverser l’équilibre. La production porcine, avec environ 34.000 porcs, reste marginale à l’échelle wallonne. L’aviculture est plus significative, avec près de 1,5 million de volailles, principalement des poulets de chair. L’ovin et le caprin constituent une autre singularité provinciale : près d’un tiers du cheptel ovin wallon est élevé en province de Luxembourg.

À cette spécialisation s’ajoute le poids de l’agriculture biologique. Avec 569 exploitations bio, la province rassemble plus d’un quart des fermes biologiques wallonnes. Près de 25 % de la surface agricole provinciale est cultivée selon ce mode, essentiellement sous forme de prairies. Là encore, la province occupe une place centrale dans plusieurs filières animales biologiques à l’échelle wallonne.

Penser les circuits courts à partir du réel

Cette photographie agricole éclaire d’un jour très concret les débats sur les circuits courts. Elle rappelle que leur développement ne peut se penser indépendamment des structures existantes. Dans un territoire aussi fortement orienté vers l’élevage, la question centrale devient celle de la capacité à structurer des filières locales de transformation, capables d’absorber des volumes significatifs tout en garantissant une juste rémunération aux producteurs. « Les circuits courts doivent s’adapter à la réalité du territoire, et non l’inverse », souligne Pierre Peeters. Sans outils collectifs, sans infrastructures adaptées, sans articulation fine entre production, transformation et distribution, la relocalisation alimentaire restera cantonnée à des niches.

Marie-France Vienne

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