La permaculture, une forme de jardinage témoin de l’évolution des pratiques
À travers le temps, la place du potager, tant dans le jardin que dans nos vies, a évolué. De sa fonction nourricière évidente, il est devenu un lieu de partage, de rencontres et de reconnexion à la terre… Tout en étant le témoin
d’une certaine évolution des pratiques.

Le jardinage se décline de différentes façons. Certains d’entre nous cultivent le jardin qu’occupaient déjà nos grands-parents. Ils disposent de surface et d’abris pour satisfaire en légumes toute la famille. D’autres ont aménagé quelques bacs ou conteneurs pour pouvoir produire des légumes et condiments frais sur une terrasse ou un balcon. Les situations sont aussi diversifiées que riches.
Le point commun est de vouloir se rapprocher de la terre et de retrouver des gestes paysans. C’est le souhait de personnes enfermées trop longtemps à la recherche d’eux-mêmes. Le jardin et le potager jouent ce rôle de terrain de ressourcement, en plus d’être un lieu d’apprentissage pour les plus jeunes. Le tout dans la fonction nourricière de la famille, au sens très large.
Pourtant, il n’y a pas d’opposition fondamentale entre les techniques classiques et celles de la permaculture. C’est plutôt une évolution, une adaptation aux souhaits nouveaux ou encore une redéfinition des priorités recherchées dans la démarche du travail de la terre.
Un regard sur l’histoire
De fortes fumures organiques venaient du fumier de cheval disponible en quantité, parfois ramassé au bord des routes, et, surtout, de la fosse d’aisance. Des abris (couches, cloches, châssis, serres adossées…) permettaient d’allonger la période culture avec de fortes productions étalées sur de nombreux mois.
Quand le potager s’éloigne du regard
Au milieu du 20e siècle, le potager disparaît de nombreux jardins et est remplacé par une pelouse. Il reste parfois bien présent, mais se retrouve éloigné du regard, au fond du jardin.
La production de légumes pour améliorer l’ordinaire des repas n’est plus aussi indispensable. Lorsque la famille part plusieurs semaines en congés, l’entretien et le suivi du jardin en pâtissent. Le jardinier n’hésite pas à recourir à l’emploi de produits phytosanitaires pour faciliter l’entretien et, surtout, le désherbage.

Dans l’ambiance des Golden Sixties, le potager n’a plus une fonction économique aussi importante. Les relations sociales ne se créent que peu autour des jardins. Quant aux notions environnementales, elles restent bien balbutiantes.
Inclure des gestes respectueux de la nature et de l’environnement
Au début du 21e siècle, le potager n’est plus nécessairement la principale source de légumes pour la famille, mais il redevient important dans la réflexion citoyenne. On en installe en ville, sur les toits, on le partage…
Le lien du jardinier avec le paysannat est devenu très ténu, mais cela n’empêche pas les tentatives audacieuses de techniques de culture nouvelles. La réflexion dépasse la simple production de légumes, mais inclut le zéro déchet et l’empreinte environnementale. Le lien à la terre est source de bien-être.
Nous entrons de pleins pieds dans la permaculture.
« Cultivons notre jardin » écrivait Voltaire dans Candide, en 1759. Cette phrase prend un sens bien actuel alors que le citoyen s’interroge sur ce qu’il a dans son assiette. Comme l’écrit l’auteur français, l’idée n’est pas égoïste mais partageuse, à la façon du souhait de consommer des produits issus de l’agriculture locale d’abord. Voltaire se réfère à sa réflexion sur la Justice en écrivant dans Traité sur la tolérance (1763) « Je sème un grain qui pourra produire un jour une moisson ».
Des réflexions philosophiques rejoignent les gestes des jardiniers modernes et se retrouvent dans les principes de la permaculture. Cela dépasse le jardinage des végétaux en incluant les gestes respectueux de la nature et de la société, une attitude bien paysanne.
À quoi ressemble le potager moderne ?
Le potager moderne inclut des massifs ou des haies multi-espèces qui apportent la diversité végétale capable d’accueillir une biodiversité en général. La mare, parfois jointe à un lagunage, a sa place chaque fois que possible.
Les cultures en bacs ou en conteneurs permettent de s’adapter aux situations aux sols défavorables à la culture ou au manque d’espace.
La fonction environnementale du jardin est importante et est intégrée dans les gestes quotidiens.
La disposition, l’aménagement et la forme du potager et du jardin ne sont pas déduits d’un plan repris de la littérature mais sont issus des observations attentives sur le terrain. Si le sol est humide, l’aménagement de la mare y aura tout son sens. De même, la culture sur buttes permettra aux légumes de développer mieux leurs racines.

Si le sol contient des pierres, celles-ci ne seront pas évacuées vers un parc de recyclage. Elles seront au contraire groupées pour permettre l’installation d’espèces végétales adaptées, pour accueillir des carabes, des perce-oreilles et autres insectes auxiliaires précieux pour le reste du potager.
En principe, nous évitons de retourner le sol. Nous allons plutôt le décompacter, avec une fourche à bêcher simplement enfoncée dans le sol et légèrement mise sous tension, à l’aide d’un croc ou encore avec des outils achetés dans le commerce. Nous répétons l’opération tous les 20 ou 30 cm. Le sol est aussi protégé de la battance, du salissement et du dessèchement par la pose d’un paillis de surface.
Des espèces de légumes sont retrouvées. L’ail des ours, l’arroche, la bourrache, la consoude, l’oseille, l’oxalis, le poireau perpétuel, le raifort ou encore le topinambour reprennent une place de choix dans les potagers et dans la confection de plats aux saveurs appréciées.
Techniquement, le potager moderne est basé sur l’observation des liens et des mécanismes qui relient et qui sont mis en jeu dans la nature. Les déchets d’un organisme sont valorisés ou utilisés par une autre espèce, un peu comme en forêt. Les arbustes enfoncent leurs racines profondément dans le sol, y prélèvent les éléments minéraux qui constitueront la charpente des branches et les feuilles naissantes au printemps. Ces feuilles seront le siège de la photosynthèse. Le gaz carbonique de l’air apporte le carbone qui sera transformé en sucres durant le printemps et l’été. Les feuilles tombées en automne rendent au sol une partie du carbone prélevé et qui sera la base de la production d’humus. Les éléments minéraux de la feuille seront progressivement libérés en surface du sol et serviront à l’alimentation des jeunes plantes au printemps suivant. Ces jeunes plantes seront protégées de la rudesse des rayons du soleil par l’arbuste voisin.
La prairie est aussi un milieu pouvant inspirer la permaculture, avec un équilibre entre le sol et la végétation herbacée et entre ces deux éléments et les animaux qui paissent.
Conjuguer les règles
Il ne faut pas voir trop grand. Nous aurons de meilleurs résultats sur une petite surface très bien entretenue que sur une grande surface mal cultivée. Pour le reste, les règles classiques de jardinage peuvent rester d’application.

La rotation est un des fondements agronomiques, elle peut être nuancée avec la possibilité de mélanger les cultures. Les voisinages de plantes d’espèces et de comportements différents donnent de très bons résultats également. Si une plante est choisie pour son étalement couvrant bien le sol, sa voisine aura un port érigé et des racines profondes. Juste à côté, des plantes à croissance rapide seront récoltées après quelques semaines de culture et laisseront aux deux autres un peu plus d’espace. La bonne couverture du sol est en soi une bonne méthode de maîtrise de l’enherbement.





