Faut-il associer les plantes au potager?
De très nombreux livres de jardinage abordent les échanges d’informations entre plantes. Certains auteurs leur prêtent même des sentiments, comme « telle plante se plaît à côté de telle autre ». Bien que beaucoup d’éléments restent à prouver, des ouvrages scientifiques démontrent leurs liaisons complexes avec la vie du sol. Il en ressort aussi que les plantes ont des échanges entre elles.

Un des milieux explorés dans ces ouvrages est la forêt. Quant aux travaux des centres de recherche appliquée sur les proximités d’espèces de légumes différentes, ils donnent des résultats très variables. Il est difficile d’en tirer des lignes de conduites claires et pouvant être répétées. Les publications officielles restent donc relativement rares. À côté de cela, des jardiniers-écrivains annoncent le fruit de leurs observations obtenues à un endroit et à un moment donné.
Laissons à plus érudits que nous les explications à ces sujets. Contentons-nous de faits observés et pouvant être répétés dans nos jardins. Essayons simplement de comprendre ce que nous constatons et d’appliquer cela au mieux par nos aménagements sur place.
Les évidences…
Nous avons appris à l’école primaire que la photosynthèse permet aux plantes de produire des sucres au départ d’eau et d’éléments minéraux captés dans le sol. La photosynthèse a besoin de la lumière. Pour éviter la concurrence entre deux légumes voisins, nous essayons de les choisir pour qu’ils n’explorent pas la même profondeur de sol. Nous veillons aussi à ce que le feuillage de l’un ne couvre pas celui de l’autre. Nous essayons ainsi que les plantes ne diminuent pas l’efficacité de la photosynthèse de leurs voisines.
Les associations de plantes permettent une meilleure couverture globale du sol et dès lors une meilleure concurrence vis-à-vis des plantes sauvages et un meilleur maintien de l’humidité de surface. Nous avons aussi une utilisation de la surface qui sera très appréciée pour les jardins exigus.
Nous pouvons raisonner l’emploi de la lumière en plaçant à l’arrière-plan, du côté nord, les espèces dont la végétation est la plus haute comme les haricots à rames ou les tomates tuteurées.
Les associations de légumes à long cycle de développement avec ceux à la croissance rapide présente beaucoup d’avantages. Un exemple bien connu : les radis semés sur la ligne de carottes permettent de procéder rapidement aux binages. Les radis récoltés libèrent de l’espace pour les carottes lors de leur grossissement. De manière générale, celles à cycle long comme la fève des marais, la carotte ou l’ail permettent de cultiver entre leurs rangs d’autres cultures à développement rapide comme les laitues, radis, épinards.
Le voisinage peut s’organiser en alternant les plantes dans le rang, en alternant les rangées différentes ou un mixte des deux. Voire, comme dans l’exemple des carottes et radis, partager le même rang en mélange.
Et dans le cas de la Belgique ?
Les livres de jardinage évoquent souvent les associations positives. La présence d’une espèce de légume favorise le développement d’une autre espèce. L’exemple classique est le maïs servant de support, du haricot apportant l’azote via ses nodosités puis de la courge qui peut grimper sur un support et valoriser l’azote présent dans le sol. Cet exemple décrit par les botanistes qui découvraient le Mexique et les pays voisins est bien connu.
Mais avec les variétés très vigoureuses actuelles de maïs, de haricots et de courges et avec l’ensoleillement qui est celui de la Belgique, le résultat peut ne pas être à la hauteur des espérances. Seules les parties supérieures de la masse foliaire reçoivent l’ensoleillement direct. De plus, l’eau est nécessaire et peut être un facteur limitant lors d’étés secs comme ils se produisent de plus en plus fréquemment ces dernières années.
Quant à l’azote des nodosités des racines de haricot, il ne sera libéré que tardivement dans la saison.
Une protection mutuelle contre les maladies et ravageurs ?
Les maladies des végétaux se transmettent de plante à plante de différentes manières. La propagation par contact de proche en proche est possible pour de nombreuses maladies ; c’est vrai aussi pour des ravageurs.
Le fait que des plantes d’autres espèces s’intercalent peut être bénéfique si ces dernières ne sont pas sensibles aux mêmes maladies et animaux. Si le vent est l’agent de transmission, une distance plus importante entre deux plantes sensibles limite quelque peu les risques, sans les supprimer.
Quant au fait que la présence d’une espèce repousse les maladies ou les ravageurs de l’espèce voisine, les résultats de la recherche appliquée sont très disparates. Ne compter que sur cet effet risque d’amener des déceptions.

En pratique
La diversité des légumes en soi et leur proximité sont déjà un atout dans notre jardin. Alterner les lignes d’une espèce végétale avec celles d’une autre n’est pas un problème dans un potager. Ce peut même être bénéfique en séparant les espaces récoltés les premiers des autres. Une surface complète se libère alors pour une nouvelle implantation.
Dans un jardin en carré, en bacs, les légumes sont naturellement mélangés aux autres. Il n’y a pas d’effort particulier à fournir.
Rien ne nous empêche d’élargir les possibilités de mélanges en incorporant des fleurs dans notre potager. Nous pouvons également compléter des espaces fleuris de quelques légumes au feuillage décoratif. Planter des légumes aux pieds d’arbustes offre aussi de belles perspectives décoratives tout en visant les variations de voisinages d’espaces végétales différentes.
Depuis très longtemps, les jardiniers ont appris à incorporer des plantes aromatiques dans leur potager. Le souci et l’œillet d’Inde sont, par exemple, fréquemment employés pour leur intérêt dans les équilibres biologiques concernant les aleurodes et les pucerons. Ces deux plantes ne résolvent pas tout, mais concourent à la réussite. Ces avantages peuvent s’expliquer d’une part par l’attractivité de ces plantes pour les premiers vols de pucerons qui fourniront la nourriture nécessaire à l’implantation d’auxiliaires dans le jardin. D’autre part, les fleurs servent de nourriture pour certains auxiliaires comme les syrphes.
D’autres associations sont régulièrement reprises dans les livres de jardinage, néanmoins avec des mécanismes peu documentés et connus. Respecter ces conseils « ne mange pas de pain » mais n’apporte pas nécessairement des réussites dans toutes les situations. Ce serait illusoire de s’imaginer résoudre les maladies et ravages par la simple alternance des bandes ou des lignes d’espèces différentes.





