Courrier des lecteurs : une «bonne» guerre?
« I r’ fâri onn’ bonn’ guèrr’ ! Lè djîns kèchèr’rîn brâmè moînss’ leu sous ! »(Il refaudrait une bonne guerre ! Les gens déchireraient beaucoup moins leurs sous !)

Cette rengaine en dialecte wallon, je l’ai entendue des dizaines, voire des centaines de fois durant mon enfance et ma jeunesse. Nos grands-parents s’offusquaient de voir avec quelle désinvolture l’argent et les biens étaient gaspillés, dans les années 1960 et 1970. Ils avaient connu deux conflagrations mondiales, neuf années d’Occupation, auxquelles s’ajoutaient vingt années difficiles de l’entre-deux-guerres et dix années pires encore d’après-guerre 40-45. Ils avaient porté la sobriété et la frugalité au rang d’un art de vivre, bien obligés sans doute, et ne pouvaient se départir de réflexes conditionnés, quand il s’agissait de gérer ce qu’ils mangeaient, leurs dépenses et leur épargne. S’ils revenaient en 2025, ils hurleraient au scandale et aux fous…
Ceci dit, en parlant de guerre, celle-ci n’est pas si loin ! Ça pète dans tous les coins, sur notre pauvre vieille Terre ! Quelles mouches infernales ont donc piqué les grands dirigeants mondiaux ? Des frelons-drones XXL ? Des culicoïdes porteurs de FFO, Folie Furieuse Organisée ? Car justement, les guerres en général ne sont-elles pas ce que les hommes ont inventé de mieux, en termes de gaspillage insensé et monstrueux ? Quelle est l’empreinte écologique de l’opération Epic Fury menée par les USA et Israël contre l’Iran ? Quelle quantité de gaz à effet de serre est-elle dégagée au cours d’une seule journée de combat dans le Donbass en Ukraine ? On nous interdit de brûler le moindre bout de plastique ; on nous incite à trier nos déchets, à isoler nos maisons, tandis que des missiles incendient des raffineries de pétrole ou frappent des tankers dans le détroit d’Ormuz !
L’être humain n’est-il pas dément ? Les guerres sont idiotes et négatives de bout en bout : elles n’apportent que souffrances, destructions, gaspillages, pollutions, et le pire de tout ce qu’on peut imaginer. Alors je me dis que nos parents et grands-parents divaguaient complètement quand ils appelaient la guerre pour nous apprendre à ne pas gaspiller. Ils parlaient certainement contre leur pensée, eux qui l’avaient vécue dans toutes ses horreurs et ses aberrations. Mais pour choquer nos esprits, sans doute l’évoquaient-ils pour l’exorciser, sous toutes ses formes ?
Une « bonne » guerre, ça n’existe pas ! Pourtant, elle fascine l’être humain, belliqueux jusqu’au bout des ongles. Elle est dans notre ADN ! Nos très proches cousins, les querelleurs chimpanzés, la pratiquent de manière stratégique et meurtrière dans leur jungle africaine, pour agrandir leur territoire ; même les hypersexuels et « pacifiques » bonobos s’organisent entre eux pour zigouiller les mâles d’autres groupes, afin de s’approprier leurs femelles. La guerre est aussi ancienne que les primates hominidés. Chez Homo Sapiens, les plus vieilles traces de massacre relevées par des anthropologues datent de 13.000 ans : 27 hommes, femmes et enfants éliminés systématiquement à Jebel Sahaba au Soudan, tués à coups de pierres, d’épieux, d’armes de jet, bien avant la sédentarisation et l’invention de l’agriculture.
Celle-ci fut longtemps accusée d’avoir amené toutes les conditions favorables à des conflits : création de cités et de civilisations, démographie en hausse et concurrence pour les terres les plus fertiles… Au lieu d’utiliser leurs armes pour chasser, les premiers agriculteurs s’en servirent pour défendre leurs cultures et leurs stocks de nourriture, pour mener des razzias chez les autres afin de leur voler leurs biens, leurs champs, leurs femmes et leur espace vital, à l’égal des chimpanzés et des bonobos. Rien n’a changé depuis des millénaires, si ce ne sont les moyens employés aujourd’hui, des millions de fois plus dévastateurs que les lances, les flèches et les casse-tête des guerriers de l’Antiquité. Notre planète bleue n’est qu’une jungle ou les chimpanzés russes, USA & Cie, font régner la loi du plus fort, du plus agressif. Les Nazis ont fait de la guerre une industrie de la mort, et les belligérants du 21° siècle y ont ajouté des technologies de plus en plus pointues. On n’arrête pas le progrès, n’est-ce pas ?





