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Courrier des lecteurs : ça frime et ça brame aux Rameaux

Manque de bol pour ceux qui apprécient les symboles, nous vivons dans un monde ultra-matérialiste où on mange, on respire, on dort… (et bien d’autres activités), en comptant ses sous, en soupesant la valeur de ses agissements ; leur pertinence, leurs performances. Il faut être précis, considérer le côté utilitaire de ses actions et de ses pensées, ce qu’elles vont nous rapporter ; ne pas s’encombrer d’émotions et de fantasmes parasites.

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Bref, on ne voit plus guère le côté magique des choses : uniquement les faces qu’elles nous montrent au premier abord, leur substance dure et réelle, impitoyable. On se ferme ainsi la porte à un monde parallèle bien plus agréable à vivre, où il fait bon se promener…

Ainsi, les concepts religieux exprimés lors des fêtes chrétiennes, se sont vidés peu à peu de leurs significations. Noyées par les actualités terre à terre et les multiples réjouissances organisées, elles semblent bien niaises aujourd’hui, asphyxiées par le capitalisme, son consumérisme et son cynisme étouffants. Qui se soucie encore du Dimanche des Rameaux, par exemple ? De son symbole de royauté humble, représentée par le Christ sur un âne lors de sa joyeuse entrée dans Jérusalem ? Du cri « Hosanna » (= sauve-nous, je t’en prie !) lancé par la foule qui l’accueillait ?

Vous devez bien vous marrer (aux Rameaux) de me voir jouer au curé catho à la petite semaine… La religion est totalement passée de mode. Vraiment ? Beaucoup d’agriculteurs vont encore chercher des brins de buis béni à l’église après la messe, et vont déposer des rameaux (de la « pâquette », dit-on chez nous) sur leurs parcelles de céréales d’hiver. Ils en suspendent dans les étables, les bergeries, les écuries, les poulaillers, les porcheries, afin de protéger leurs animaux. On en garnit les crucifix dans les habitations ; on en dépose sur les tombes des défunts de la famille.

« Quelle idiotie ! Comment peut-on passer aussi bêtement son temps, », diront ceux-là qui scrollent à longueur de journée sur leurs smartphones et iPhones. Là se situerait la vraie vie, sur les réseaux sociaux et dans les temples de la consommation ! « Quelle adoration stupide ! » se moquent ceux-là qui bêlent « Hosanna » à l’arrivée des stars de la politique, du show-business ou du ballon rond. Un peu de réalisme, voyons ! L’intérêt du Carême réside dans le Mardi-Gras et ses carnavals du Laetare, où on peut boire et se défoncer, mais pour le reste, basta ! Personne n’a plus rien à ramer des Rameaux, de la « pâquette », de la Semaine Sainte et de toutes ces bêtises. Pourquoi se brimer et bramer aux Rameaux ? S’arrimer et frimer, se cramer et ramoner aux Rameaux ? Hosanna au sana ; caramba et tralala ?

Ça rime et ça rame aux Rameaux ; ça marine et ça crime ! J’aimerais voir des drones équipés de brins de buis béni : ils déposeraient des symboles de paix sur les champs de bataille du monde entier, en Ukraine et au Moyen-Orient, dans la nation de Jésus, et tout à côté, au pays des ayatollahs et des gisements pétroliers. Je verrais bien Trump ou Netanyahou, Poutine ou le Guide Suprême, se balader sur un âne au lieu d’Air Force One ou une voiture blindée. Mais non, je rêve… Et rien de tout cela ne se passera jamais dans le grand monde réel.

Mais dans mon petit monde à moi, pourquoi pas, si j’en ai envie ? Les émotions et les croyances d’autrefois échappent à toute logique consumériste ; elles ont une empreinte écologique très faible et ne contribuent pas à l’embrasement climatique. Aux yeux des paysans, les Rameaux représentent le printemps, la reprise de la végétation et la promesse de récoltes futures. Pourquoi se priverait-on du plaisir de répéter les gestes de nos parents et nos aïeux ? Puis viendra la Semaine Sainte, souvent marquée par des giboulées et des « biquets d’avril », et ensuite Pâques : la vraie fin de l’hiver et le début de l’année agricole.

Les Rameaux nous fustigent, nous pressent à travailler nos champs, à cultiver nos consciences. Cette fête nous invite à nous émerveiller de voir germer des pensées alternatives, sans chercher à les éliminer comme des mauvaises herbes au glyphosate de la modernité. Sommes-nous là uniquement pour faire tourner la machine économique infernale ? Gagner des sous et les dépenser ? Pour ne voir que le côté matériel de notre métier, de nos spéculations, en bon petits soldats-esclaves du capitalisme ?

Les mille petits plaisirs du printemps dans nos fermes et les symboles véhiculés par le dimanche des Rameaux méritent mieux que notre indifférence, notre insensibilité aux côtés magiques et spirituels de notre métier. Mais pour comprendre ceux-ci, il faut être né dans une ferme, être agriculteur comme vous et moi, pour qui ça frime et ça brame beaucoup trop aux Rameaux en 2026…

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