Produire moins pour polluer moins?

« En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées », clamait un slogan des années 70, devenu depuis célèbre. Nos voisins bataves pourraient le reprendre à leur compte : « Aux Pays-Bas, on a trop d’ammoniac mais on a des idées… pour s’en débarrasser ! ». Quitte à s’attaquer directement au nombre de vaches laitières.
Le 14 avril, le gouvernement néerlandais a, en effet, lancé un programme d’aide visant à réduire les émissions d’ammoniac et de gaz à effet de serre, ainsi que la production de fumier sur les exploitations agricoles. Une enveloppe de 627 millions d’euros est dédiée aux éleveurs qui réduisent volontairement la taille de leur cheptel. Durant la période de rémunération, soit trois ans, ils devront détenir 10 à 20 % de vaches en moins, en échange d’une indemnité annuelle compensant la perte de revenus liée à la baisse de la production laitière, soit 1.606 €.
Avec le budget disponible, la mesure pourrait entraîner la disparition de quelque 64.000 vaches laitières, soit environ 4 % du cheptel néerlandais. Diverses autres mesures sont associées au programme, avec l’ambition d’orienter l’élevage vers des modèles plus extensifs.
Pour le ministre néerlandais de l’agriculture, ces mesures contribuent à réduire structurellement les émissions d’azote, et sont donc favorables à la restauration de la nature et à la diminution des gaz à effet de serre.
Si le dispositif a été élaboré à l’initiative des organisations primaires du secteur laitier, il suscite de nombreuses questions et critiques. Premièrement, faute d’avoir su organiser durablement la gestion du fumier, le gouvernement opte aujourd’hui pour une solution radicale. Et ce, alors que le problème d’excédent est connu de toutes et tous depuis de nombreuses années.
Deuxièmement, la compensation financière versée est présentée comme une solution au problème. Cependant, celle-ci ne sera allouée que durant une période de trois ans. En outre, les agriculteurs néerlandais, comme tout éleveur européen, n’aspirent pas à dépendre d’aides temporaires mais à vivre d’un prix juste pour leur production. Que se passera-t-il une fois le programme achevé ? La question du revenu agricole ne peut trouver une réponse dans de telles pistes.
Enfin, plutôt qu’inciter les agriculteurs à réduire le cheptel, n’aurait-il pas fallu les accompagner dans l’achat et l’installation de dispositifs réduisant les émissions d’ammoniac, à l’image de ce qui se fait en Flandre ? Les fonds débloqués auraient ainsi aidé les éleveurs à adopter de nouvelles technologies visant, in fine, le même objectif que celui poursuivi par le gouvernement. Car réduire le cheptel, c’est aussi réduire le potentiel de production, là où l’investissement technologique aurait permis de concilier exigences environnementales et production.
Faute d’avoir trouvé comment mieux produire, les Pays-Bas ont choisi de produire moins. Une idée qui interroge, alors même que la Commission européenne plaide pour davantage d’autonomie alimentaire. Est-ce une stratégie viable… ou un aveu d’impuissance ? Seul l’avenir nous le dira !





