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Protection phytosanitaire du vignoble: concilier efficacité et exigences réglementaires

Les premières taches de mildiou ont déjà fait leur apparition sur les vignes en Wallonie. Se pose dès lors une question : comment protéger au mieux les raisins et ce, au vu des contraintes pesant sur les produits à base de cuivre ?

Temps de lecture : 7 min

En Belgique, la protection phytosanitaire de la vigne repose aujourd’hui sur une approche de lutte intégrée, combinant prévention, surveillance et interventions raisonnées afin de limiter les maladies tout en respectant les réglementations nationale et européenne.

Une des premières questions à se poser est de savoir avec quels cépages travailler, car ce choix a bien sûr un impact sur tout l’itinéraire technique. « La météo de cette année est en effet assez changeante », enchaîne Romain Bevillard, œnologue et ancien maître de chai de la coopérative « Vin de Liège ».

Celui-ci a récemment rejoint l’équipe de Vinolis, une société qui accompagne les vignobles dans la durée, de la vigne à la mise en vente des vins. Nous l’avons rencontré chez « Terres du Val » à Wanze, un vignoble de 20 ha créé en 2021, entièrement bio et déjà présenté dans ces pages (lire Le Sillon Belge du 21/09/2023).

« Tous les choix des porte-greffes et des cépages ont été faits en fonction des sols (schistes et argilo-calcaires), et même des parcelles. L’idée était d’implanter des cépages traditionnels, avec une grande diversité de clones et de porte-greffes pour, d’une part, avoir des vins qui soient assez complexes et, d’autre part, gagner en hétérogénéité au niveau du matériel végétal. C’est intéressant ! »

Ne pas traiter en pleine floraison

Que le domaine soit planté en variétés traditionnelles ou interspécifiques, la première des problématiques est celle du gel de printemps. « C’est en effet une problématique dont les vignerons doivent s’emparer. Cette année, cela a démarré dès le mois de mars avec des gros coups de gel, et même avant le débourrement, puis pendant un mois et demi environ en avril-mai. Depuis la mi-juin, c’est la pleine floraison. Sur certaines parcelles, elle est déjà quasiment finie », détaille Romain.

La floraison demeure un stade vraiment critique au niveau des pulvérisations et de la protection. Elle peut être gênée par un coup de gel ou un excès d’eau. En outre, c’est une période où les attaques de mildiou peuvent être assez intenses, et tomber directement sur la grappe.

« On essaie de ne pas traiter en pleine floraison. Ce n’est que si les conditions le permettent que l’on peut faire un poudrage de soufre pour aider à bien féconder les grains. C’est important de poser ces premiers jalons quand on démarre le vignoble, pour se faciliter la vie pendant les 30 ans de culture qui suivent… »

Selon Romain, il y a, en viticulture, un vrai enjeu à travailler en bio. « Pas forcément en biodynamie mais en tout cas en bio, par rapport aux grandes cultures. Ce n’est pas du tout le même type de produit. On ne fait pas du raisin : in fine, ce que l’on veut, c’est faire du vin. Il y a, dans le choix du bio, un vrai argument de vente. Cela raconte une histoire, cela a un impact qui va irradier le vin. »

La viticulture wallonne est jeune, mais elle a aussi envie d’avoir un vrai impact au niveau environnemental. « Il est plus facile de démarrer directement en bio que de convertir un domaine du conventionnel au bio. Il y a vraiment cette volonté, en Belgique et en Wallonie, de travailler respectueusement avec le vivant. »

... que sur les grappes.
... que sur les grappes. - M.V.

Le mildiou fait son apparition, tant sur les feuilles...
Le mildiou fait son apparition, tant sur les feuilles... - M.V.

Avec quels produits protéger ?

Comme le souligne l’asbl Corder (Coordination recherche et développement rural), « le cuivre est bien connu pour son efficacité fongicide à action multisite, surtout en production biologique, pour lutter contre le mildiou de la pomme de terre, mais aussi contre d’autres maladies cryptogamiques en arboriculture, viticulture, en production de légumes et de plantes ornementales. L’application de toute substance active et de tout produit de protection des plantes (PPP), comme les produits à base de cuivre, doit être évaluée au niveau européen et belge, avant d’être autorisée. Sur base de données scientifiques, de critères et de modèles d’évaluation, si les risques sont jugés acceptables pour la santé humaine, la santé animale et l’environnement, les PPP peuvent être autorisés et pulvérisés selon certaines conditions spécifiques ».

Depuis 2019, précise Corder, les produits à base de cuivre sont considérés comme des « substances dont on envisage la substitution », en particulier car ils sont considérés comme toxiques et persistants dans l’environnement. Leur approbation a toutefois été renouvelée en Europe jusqu’au 31 décembre 2025.

« Néanmoins, comme le prévoit la réglementation européenne, les substances actives peuvent voir leur date d’expiration prolongée dans le but de laisser le temps nécessaire pour terminer la procédure de renouvellement, et donc que leur période d’approbation soit « temporairement » prolongée en attendant le verdict final. C’est d’ailleurs le cas pour les substances actives cuivrées, dont la date d’approbation a été prolongée de 3 ans et demi, c’est-à-dire jusqu’au 30 juin 2029 (Règlement 2025/1489). »

En 2019 également, l’utilisation des PPP contenant des composés cuivrés a été limitée à une dose maximale de 28 kg/ha de cuivre appliquée sur une période de 7 ans, soit une moyenne de 4 kg/ha/12 mois qui peut être imposée comme limite annuelle par les États membres de l’Union européenne. Cette limitation a pour objectif de réduire au minimum son accumulation potentielle dans le sol et l’exposition des organismes non-cibles (oiseaux, organismes du sol…).

À noter toutefois qu’en Belgique, cette limite dépend désormais de la culture implantée. Pour la vigne, elle a été fixée à 2,5 kg/ha/12 mois.

En 2024, différents types de produits cuivrés (hydroxydes 25 % et Grifon SC) ont fait l’objet d’une annonce de retrait en Belgique suite à l’examen négatif de leur dossier de renouvellement. Toutefois, comme annoncé fin février dernier par le Service public fédéral Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement, les usages de ces produits ont été réévalués, ce qui mène au « maintien et la réinstauration des fongicides à base de cuivre à usage professionnel pour les usages essentiels mais moyennant un renforcement des conditions d’utilisation afin de réduire les émissions dans l’environnement et l’exposition des organismes non-ciblés (organismes du sol, organismes aquatiques, insectes pollinisateurs) ».

Toutes ces modifications s’appliquent à l’ensemble des PPP cuivrés, c’est-à-dire ceux à base d’hydroxyde de cuivre (25 % et 40 %) et/ou d’oxychlorure de cuivre. Les hydroxydes de cuivre 25 % et le Grifon SC précédemment retirés peuvent donc être utilisés, moyennant le respect des conditions d’application qui ont été actualisées.

Quel pulvérisateur choisir ?

Le choix du pulvérisateur est une question qui est assez importante en viticulture, car de la qualité de l’application va dépendre la propagation de l’inoculum. « Ce qui va être vraiment important pour nous, c’est de pénétrer en profondeur dans le feuillage qui, au fur et à mesure de la saison, va se densifier et prendre de la hauteur », reprend Romain. Il faut donc réussir à pulvériser de la manière la plus efficace possible « tout en réduisant la dérive puisque nous faisons face, de manière générale, à une réduction des doses utilisables de cuivre », précise-t-il. La pulvérisation la plus efficace reste la pulvérisation en jet porté, qui est aussi la plus utilisée en viticulture, en raison de son efficacité et de sa facilité d’utilisation.

L’application de produits de protection des plantes se fera dans le respect des règles en vigueur,  notamment en ce qui concerne le choix des buses de pulvérisation.
L’application de produits de protection des plantes se fera dans le respect des règles en vigueur, notamment en ce qui concerne le choix des buses de pulvérisation. - M.V.

La goutte formée par la buse va être transportée par un flux d’air qui doit être suffisamment puissant que pour l’amener jusqu’à l’intérieur du feuillage, tout en créant de la turbulence mais sans dérive. « En vigne, on interdit maintenant tout ce qui est atomiseur et qui crée des nuages au niveau de la parcelle. On souhaite désormais travailler au plus proche de la culture. »

Il faut, en outre, adapter les débits des buses en fonction du feuillage. Au démarrage de la saison, deux à trois buses par rang de vigne suffisent. Au fur et à mesure, quand la végétation gagne en hauteur, jusqu’à huit buses par rang peuvent être utilisées pour couvrir la vigne du sarment jusqu’au sommet. « Il est essentiel de traiter d’une extrémité à l’autre. En bas, se trouve la zone des grappes qu’il faut toujours protéger. En haut, il y a toutes les jeunes feuilles qui, elles aussi, doivent être en permanence protégées. »

Aujourd’hui, outre le respect d’une zone tampon de 30 m par rapport aux eaux de surface, il faut pouvoir justifier 90 %, voire 99 % de réduction de la dérive, lorsque du cuivre est appliqué sur une culture haute, comme la vigne. Pour ce faire, il est obligatoire d’utiliser de buses anti-dérive ou des techniques réduisant la dérive de 90 % (sauf pour les pulvérisateurs classés comme réduisant la dérive de 90 %). Pour monter à 99 %, à proximité d’une eau de surface, il faut combiner la réduction forte de la dérive obtenue grâce au pulvérisateur ou aux buses avec l’installation physique de haies, d’écrans anti-dérive ou de filets.

Marc Vanel

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