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Consensus pour sauver la relève agricole

La commission Agriculture du parlement européen a engagé, en juillet, l’examen du rapport de l’eurodéputée irlandaise Maria Walsh consacré à la relève générationnelle. Si les groupes politiques convergent largement sur le diagnostic, les solutions continuent d’opposer les familles politiques à l’approche des négociations sur la future Pac.

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C’est bien l’un des rares sujets capables, aujourd’hui encore, de réunir l’ensemble des sensibilités politiques du parlement européen. Au sein de la commission Agriculture (Comagri), le renouvellement des générations agricoles apparaît désormais comme un impératif partagé, présenté comme une condition de la sécurité alimentaire européenne autant que de la vitalité économique des territoires ruraux.

L’examen du rapport d’initiative de l’eurodéputée irlandaise Maria Walsh en a fourni une illustration frappante. Les quelque 566 amendements déposés témoignent de l’intérêt suscité par un dossier qui dépasse largement la seule politique agricole commune (Pac). Derrière cette avalanche de propositions se dessine une conviction commune : l’UE ne pourra maintenir son potentiel de production agricole si elle ne parvient pas à attirer une nouvelle génération d’exploitants. La rapporteure s’est d’ailleurs félicitée d’un point particulièrement significatif : un consensus semble émerger autour de l’idée de consacrer 10 % des soutiens de la future Pac aux jeunes agriculteurs. Un signal politique d’autant plus important que les discussions sur l’après-2027 s’apprêtent à s’ouvrir.

« La Pac demeure notre principal instrument, mais elle ne pourra pas relever seule ce défi », a toutefois averti Maria Walsh, plaidant pour une approche beaucoup plus transversale intégrant le logement, les services publics, les infrastructures rurales, la formation ou encore la planification successorale.

L’installation ne suffit plus

Au fil des interventions, un constat s’est imposé avec une remarquable constance : favoriser l’installation des jeunes ne suffira pas si les conditions économiques du métier continuent de se dégrader. Pour les sociaux-démocrates, la question dépasse largement les aides à l’installation. Ils réclament une amélioration durable des revenus agricoles, un meilleur fonctionnement de la chaîne alimentaire, un accès facilité au foncier, aux crédits et aux investissements, ainsi qu’une prise en compte des spécificités des territoires insulaires, montagneux ou ultrapériphériques. Ils insistent également sur la nécessité de maintenir des services publics de proximité dans les espaces ruraux.

Pour les centristes de Renew, le diagnostic est proche. Le groupe insiste sur le caractère transversal du renouvellement des générations, qui devra irriguer l’ensemble des futures négociations européennes : budget, Pac, politique de développement rural et organisation commune des marchés. Là encore, le renforcement du soutien budgétaire à hauteur de 10 % figure parmi les priorités, accompagné d’un vaste chantier de simplification administrative.

Les droites dénoncent les contraintes du Pacte Vert

Les convergences s’estompent dès lors que le débat porte sur les causes profondes de la crise des vocations. Les représentants des Patriotes (à la droite de la droite sur l’échiquier politique) ont dénoncé une politique européenne qui, selon eux, accumule normes environnementales, accords de libre-échange et instabilité réglementaire, au détriment de la rentabilité des exploitations. Pour eux, « les jeunes agriculteurs ne demandent pas à vivre de subventions mais de leur travail ». Le groupe plaide notamment pour une simplification massive des règles, un arrêt des contraintes issues du Pacte Vert et une exonération des droits de succession lors des transmissions d’exploitations agricoles.

À l’inverse, les Verts estiment que la durabilité constitue précisément la condition de l’avenir du secteur. Selon eux, les jeunes n’accepteront de reprendre les exploitations que si celles-ci offrent des perspectives économiques compatibles avec les impératifs climatiques. Ils défendent une réorientation des soutiens de la Pac vers l’adaptation au changement climatique ainsi qu’une meilleure rémunération des services environnementaux rendus par les agriculteurs.

Le foncier, principal verrou européen

Au-delà des clivages idéologiques, une difficulté revient avec insistance dans pratiquement toutes les interventions : l’accès au foncier. Qu’il s’agisse des élus socialistes, libéraux, conservateurs ou écologistes, tous décrivent la hausse du prix des terres comme le principal obstacle à l’installation des nouvelles générations. Plusieurs députés évoquent également les difficultés d’accès au crédit, particulièrement pour les candidats ne disposant pas d’un patrimoine familial susceptible de servir de garantie bancaire.

Certains élus proposent même d’encourager davantage les reprises d’exploitations à l’échelle transfrontalière afin de répondre aux déséquilibres territoriaux qui apparaissent entre régions confrontées à une pénurie de jeunes agriculteurs et celles où les candidats à l’installation ne trouvent plus de terres disponibles. L’attractivité des campagnes au cœur du débat Le renouvellement des générations ne relève plus uniquement de la politique agricole. C’est l’un des messages les plus marquants de cette discussion.

Les intervenants soulignent que l’installation suppose également l’existence de logements accessibles, d’écoles, de crèches, de services de santé, d’une connexion numérique performante et d’une véritable qualité de vie dans les territoires ruraux. Sans ces conditions, les aides financières ne suffiront pas à convaincre les jeunes de reprendre les exploitations. Plusieurs députés insistent également sur la nécessité de mieux accompagner les transmissions, depuis la préparation de la retraite des exploitants jusqu’à l’installation des repreneurs, afin d’éviter que des milliers d’exploitations disparaissent faute de succession organisée. La question du rôle des femmes dans l’agriculture apparaît également comme un axe majeur du futur rapport.

Une priorité pour la future Pac

La DG Agri de la commission est venue conforter cette orientation en présentant sa stratégie de renouvellement générationnel. Celle-ci repose sur cinq piliers : l’accès au financement, au foncier, aux connaissances, aux services ruraux ainsi qu’une meilleure préparation des transmissions et des retraites. L’exécutif rappelle toutefois que la stratégie actuelle prévoit un objectif minimal de 6 % des aides de la Pac consacrées aux jeunes agriculteurs à partir de 2027, alors que plusieurs parlementaires souhaitent désormais relever ce seuil à 10 %.

En conclusion des débats, Maria Walsh s’est réjouie de l’existence d’un large consensus entre les groupes politiques. Pour la rapporteure, le parlement doit désormais envoyer un message sans ambiguïté aux futurs négociateurs de la Pac : le renouvellement des générations ne peut plus être considéré comme une politique d’accompagnement mais comme l’une des priorités structurantes de l’agriculture européenne. Car, derrière les chiffres et les amendements, un constat s’impose à tous les bancs de la commission : sans relève, il n’y aura ni agriculture européenne compétitive, ni sécurité alimentaire durable.

Marie-France Vienne

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